Alphonse Boudard

  • «Ça faisait maintenant six mois que j'étais branché avec la Résistance. Le grand moment de ma vie, je me figurais. Jusque-là, ça s'était poursuivi cahin nos salades de terrain vague, nos conciliabules, nos propos en l'air. On parlait de rejoindre les Anglais, ça nous semblait le remède de tous nos maux... la vie trop monotone, les restrictions, la dépendance des adultes, la chtourbe! Tout nous paraissait beau une fois pris le large. J'essaie aujourd'hui de me revoir exact... maigre, boutonneux, va de la gueule... me comprendre. Si je vire le schéma de l'esbroufe, la légende qu'on entretient... j'aperçois, je perçois un zèbre difficile à saisir. Il m'emmerde plutôt de mon point de vue actuel. Il dit n'importe quoi... il se fait piéger... il risque de mourir pour rien du tout. La vie c'est pourtant sa seule richesse... les plaisirs à prendre, le bon air qu'on respire le jour où l'on sort d'une prison, d'un hôpital... le coup qu'on va boire quand il fait soif... la femme qui se déloque, qui s'offre... les courts instants de bonheur qui vous réconcilient avec l'existence toujours! C'eût été vraiment trop bête, trop abominable de se faire étendre pour le droit d'être sur le monument aux morts, pour la gloire du Général, pour des lendemains qui doivent chanter et qui finissent par pleurer des larmes de sang.».
    Alphonse Boudard.

  • «L'hosto, quand on y a séjourné longtemps et qu'on a failli y clamser, on y reste toujours un peu. Il vous fascine, vous obsède... on se dit qu'on y reviendra un jour ou l'autre. Il est l'image de notre mort... la mort des pauvres. J'en ai tant vu des mecs dévisser là-dedans, jeunes, vieux, ivrognes ou sobres, je n'arrive plus à oublier. Je voudrais, je m'efforce, et puis ça m'alpague au tournant d'une rue... J'aperçois le portail, une grille... ça me file les jetons. Comme la taule, tous les lieux de vacherie.
    J'aurais préféré vous raconter de merveilleux voyages, croyez-moi... Je vous instruis, vous divertis avec ce que je sais. J'invente rien, je réorganise ma souvenance et puis je fais danser les mots, je vous les amène le plus guilleret puisqu'il faut bien rire jusqu'au bout. On charrie dans sa mémoire les hommes, les endroits, les instants... ça vous fait une drôle de fresque... tous ces cadavres qui défilent, ces vivants stropias, grelotteux, ces tronches d'assassins, de marlous, de pédés, d'idiots, de viceloques.».
    Alphonse Boudard.

  • Autrefois, lorsque le café était une denrée pré- cieuse et réservée aux riches, à la fin du repas on se payait le café du pauvre, c'est-à-dire l'amour, la joyeuse partie de jambes en l'air...
    Nous sommes juste après la guerre en 1946 et le café, devenu rare, se vend encore à prix d'or sous le manteau. Revenant des armées du général de Gaulle où il a récolté une blessure et une médaille, le héros de cette histoire, sans un rond en poche, n'a guère de quoi s'offrir autre chose que le café du pauvre quand l'occasion s'en présente.
    Il exerce divers petits métiers extravagants et peu rémunérés. N'empêche, les jupons volent au coin des rues, la jeunesse aidant, c'est tout de même la belle époque.
    Alphonse rencontre Odette la catholique, qui veut sauver son âme ; Lulu, la femme du charcutier, qui lui offre ses charmes imposants et les trésors ali- mentaires de son arrière-boutique ; Jacqueline, la militante trotskiste avec laquelle il défilera de la Bastille à la Nation pour changer le monde ; Flora, la comédienne initiatrice des beautés de l'art dra- matique ; Cricri, la belle pute dont il pourrait faire son gagne-pain si la peur du gendarme n'était pas aussi dissuasive en ces temps reculés où les prêtres avaient des soutanes, les magistrats une guillotine au fond de l'oeil et les dames des porte-jarretelles pour le plaisir de l'honnête et du malhonnête homme.
    Un livre où le rire ne perd jamais son droit priori- taire dans le Paris pourtant maussade de monsieur Félix Gouin, président provisoire de la République renaissante. Avec, bien sûr, les bons copains et les mauvaises rencontres qui peuvent vous conduire en galère.
    L'apprentissage de la vie, de l'amour après la guerre... Une fresque de frasques et de fesses, de tétons, de dessous vaporeux... De baguenau- dages à la petite semaine au coin de la rue là-bas.
    Comme dans une chanson de celle qu'on appelait encore la Môme Piaf.

  • « Beaucoup de gens ignorent que la cerise c'est la guigne, la poisse, la malchance. Une vieille pote à moi, ma chère compagne, mon amoureuse folle que je retrouve à tous les coins de rue de mon parcours. Si elle me colle au train, la salope ! me saoule, m'ahurit ! Toujours là, fidèle à tous les ren- dez-vous ! Fidèle comme un chien, fidèle comme la mort. J'ai beau faire, toucher du bois, me signer, éviter l'échelle per en dessous, j'arrive pas à l'exor- ciser. Elle me sourit en code pénal, me roule des patins aux bacilles, me fait des caresses au bistouri, m'envoie pour ma fête des bouquets de flicailles, d'huissiers, des billets doux papier bleu. Même aux brêmes j'ai rarement beau schpile, j'ose plus les toucher, je m'écarte des tripots. Rien à chiquer, je suis vu, je suis pris. C'est ça la Cerise, l'existence entre chien et loup, entre deux douleurs, entre deux gendarmes. » Alphonse Boudard.

  • Beaucoup de gens ignorent que la cerise c'est la guigne, la poisse, la malchance.
    Une vieille pote à moi, ma chère compagne, mon amoureuse folle que je retrouve à tous les coins de rue de mon parcours. Si elle me colle au train, la salope ! me saoule, m'ahurit ! Toujours là, fidèle à tous les rendez-vous ! Fidèle comme un chien, fidèle comme la mort. J'ai beau faire, toucher du bois, me signer, éviter l'échelle par en dessous, j'arrive pas à l'exorciser. Elle me sourit en code pénal, me roule des patins aux bacilles, me fait des caresses au bistouri, m'envoie pour ma fête des bouquets de flicailles, d'huissiers, des billets doux papier bleu.
    Même aux brêmes j'ai rarement beau schpile, j'ose plus les toucher, je m'écarte des tripots. Rien à chiquer, je suis vu, je suis pris. C'est ça la Cerise, l'existence entre chien et loup, entre deux douleurs, entre deux gendarmes.
    Alphonse Boudard.

  • " On connaissait le Boudard de la langue verte et de la verve populaire, ce livre révèle un Boudard plus personnel, sensible et révolté, un magnifique écrivain français ", concluait la quatrième de couverture de Mourir d'enfance, le " roman " dans lequel Boudard, plus personnel que jamais, évoquait ses années de jeunesse et ses relations avec sa mère. Le jury de l'Académie française fut du même avis que l'éditeur et lui décerna pour ce livre son Grand Prix du roman en 1995. Avant de disparaître, en 2000, à l'âge de soixante-quatorze ans, Alphonse Boudard devait encore publier un livre aux Éditions Robert Laffont, L'Étrange Monsieur Joseph (1998), portrait d'un personnage hors-norme qu'il avait rencontré en prison, ferrailleur juif, embrouilleur professionnel, pourvoyeur de métaux pour les nazis, voguant de façon ambiguë durant la guerre entre la Gestapo et l'armée des Ombres. Aujourd'hui, ces deux ouvrages auxquels s'ajoute La fermeture, paru chez Robert Laffont en 1986 et consacré aux maisons closes (" J'ai toujours vécu avec ces histoires de bordel en toile de fond, disait Boudard, parce que ma mère se défendait comme ça "), sont réunis en un seul volume. Ce triptyque forme un ensemble cohérent, qui reflète le regard que Boudard jetait sur cette période si marquante, de l'avant-guerre à l'après-guerre en passant par les années d'occupation, période durant laquelle il a lui-même traversé des univers aussi distincts que ceux de la Résistance et des Forces françaises libres d'un côté, de la pègre, de la prostitution et de la prison de l'autre. Sous le triple visage du romancier, du biographe et de l'historien, Alphonse Boudard fait revivre un monde disparu et impose son talent, celui d'un écrivain à la gouaille, à la truculence, à l'invention verbale rares.

  • À l'ombre des hautes tours de l'église Saint-Sulpice règne Madame. Tailleur strict, chemisier blanc, broche ornée de petits brillants... on la dirait presque sortie de la messe de onze heures. Comme une mère supérieure, elle veille sur ses ouailles. Une éducation au Couvent des Oiseaux, ça aide pour tenir une des maisons les plus curieuses de Paris. Surtout quand Monseigneur vient spécialement y entendre une confession d'un genre particulier, ou y recevoir un juste châtiment. Madame Blandine mène l'Abbaye, comme on appelle son établissement, avec la poigne de fer d'une abbesse hors pair.Et elle a écrit, Madame Blandine, après la fermeture des maisons en 1946, quand elle a pris sa retraite sur la Côte. Elle a tout raconté, à sa manière chaste de pensionnaire modèle. Des cahiers entiers de souvenirs qu'elle a laissés à un commissaire de la Mondaine...

  • Mourir d'enfance

    Alphonse Boudard

  • Observer la loi du silence pour épargner à ses complices les rigueurs de la justice et mijoter dans le placard sans que personne se soucie d'envoyer des mandats ou des colis, il y a de quoi mettre en rage le plus doux des malfrats.
    Rien d'étonnant si alphonse, libéré pour raison de santé, veut demander des comptes à ses associés de naguère : rouquemoute le poussah, edmond clancul et youpe le fourgue.
    Reste à savoir sous quelle pierre ces cloportes se sont cachés. aux anciennes adresses, plus personne. en cours de route, alphonse cueille une jolie fleur nominée anne-marie. il l'a rencontrée dans une galerie d'art et la retrouve dans celle du fourgue transmué en mécène de la peinture.
    Ainsi le plomb vil en or s'est-il changé. ce n'est rien comme métamorphose à côté de celle d'edmond. alphonse va au-devant d'une surprise autrement phénoménale.
    Il raconte tout cela d'une plume alerte mais châtiée (" je travaille dans l'élagage ", dit-il), en homme qui a lu et vécu plus encore, ce qui lui permet de se moquer avec esprit des cuistres et des cagots et de découper avec art une tranche de vie succulente.

  • Bleubite

    Alphonse Boudard

    «Avec une préface inédite où l'auteur explique pourquoi ce roman avait dû porter le titre de : Les Matadors»

  • Le récit de la vie édifiante de saint Frédo, personnage au destin tragique, mis à l'orphelinat, condamné à plusieurs reprises dont la dernière à quatorze ans.

empty