Calmann-levy

  • Pendant trente-six ans, de ses débuts dans le métier d'écrivain à sa mort, Ernest Renan est demeuré fidèle aux éditeurs qui lui avaient fait confiance, Michel et Calmann Lévy. Cette correspondance inédite comprend 549 lettres et restitue les années de collaboration, d'amitié puis d'intimité entre l'un des plus grands penseurs du xixe siècle et une famille d'éditeurs. Le scandale que représentera la publication de la Vie de Jésus retentit dans cette correspondance, tout comme les réactions de l'historien des Origines du Christianisme, préparant minutieusement le succès de ses livres, sûr d'être un écrivain de talent, s'attachant ensuite à poursuivre une oeuvre qui laisserait des traces indélébiles. A côté du penseur, de l'historien, on devine le spécialiste des métiers de la communication, l'intellectuel qui masque ses véritables rapports au monde de l'argent, engendrant un mythe durable, celui de l'homme de lettres sans attaches avec l'univers matériel.
    Les lieux et les êtres défilent au long de ces années 1856-1892. Les voyages en Orient, en Italie, en Bretagne suscitent des commentaires à chaud. Taine, Michelet, George Sand, le général Boulanger, le Prince Napoléon apparaissent sous un éclairage inhabituel. Tout un pan de la société du xixe siècle se découvre dans cette suite de lettres retraçant une aventure humaine dans un milieu fascinant, celui de l'édition.

  • Le présent volume, qui contient les lettres d'Ernest et d'Henriette Renan, de 1846 à 1850 forme la suite des Lettres Intimes, publiées en 1896. Celles-ci, qui embrassaient la vie d'Ernest Renan à Issy et à Saint-sulpice, continuaient elles-mêmes les Lettres du Séminaire, datées de Saint-Nicolas et commençant dès 1838. Ces trois volumes sont donc un dialogue continu entre Renan et les deux femmes qui veillèrent sur sa jeunesse et constituent la plus complète des autobiographies.
    Les lettres présentées aujourd'hui au public s'ouvrent peu de semaines après la sortie d'Ernest Renan du séminaire Saint-Sulpice ; elles décrivent les examens, les travaux, les luttes matérielles qui remplirent les années de début du jeune savant âgé de vingt-trois ans. En 1850, Henriette Renan terminait ses dix années de labeur en Pologne ; le frère et la soeur se réunirent pour vivre ensemble, et on peut considérer qu'une période particulière de la vie de Renan s'achève à cette date. Le caractère de ce volume diffère donc assez sensiblement de celui du précédent, consacré à une crise religieuse et philosophique. Quelques éclaircissements ont été ajoutés en note, toutes les fois que cela a été possible, spécialement sur les événements de 1848, présentés d'une manière si curieuse. Il est à remarquer que les lettres d'Henriette Renan, si belles dans leur accent de tendresse et de mélancolie, sont beaucoup moins nombreuses que celles de son frère. Il a été impossible de retrouver celles qui manquent, et de déterminer la cause de cette perle si regrettable. Le texte de cette correspondance, dont le manuscrit est à la Bibliothèque Nationale, a d'ailleurs été établi intégralement, sans autres coupures que celles, fort rares, que motivaient des raisons de famille. La sincérité et la plus scrupuleuse exactitude s'imposaient d'elles-mêmes, dans la publication de pages, d'où émane tant de beauté morale, et le seul désir des éditeurs est de n'y avoir pas manqué.

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