François Vatin

  • Et si toute l'économie résidait dans l'économe, cet humble instrument de nos cuisines ? Georges Clémenceau pensait que la guerre était une affaire trop sérieuse pour la laisser aux (seuls) militaires. François Vatin pense de-même que l'économie n'appartient pas aux (seuls) économistes. Il montre la présence de l'économie chez les artistes et les mécaniciens, les physiologistes et les théologiens et défend l'idée qu'il ne faut pas chercher à la consigner dans un espace restreint du monde social, mais, au contraire, se la réapproprier dans toutes ses dimensions.
    Un essai de sociologie économique consacré aux mutations engendrées par la pandémie de Covid-19 dans les réflexes d'économie intime. L'auteur utilise l'image de l'économe, couteau éplucheur, comme symbole des dimensions formelle et substantielle de cette économie privée.

  • Pourquoi l'émergence, au XXe siècle, d'une pensée " sociologique " est-elle somme toute si récente ? Comment est-on passé d'une approche normative de la conduite de l'homme avec ses congénères, incarnée par le discours religieux, mais aussi, à certains égards, par l'économie politique, au projet d'une science positive du social ? Les essais rassemblés ici dégagent trois axes de la genèse de la sociologie.
    Le premier, le mieux connu, est politique : il inscrit la sociologie en opposition avec une autre science sociale qui lui préexistait, l'économie politique. Le deuxième est épistémologique : il vise à déterminer un objet propre à la sociologie, le " social " ; le moment organiciste de la sociologie, si décrié, est toujours vivace aujourd'hui, sous les traits de l'opposition entre holisme et individualisme méthodologique.
    Le troisième est cosmologique : la genèse d'une science du social n'est concevable que dans une société qui a pris conscience de la finitude de l'espace et du temps de l'humanité. On trouvera dans ces pages une manière originale et particulièrement éclairante de cheminer à travers l'histoire de la sociologie : non par l'étude des " grands auteurs " et de leur système, ni en imposant une grille de lecture préconçue, mais en suivant pas à pas, avec une érudition jamais ennuyeuse - joyeuse, au contraire -, les mille et une efflorescences de quelques grands débats qui ont traversé le XIXe siècle et qui sont encore les nôtres.

  • économie et société par temps épidémiques Nouv.

    La France s'est soudée en 2020 derrière les soignants en première ligne, comme derrière ses armées en 1792. L'urgence au front n'interdit pas le rêve à l'arrière. Il fallait penser le « monde d'après », quand « rien ne serait plus comme avant ». Chacun était confiné dans son gite, et, comme l'écrivait La Fontaine « que faire e n son gite à moins que l'on ne songe ». La machine à rêve du monde de demain s'est donc emballée, dans une critique récurrente du monde d'aujourd'hui. Avec le refroidissement des ardeurs combattantes, le soufflé utopique semble s'être dégonflé. Le monde d'après ne devrait-il pas ressembler furieusement à celui d'avant ? Ce serait oublier la profondeur de la crise que nous connaissons. Une telle économie de guerre n'est pas durable. Elle ne peut être acceptée par ceux qui y sont soumis que par la conviction de l'urgence et celle de la victoire rapide.

  • Le salariat est apparu aux penseurs sociaux du XIXe siècle comme la question centrale des sociétés modernes. Sur les débris des rapports sociaux d'Ancien Régime semblait surgir une nouvelle forme de sujétion. Sur cette base, Marx a développé une théorie de l'exploitation capitaliste qui fut au coeur des confrontations politiques du XXe siècle. Pourtant, les sciences sociales contemporaines ont rarement traité frontalement du salariat, comme si l'ombre portée de Marx avait freiné une telle investigation. À l'aube du XXIe siècle, le salariat domine plus que jamais nos sociétés. Alors que certains préconisent, au nom de la " flexibilité du travail ", une dissolution généralisée des institutions salariales pour restaurer un utopique marché des producteurs, il est urgent de rouvrir ce dossier. C'est à quoi se sont attachés les historiens, économistes et sociologues réunis ici. Cet ouvrage n'entend pas proposer une théorie unifiée du salariat, mais poser les termes du débat et fournir des pistes pour comprendre sa dynamique présente. La première partie vise à définir le salariat comme concept et fait historique. S'y confrontent sans concessions quelques-uns des auteurs français qui ont le plus travaillé la question. La deuxième partie présente une série d'éclairages, sans prétention à l'exhaustivité, sur les formes contemporaines du salariat et les caractéristiques de diverses populations salariales. Ces études. appuyées sur des enquêtes originales, éclairent par leurs données factuelles et leurs analyses empiriques les débats théoriques de la première partie.

  • Claude-Lucien Bergery, économiste de province, fut pressenti, à la mort de Jean-Baptiste Say, en 1832, pour lui succéder à la chaire du Conservatoire royal des arts et métiers. Mais il déclina l'offre, refusant de s'installer à Paris. Dès lors, il fut oublié des histoires de la pensée économique, alors qu'il fut l'un des fondateurs d'une pensée moderne en gestion des entreprises industrielles. La théorie du capital humain, la gestion du temps de travail et la morale des affaires font notamment partie de ses contributions majeures.

  • Les ouvrages sur le travail ne manquent pas. Celui-là ne ressemble toutefois à aucun autre. En une centaine de pages denses, mais claires, il se propose de traiter cet objet aux mille visages dans ses multiples dimensions en se déjouant des frontières disciplinaires. Ce n'est pas pour autant une compilation académique car il est soutenu par une thèse forte : le travail doit être pensé comme une activité à vocation productive.
    En conséquence, on ne peut comprendre les mutations actuelles de la société salariale sans s'attacher aux transformations de l'activité productive elle-même, qu'elle fasse, ou non, l'objet d'un échange marchand. Par son caractère didactique, cet ouvrage constitue un outil précieux pour les étudiants de toutes les disciplines qui se trouvent confrontés à la notion de travail : économistes, historiens, philosophes, politistes, psychologues, sociologues.
    Mais il s'agit aussi d'un essai dont le point de vue peut intéresser, outre les chercheurs, les professionnels et les citoyens qui veulent mieux comprendre une notion qui se trouve au coeur des débats sociaux depuis plusieurs siècles

  • Depuis quelques années, s'est développé un débat sur la possible " fin du travail ".
    Loin de chercher à fournir une réponse de plus à cette question d'école, ce livre met en ordre un ensemble de réflexions issu de vingt années de recherches sur le thème du travail. Il croise une expérience sociologique alimentée par des recherches de terrain et une démarche épistémologique portant sur deux siècles d'histoire des sciences du travail. Ce dialogue entre l'épistémologie et la sociologie du travail montre à quel point les débats sociologiques contemporains sont encore marqués par les difficiles conditions d'émergence, au début de ce siècle, des sciences sociales du travail.
    Celles-ci continuent à porter en héritage, souvent à leur insu, une longue tradition d'étude du travail qui remonte au moins à la fin du XVIIIe siècle. Dans cette tradition, le travail comme objet social ne peut pas être dissocié de sa dimension naturelle, saisie d'abord par la physique, puis par la physiologie et la psychophysiologie. L'hypothèse fondatrice de ce livre est qu'un bilan raisonné de cette histoire des idées est nécessaire à la compréhension des formes modernes du travail et des débats sociaux qu'elles soulèvent.

  • Alors qu'une crise économique, mais aussi sociale et politique, sans précédent depuis plus d'un demi-siècle s'est abattue sur le monde et l'Europe en particulier, la question du progrès retrouve une pertinence que l'on a tendance à nier dans les temps de prospérité. Cet ouvrage propose une réflexion sur ce thème à travers un parcours libre dans le temps et l'espace, du XVIIIe siècle à nos jours, de l'Afrique subsaharienne au monde « occidental ». Car la question du progrès nous renvoie à la problématique de la « mondialisation ». Il ne s'agit pas là simplement du degré de libre-échange dans le commerce international, mais bien de la prise de conscience du caractère désormais mondial de la « société » sur une terre qui nous apparaît dorénavant bien petite et bien fragile. D'où l'ouverture de l'ouvrage sur l'Afrique : le continent le plus tardivement entré dans cette dynamique de la mondialisation sociale, et sa clôture sur la thématique écologique, par laquelle s'exprime aujourd'hui l'inquiétude radicale sur le devenir même de l'humanité.
    De la pensée des Lumières au débat écologique contemporain, de la critique de l'industrialisation au XIXe siècle au débat sur le colonialisme du milieu du XXe siècle, de l'économie forestière à la sociologie du travail, c'est bien une même interrogation sur notre modernité et sur la destinée collective de l'humanité mondialisée qui oriente cet ouvrage.

  • Produit d'une longue réflexion collective du groupe Mesure, ce livre dirigé par François Vatin s'attache à étudier la genèse de la valeur économique dans ces dispositifs de mesure. Cherchant à penser l'économie en amont du marché, il offre une contribution originale au renouveau de la sociologie économique française. S'appuyant sur les exemples les plus divers, les auteurs soulignent combien les processus de mesure affectent la nature même des biens et des services offerts à la consommation.
    Ils éclairent ainsi d'une lumière originale l'économisation du monde à l'oeuvre dans nos sociétés contemporaines. Cet ouvrage, primitivement publié en 2009, a été augmenté de deux textes pour la présente édition : un chapitre nouveau fait le point sur le riche débat mené depuis cette date, en France comme à l'étranger, sur les questions d'évaluation économique et sociale ; un commentaire d'Alain Desrosières vient compléter celui de Michel Callon et introduit le regard d'un statisticien qui revisite son parcours scientifique à la lumière du questionnement du groupe Mesure.

  • 4 Introduction : histoire d'une question 8 Physique du travail et économie de la production Mécanique rationnelle et science des ingénieurs, 11 De la force vive au travail, 16 L'émergence des concepts économiques de travail et de production (XVIIe-XIXe siècle), 23 L'économie de la production en France au début du XIXe siècle : Jean-Baptiste Say et l'économie industrielle, 26 La mécanique du travail : présentation du dossier, 31 36 Coulomb, le "Mémoire sur la force des hommes" (1798) Coulomb, la physique expérimentale et l'économie politique, 36 Mesure et dualité du travail : l'effet et la fatigue, 41 La maximisation de l'effet sous la contrainte de la fatigue, 46 Aux limites de la physique : le problème du portage horizontal, 51 57 Navier, les "Notes sur Bélidor" (1819) Le travail, "monnaie mécanique", 58 La dépense et le rendement, 63 70 Coriolis, "Du calcul de l'effet des machines" (1829) La mécanique rationnelle et le travail, 71 Principe de transmission du travail et norme de valeur, 76 Le temps, l'effet et la valeur, 82 93 Le travail et la valeur : hommes et machines De l'homme à la machine et retour, 95 La perte et le surplus : la valeur-travail chez Marx, 105 Quelle valeur énergétique ?, 113 123 Conclusion : l'économique et le physique

  • On considère avec nostalgie les Trente Glorieuses comme si, dans les années 1945-1975, avait régné l'abondance économique, alors qu'il fallait d'abord reconstruire un pays en ruine, mais on dénigre son bilan idéologique et culturel, dominé par une croyance illusoire au progrès. Pollution, urbanisme sans âme, matières plastiques imputrescibles, tels seraient les seuls legs de ce temps d'inconscience. Aussi, l'architecture et l'art monumental des Trente Glorieuses, encore mal-aimées, ont subi beaucoup de destructions et commencent à peine à être patrimonialisées.
    Or, comme le montrent les études réunies ici, en dépit de l'urgence de la reconstruction, on a accordé à cette époque une grande importance aux questions esthétiques. On faisait confiance aux nouveaux moyens techniques pour faire du beau moins cher à destination du plus grand nombre.
    Esthétique fonctionnelle et démocratisation artistique sont étroitement liées. On comprend dès lors le rôle central de l'industrie dans les représentations de cette époque. Contre l'opposition romantique du beau et de l'utile, il fallait réinstaller le monde industriel dans les valeurs humaines. Les usines, aussi, devaient être belles comme fonctionnelles et constituer un objet d'intérêt pour l'art. La démocratisation du beau exigeait qu'il s'impose dans les lieux de travail.
    Inversement, l'expérience industrielle de la simplicité, de la cohérence, pouvait nourrir l'inspiration artistique.
    Réunissant vingt-quatre spécialistes qui croisent leurs multiples terrains, cet ouvrage vise, non à défendre l'esthétique des Trente Glorieuses, mais à la restituer dans sa complexité. Il invite le lecteur à regarder un peu différemment un passé trop proche pour qu'on puisse encore pleinement l'estimer.

  • Discipline en plein essor, la sociologie économique s'interroge sur les institutions, les représentations et les comportements sociaux dans la société contemporaine marquée par la centralité du fait marchand. Chacune des études ici réunies est donc à la fois l'occasion d'un éclairage sur une question particulière et d'une interrogation générique sur la transformation de notre société dans le contexte du développement des relations marchandes. On y traite les thématiques les plus variées, dans un dialogue permanent de la sociologie avec l'économie : la persistance du don ou l'économie d'Internet, le fait monétaire ou les réseaux sociaux, les formes de capitalisme ou les modes de consommation, l'entreprenariat ou la mesure du travail, l'économie solidaire ou le fait gestionnaire.

  • Dictionnaire historique, politique, institutionnel, économique, culturel et des mentalités de l'Empire ottoman entre le XVe et le XXe siècle, à jour des dernières découvertes des historiens.

  • This volume takes a close look at monitoring activities in chemical and nuclear industrial processes. The authors document the day-to-day work in these sectors, asking simple questions: What are workers actually doing in a highly automated plant? How do they ensure that production is continuous and that the plant is safe? How do they combine their work on the facility itself and their remote work in the control room? How is the work of employees organized, given that their tasks cannot be consistently determined in advance? The analysis shatters the image of labor as physical toil or as a social constraint As such, this detailed study of these industrial configurations gives us tools to question the changes underfoot in our work environments, far beyond nuclear and chemical plants. This book is written in clear, direct language, and includes numerous concrete examples and verbatim quotes from the authors' fieldwork. It is intended for social science and engineering students, as well as for professionals who are confronted on a daily basis with these new ways of organizing production.

  • En mai 2009, alors que s'enlisait la lutte engagée par les enseignants-chercheurs contre le décret statutaire issu de la Loi de 2007 sur les universités, un petit groupe d'universitaires lançait dans la presse et sur Internet un ' Appel à refonder l'Université '. Ce manifeste, qui recueillit alors plus de cinq mille signatures, a été perçu comme un tournant décisif dans le débat. Ce groupe de ' Refondateurs ', qui réunit des représentants de disciplines et de sensibilités idéologiques les plus variées a continué à réfléchir à une indispensable refonte de l'enseignement supérieur. Et c'est le fruit de la réflexion originale de ce groupe qui est présenté dans ce court ouvrage par quelques-uns de ses animateurs. La réforme qu'ils proposent est fondée sur la conviction suivante : la société française ne peut plus se permettre de confiner l'Université au rôle de voiture-balai de l'enseignement supérieur, avec la charge d'accueillir le public que les autres établissements (classes préparatoires, classes de BTS, grandes, mais aussi moyennes ou petites écoles) auront refusé. Cette situation est tout à la fois antidémocratique, car elle favorise le développement de formations privées, payantes et pas toujours de qualité, et néfaste au développement scientifique et intellectuel français, car elle marginalise les universités, qui sont au coeur de la production de savoir et de la transmission de la culture. L'ouvrage présente un ensemble de solutions qui permettraient de remettre l'Université au service de la société. Si les problèmes sont complexes et les obstacles nombreux, on n'échappera pas à la nécessité d'une réforme de fond de l'ensemble de l'enseignement supérieur français. Car prétendre réformer l'université sans toucher aux autres cursus est un leurre. Cette politique aveugle continue à aggraver le mal qu'elle prétend soigner en entretenant la fuite des étudiants, elle engendre la désespérance de enseignants-chercheurs sans l'appui duquel toute réforme est vouée à l'échec, et coûte cher à la nation sans espoir de profit.

  • Les débats sur la place du travail dans notre société ont un caractère paradoxal. On vante les potentialités de la technique ou on dénonce la domination techniciste, mais on affirme, pour s'en inquiéter ou s'en réjouir, la disparition inéluctable du travail. La technique se serait donc émancipée du travail ?

    Abordant le travail par l'étude concrète des activités productives, cet ouvrage se penche sur la fonction de surveillance-contrôle dans les usines chimiques et nucléaires. Il pose des questions simples : Que font les hommes dans un contexte productif très automatisé ? Comment assurent-ils la continuité du flux productif et la sécurité des installations ? En somme, comment travaillent-ils ?

    Les formes de l'activité productive dans ces industries contredisent les représentations communes du travail, celles qui le réduisent à une dépense de force ou à une contrainte sociale. Aussi, l'étude minutieuse de cette configuration industrielle permet d'interroger les transformations contemporaines du travail, bien au-delà du cas de ces secteurs.

    Écrit dans un langage clair, illustré de nombreux cas concrets et verbatims d'enquête, cet ouvrage devrait intéresser les étudiants en sciences sociales comme les élèves ingénieurs, mais aussi les professionnels confrontés au quotidien avec les nouvelles logiques productives.

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