Jacques Chardonne

  • Depuis plus 1983, nous aimons et nous défendons les Cahiers Rouges.
    Bientôt 20 années de rencontres : Cendrars, Bukowski, Giono, Zweig et quelques autres... Avec les Cahiers Rouges, nous avons découvert les littératures d'ici et d'ailleurs, de Colombie, de Bohème... et d'à côté parfois !

    Livres perdus puis retrouvés, livres célèbres, poèmes, romans ou essais : leur point commun ? La passion. La passion d'aimer, de voyager, la passion du crime, la passion de vivre...
    Chemin faisant, nous avons croisé toutes sortes de personnages : Malraux, Kafka, de jeunes amantes, quelques héros, des soeurs et des frères, des voleurs aussi, toute la diversité humaine...
    Puissiez-vous aimer comme nous ces êtres de chair !
    Et avec nous, vivez vos passions en Cahiers Rouges !

  • A l'occasion des 50 ans de sa disparition, Albin Michel qui a été l'éditeur des OEuvres complètes de Chardonne de son vivant salue la mémoire d'un de ses auteurs cultes avec, pour la première fois, la réunion en un seul volume de trois livres : trois aspects de l'art de cet écrivain : le roman (Les Destinées sentimentales), les nouvelles (Femmes) et les essais et pensées (L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour.)Quel que soit le genre littéraire abordé, Chardonne, en vrai maître de la prose, se pose en analyste lucide, mordant, enchanteur et enchanté, du phénomène amoureux et de la vie de couple. Il n'a de cesse de décrire l'amour dans tous ses états et a pour particularité de mettre en avant des personnages féminins forts, et toujours d'actualité.L'occasion, par-delà les polémiques politiques, - et sans rien nier de leur caractère -, de prendre le temps de (re)lire le meilleur, le plus universel et le plus durable d'un grand écrivain qui a été loué par Alexandre Vialatte, Roger Nimier, Maurice Blanchot, Philippe Jaccottet ou Olivier Assayas.

  • "je tiens jacques chardonne pour le plus grand prosateur de notre temps, mais plus on admire et plus son se sent malhabile à en justifier le pourquoi.

    Lorsque j'aurai, après tant d'autres, parlé de l'exquise pureté de son style, de sa mystérieuse transparence, de son étrange simplicité, de son classicisme tout frais, de l'éclat assourdi de ses formules, de sa rareté négligente, de sa candeur un peu retorse, de l'inapparence de ses transitions, de cette autonomie qu'il laisse à chaque phrase, de cette harmonie interne qui se révèle jusque dans la grâce visuelle de la page, quand j'aurai dit qu'il n'a pas son pareil pour charger une incidente d'un invisible explosif, et qu'il possède le secret de faire basculer tout le sens d'un paragraphe avec un adverbe nonchalamment placé, quand j'aurai avoué qu'auprès de lui, pour peu qu'on se même d'écrire, on se sent lourd, appuyé, emprunté, grossier, quand j'aurai rappelé les extraordinaires ressources d'une stylistique dont lui-même est peut-être à peine conscient, - aurai-je donné la moindre idée de son art souverain ?
    Jacques chardonne n'a jamais écrit deux fois le même livre.
    Le ciel dans la fenêtre ce n'est pas matinales ; pourtant c'est la même lumière, ce sont des contrées, une société, des sentiments, une femme, des choses que nous connaissons, indéfiniment reprises depuis l'epithalame ; le dernier mot ne sera dit sur aucune, dans ce ressassement, sauf, peut-être, cette idée plus affermie aujourd'hui : "vivre dignement dans l'incertain ".

  • Un écrivain d'âge mûr part pour Madère où il compte retrouver un ami qui s'y est retiré, jadis, pour goûter un bonheur hors des vicissitudes du monde. Mais un tel bonheur existe-t-il ? Le narrateur découvre que son ami s'est peut-être suicidé ; pourtant, sans en avoir clairement conscience, il reprend la quête de l'ami disparu, cherchant à cerner la nature de ce bonheur qui se dérobe sans cesse...
    Le chef-d'oeuvre de la dernière " manière " de Chardonne : une écriture de virtuose pour le plus délié, le plus élégant et, peut-être, le plus étonnant des romans de l'après-guerre.

  • Jacques Chardonne, parrain des "hussards", et Roger Nimier,son plus flamboyant représentant, sont ici comme les deux rois tête-bêche d'une carte à jouer. Ces Lettres, caustiques, lyriques, attendries, toujours brillantes, Roger Nimier ne put les lire qu'après leur publication en volume. Jacques Chardonne n'y épargne pas ses contemporains ; Gide, Montherlant et Max Jacob font les frais de son humour dévastateur. Il ne fait pas seulement oeuvre de pamphlétaire ou de chroniqueur : ce styliste cherche aussi comment vivre, ce rieur cruel saisit aussi des instants de grâce. A déguster comme un verre de Cognac.

  • Jacques Chardonne avait 82 ans quand parurent, en 1966, Propos comme ça. Paré de la sensibilité "refroidie" de la vieillesse, armé de son oeil "sec et perçant", il se promène dans un siècle qu'il va quitter en paix avec lui-même. C'est une suite de portraits, de pensées et d'anecdotes dans la lignée de La Rochefoucauld ou La Bruyère. "En France, le style est à peu près fixé depuis trois siècles". La phrase maigre de Chardonne en fait l'héritier des moralistes du Grand Siècle. Avec elle, il se permet d'aligner l'amour, les femmes, la solitude et même l'histoire de France. Il en revient souvent à la littérature. Faulkner et ses verres de Pernod, Morand et ses "éclairs sur fond noir", Balzac et son côté faussaire génial apparaissent fugacement.
    En homme d'édition qui connaît le "personnel", il déplore l'inflation des titres et les jeunes auteurs publiés à l'abattage - rien n'a vraiment changé depuis les années 1960, c'est drôle et effrayant. Mais la hauteur n'est pas le dédain et Chardonne est bien trop élevé, bien trop désinvolte, pour seriner des leçons. Détaché, il rêve encore, ce qui donne de la sève à ces Propos. Encore vert et toujours souple, il se penche sur son travail d'écrivain (quarante ans de scrupuleuse distillation). "L'oeuvre est faite, quelle solitude. Cette oeuvre fut vraiment donnée". Chez Chardonne, tous les mots comptent, il faut entendre le don au sens de grâce, mais aussi de legs. Ainsi se révèle la secrète valeur testamentaire d'un ouvrage dont on a envie de citer chaque page.


  • Jacques Chardonne (1884-1968), de son vrai nom Boutteleau, fut directeur littéraire avant de publier L'Epithalame, son premier roman, en 1921. Les Varais, Vivre à Madère, Claire, Lettres à Roger Nimier ont été réédités dans les Cahiers Rouges. Citons aussi la trilogie des Destinées sentimentales et des essais : L'Amour c'est beaucoup plus que l'amour, Le Bonheur de Barbezieux, Matinales. On a dit Chardonne ancré en Charente, rivé à la question du couple et du mariage ; ses thèmes sont en vérité universels. Le Livre: Jacques Chardonne a écrit des milliers de lettres, sur papier d'écolier. Voici un petit choix de grand choix, adressé entre 1930 et 1967, à Marcel Arland, Ginette Guitard-Auviste, Jean-Louis Bory, Kléber Haedens, François Nourissier, Jacques Brenner, Michel Déon ou Matthieu Galey. Ce que je voulais vous dire aujourd'hui (1970) révèle un Chardonne étonnant, bouillant, contradictoire, facétieux, féroce. Extralucide sur les gens et les choses de son temps : le marché du livre en 1948, la sexualité dans le mariage à propos du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir ou le « style pompier » de Camus. Un feu d'artifice, des fulgurances à toutes les pages. Morceaux choisis : « L'adjectif, c'est comme les bijoux. Une femme élégante ne porte pas de bijoux (ou bien c'est un solitaire qui vaut cinq millions) » ; « Ce sont les grands principes autour desquels on s'est battu qui ont ruiné la France. Au lieu d'administrer la société, pour le bien commun, humblement et efficacement, les Français se sont consumés en paroles » ; « Il y a un livre ravissant de Gide : ses pages choisies »... On aurait envie de tout citer, tant c'est un plaisir, tant c'est éclatant. Paul Morand écrit en préface : « Des professeurs de vie, il s'en trouve ; des maîtres à vieillir, c'est bien plus rare. » Il est vrai que sur la solitude, l'indifférence, la mort, Chardonne excelle aussi, sans pathos. Ce que je voulais vous dire aujourd'hui est à lire demain et tous les autres jours.

  • De tous les romans de Jacques Chardonne, Les destinées sentimentales est sans doute le plus ambitieux. Cette fresque historique et intimiste retrace le destin de Jean et Pauline, un couple confronté aux secousses des premières décennies du XXe siècle. Aventure sentimentale et aventure sociale se mêlent, faisant de ce roman d'amour une subtile peinture de la société bourgeoise et provinciale des grands fabricants de cognac et de porcelaine.


    Une oeuvre flamboyante, étrangement actuelle, qui révèle l'art et le style d'un des plus grands romanciers français.

  • Le couple, c'est autrui à bout portant ; il met face à face deux êtres vite dénudés, et suscite des exigences utiles, des tourments indispensables, une source vive d'humanité. Celui qui est en règle avec la société, qui a réussi dans la cité, qui est approuvé au-dehors, vient échouer devant une femme ; elle réclame un être réel. Alors l'homme s'aperçoit que les autres lui demandaient très peu.

  • Par amour, Marie a épousé Frédéric, le plus beau parti de la région, l'héritier du domaine des Varais, où les jeunes mariés vivent un bonheur sans mélange. Peu à peu êtres et lieux se révèlent différents de ce qu'ils paraissaient. Un splendide roman qui conjugue le drame intime et l'analyse d'un milieu. {(Publié en 1929.)}

  • L'epithalame

    Jacques Chardonne

    "La première partie de son oeuvre, inaugurée par l'Epithalame (1921), dessine autour du lien conjugal des arabesques merveilleuses.

    Dans la promiscuité conjugale, homme et femme peuvent se modeler, ou se détruire, ou les deux ensemble. Ils écoutent la mélodie de la solitude, qui est très suave et très cruelle. Ils s'épient, se sourient, se narguent. Il y a de la tendresse dans leur exaspération, de l'ironie dans leur tendresse, du désespoir dans leur ironie. Jamais les époux de Chardonne ne fusionnent, car jamais ils ne couchent ensemble. Pourtant ses héroïnes sont désirables ; un feu intérieur les embrase, qui ressemble à de l'hystérie contenue. Ce dédale conjugal, cette moiteur, cet inachèvement nous sont restitués en phrases courtes et sèches, baignées d'une clarté lunaire. Petites phrases en forme d'aquarelles qui glissent comme fait la pluie sur une fenêtre, un dimanche après-midi, dans une maison bourgeoise et provinciale, à Barbezieux ou ailleurs..." Denis Tillinac (1984)

  • Matinales

    Jacques Chardonne

    "Tout le plaisir des jours est en leurs matinèes", dit Malherbe. Voici des pages écrites dans les matinées de l´année 1955 (six pages exceptées) ;
    Elles n´ont d´autre lien que celui des jours à leur meilleur moment. Si I'on a du goût pour les contes et les romans, on en trouvera ici de la graine ; d´autres choses encore, e t même un peu de fantaisie dans le mélange.

    J. C.

  • Trcs tôt, Paul Morand et Jacques Chardonne ont compris qu'ils écrivaient ensemble leur grand uvre. Dcs 1957, ils revaient ´r la postérité offerte par cette correspondance. ´R travers leur amitié, deux univers et deux caractcres s'affrontent : le cosmopolitisme face au microcosme, la vitesse flamboyante face ´r la concision lumineuse. Si leur style se change parfois en arme lourde et néfaste, le plus souvent les lames sont fines et étincelantes. Morand a la tenue noble du cavalier au sabre, dans une armure ciselée de mots qui brillent de mille feux. En bon Charentais, Chardonne excelle dans la botte de Jarnac et ses phrases courtes de moraliste font souvent mouche. Le sage Chardonne, chirurgien du cur, reste immobile dans son jardin de La Frette, tandis que l'ardent Morand ne s'arrete jamais, décapoté, de Vevey ´r Tanger en passant par le Portugal. Aprcs les années noires de la guerre, c'est un bain de jouvence.
    Les Hussards naissent armés, comme Athéna, de ce couple improbable. Sous leur plume s'anime toute une génération de jeunes écrivains : Nimier, Frank, Blondin, Sagan, Laurent, Déon, Nourissier, tandis que Cocteau, Mauriac ou Malraux paradent. Morand et Chardonne, qui ne renient rien de leurs engagements, se tiennent en embuscade. Deux fois Morand échoue ´r l'Académie française, malgré les stratégies de Chardonne. Aux lectures au long cours Chateaubriand, Proust, ou le Journal des Goncourt se melent les commentaires des événements de Suez et de Budapest, de la guerre d'Algérie ou de la politique de celui qu'ils surnomment Gaulle.
    La date de l'an 2000, ´r laquelle leur correspondance pourrait etre divulgée, revient souvent comme l'horizon de l'immortalité. Si l'on parle encore d'eux au XXIe siccle, pour Morand, la partie est gagnée : Nos lettres pourraient etre publiées, en l'an 2000, sous le titre Aprcs nous le déluge, non?.

  • Dans ce deuxième volume (855 lettres) de la correspondance Morand-Chardonne, on retrouve les « meilleurs ennemis » que furent Mauriac, Jouhandeau, Montherlant, Malraux, et les amis qu'ils ne manquent pas d'éreinter comme Alfred Fabre-Luce ou Jean Cocteau, dont la mort clôture l'année 1963. Mais tous deux étant très attentifs à leur temps et à la jeunesse, c'est bien la mort de Nimier en 1962 qui constitue l'événement de cette correspondance.
    Les deux écrivains partagent toujours leurs nombreuses lectures, des revues et magazines de l'époque (Carrefour, Arts, L'Obs, L'Express) comme des livres qu'ils reçoivent (Jean-Louis Bory, Jacques Laurent, Michel Butor, Alain Robbe-Grillet), tout en poursuivant des lectures au long cours (Le Prince de Ligne pour Morand, le Journal des Goncourt pour Chardonne) ou revenant sur Pierre Drieu La Rochelle, Maurice Barrès, Max Jacob, Apollinaire. Leurs analyses dessinent un panorama de la littérature du XVIIIe au XXe siècle, mais aussi, en raison d'un projet de Jacques Chardonne, d'une « Histoire de l'édition moderne ».
    Tandis que Morand commente la politique de celui qu'il appelle le « Guide » (De Gaulle), la Guerre d'Algérie, le Mur de Berlin, Khrouchtchev et Kennedy, les souvenirs remontent dans des pages brillantes : ceux, héroïques, de la génération littéraire 1925, ainsi que toute l'atmosphère 1900. Et quand Chardonne reste accroché à sa maison de La Frette, en sage solitaire, Morand part sur les traces de Stendhal en Italie, retourne enquêter à Londres, cavale en Ecosse.
    Édition établie, présentée et annotée par Philippe Delpuech Le 1er volume de la correspondance Morand-Chardonne, Correspondance, tome I : 1949-1960, est également disponible (collection blanche, 2013)

  • Correspondance t.3 Nouv.

  • Voici les lettres qu'ont échangées deux écrivains parmi les moins faits pour se comprendre, bien qu'ils aient eu en commun certain sens de la mesure, et de la régularité dans les passions. Il ne ressort d'ailleurs pas de cette correspondance qu'ils se soient compris, ou, plus exactement, que Chardonne au moins ait jamais su qui était Paulhan, la personne et l'écrivain. Paulhan, quant à lui, a toujours montré à Chardonne l'intérêt qu'il portait en général à ses auteurs, et semblait s'attacher à la fois à l'objet - le livre - et à l'homme - mais d'une manière très particulière, moins pour eux-mêmes que pour le dessein de ce dieu inconnu qui avait dû vouloir que cet homme et cette oeuvre existassent. Chardonne et Paulhan, tous deux occupés des énigmes de la vie, ne les cherchaient pas au même endroit : le premier, dans les sentiments ; le second, dans le langage. Ainsi s'explique la facilité avec laquelle Chardonne disqualifie tel ou tel écrivain, qui lui paraît trop éloigné de cette vérité des sentiments qu'il préfère chercher dans le reflet d'un visage et d'un ciel de Charente au fond d'un puits ; alors que Paulhan, lui, est porté à révérer le dieu du langage dans chacune de ses manifestations, même les plus éloignées de ses goûts - à supposer que son goût le plus profond ne soit pas précisément celui de voir apparaître ce dieu manipulateur derrière même l'écrivain le plus conscient de son art.

    François Sureau

empty