Jean Cau

  • Croquis de mémoire

    Jean Cau

    De Mitterrand et Pompidou à Cocteau et Sartre en passant par Malraux, Gaston Gallimard, Orson Welles, Genet, Camus, Lacan, Mauriac et Montherlant, de Coco Chanel à Ava Gardner, de Hemingway à Luis-Miguel Dominguin, et à bien d'autres "personnalités" - sans oublier le trajet de l'auteur de sa province à Paris et à Saint-Germain-des-Prés -, Jean Cau croque au hasard de sa plume des visages, des lieux et des situations surgis de sa mémoire.
    Il note "des impressions qui ne se sont pas délavées, des dialogues capturés jadis et naguère, des idées miennes sur les personnages qui ont traversé la scène, au cours de ma vie, et sur moi-même, principal acteur de celle-ci". Alors, grâce à la maîtrise d'un style incomparable, de notations à la fois brillantes et retenues, grâce à une lucidité et à une sincérité de ton aujourd'hui fort rares, l'auteur de Croquis de mémoire, en se promenant dans les jardins du passé, a composé ici un magnifique bouquet de souvenirs, aux fleurs, feuillages et épines mêlés, et d'où montent les parfums de nos temps perdus et de notre histoire retrouvée.

  • Pendant quelques mois, Jean Cau a suivi les principales vedettes de la tauromachie dans leur campagne 1960, en Espagne et en France. Le récit qu'il nous donne tient, selon lui, du «reportage», de la «chronique» et de la «conversation libre».
    Un des aspects de ce récit, qui a fait date dans la vision et l'histoire de la tauromachie, consiste dans la relation des «corridas» de Dominguin, Ordoñez, Camino, Ostos, etc., à Séville, Madrid, Barcelone, Pampelune, Salamanque, Mont-de-Marsan, Bayonne, Béziers, etc. Il s'agit là, tout à la fois, d'un reportage, d'une chronique, de notations prises sur le vif, de réflexions, d'un miroir de la tauromachie en lequel se reflètent ses ombres parfois grises et ses lumières toujours éclatantes. Et l'autre titre du livre pourrait être : «Voyage à l'intérieur du monde de la tauromachie», monde grouillant et complice où le courage se mêle au picaresque, les rivalités aux combinaisons, le désordre «à l'espagnole» aux rites les plus stricts. Mais, toujours, la passion de l'auteur reste intacte à l'égard de la Fiesta qui consiste, selon lui, «à croire au Père Noël et, chaque après-midi, vers les cinq heures, à aller à ses rendez-vous».

  • Sévillanes

    Jean Cau

    «Trente kilomètres. Dans quelques instants, s'il me plaît et une fois encore, je mangerai Séville. La Giralda, la plus belle glace à la pistache du monde, je la lécherai. Ce sera mon dessert mais, auparavant, j'aurai dévoré la Maestranza et mon visage heureux en sera barbouillé de crème rose et blanche.

    Tout autour de la plaza, les drapeaux pendent, inertes. Il y a complot du vent et du soleil, immobiles, pour que la corrida soit bonne, si les toros ont fantaisie d'être nobles et les toreros quelque envie d'avoir la grâce brave. A la porte des cuadrillas, bras gauche solennellement replié en écharpe dans la cape de parade, c'est l'éblouissement de leur apparition. En tête, derrière des alguazils à cheval, les matadors. L'escarpin racle le sable. Un furtif signe de croix terminé par un baiser qui effleure le pouce. La montera arrimée au ras des yeux. On s'avance mais si un torero a été récemment tué, dans n'importe quelle plaza d'Espagne, c'est tête nue, en signe de deuil, qu'on effectue le paseo. On s'avance au son de la musique. On salue la présidence. J'ai quitté Carmona. Je roule vers Séville. J'entre dans l'arène. Je salue la Giralda, main droite portée à ma montera. Elle s'incline et me rend mon salut."

  • La folie corrida

    Jean Cau

    Qu'est-ce que l'afición «a los toros» ? Qu'est-ce qu'un aficionado ? À quelle espèce étrange appartient cet individu ? Comment cette espèce se divise-t-elle, se partage-t-elle, se passionne-t-elle ? Est-il bon, en tauromachie, de célébrer d'abord les toros ou les toreros ? Y a-t-il danger à «intellectualiser» la corrida et à l'inonder de jus de cervelle ? Y a-t-il péril à la médiatiser ? Hommes et femmes sont-ils animés d'une afición semblable ou différente ? Doit-on s'indigner si les piques ne sont plus ce qu'elles étaient et, parfois, les cornes non plus ? Comment entre-t-on en aficíon ? Est-ce un chemin de croix ? L'aficionado français a-t-il trop de lectures ? Existe-t-il un «sang» gitan chez les toreros ? À ces questions, en gambadant et en liberté, au hasard d'impression et de quelques idées, Jean Cau répond dans La folie corrida.

  • Composition française

    Jean Cau

    • Plon
    • 10 Septembre 1993

    Les rencontres, les lectures, les chocs de date et de lieu des trois dernires annes de l'auteur.

  • Le temps des esclaves

    Jean Cau

    «Il m'aura fallu des années de réflexion et de lucidité afin d'oser mettre en question et en questions l'égalitarisme sacro-saint qui fut mon miel et mon lait jusqu'à de récentes années...
    ...Il aura fallu d'une part que j'assiste à l'avachissement et à l'avilissement masochiste de nos sociétés occidentales, d'autre part que je découvre le visage effroyablement médiocre du communisme pour que j'ose me demander si leur faillite commune n'avait pas même origine et mêmes raisons : le culte - bien qu'il fût célébré par des prêtres divers - du même veau...» Que Jean Cau, après un long parcours, ait reconnu les évidences de la Droite ne fera pas plaisir à tout le monde. Qu'il confesse qu'il doit cette conversion à De Gaulle ne fera pas plaisir à d'autres. «La Table Ronde de Combat» qui a fait de la liberté d'opinion sa règle n'avait pas de raison de faire plaisir à tels ou tels.

  • L'agonie de la vieille

    Jean Cau

    «Si j'avais écrit ce livre en espagnol, je l'aurais appelé : "Llanto por la Democratia"... sanglot pour la Démocratie. C'est une veillée funèbre. Je suis au chevet de l'agonisante et, dans le silence et la pénombre de la chambre, assis sur une chaise de paille, j'assiste aux derniers moments de notre bonne vieille Démocratie en train de casser sa pipe. Nous l'aimions. Je l'aimais. Ce n'était pas un amour fou mais raisonnable avec ce que cela supposait de routine, d'habitude et d'impalpable indifférence.
    Elle se meurt et longue est la veillée. Du coup, comme il arrive en ces sortes de tristes circonstances, on se prend à rêver, à rêvasser, à penser, à évoquer, à se souvenir afin que s'écoule la nuit. C'est ce que j'ai fait. Comme un pêcheur son filet, j'ai laissé traîner mes idées et mes mots sur tout ce qui me passait par la tête : sur mes enfances, mon adolescence, mes passions, mes intuitions, mes opinions, mes divinations ; sur les "fonds" politiques et moraux de notre époque ; sur mes amitiés, sur mes désordres. Mais, toujours, j'ai gardé les yeux fixés sur le pauvre visage exsangue de notre grand-mère en train d'agoniser en m'efforçant de me rappeler ses bontés plutôt que ses innombrables fredaines.
    Bref, vous verrez, le livre a l'air d'un "patchwork" mais, en vérité, il n'en est rien. Il est toujours tissé du même fil. Il est le linceul dans lequel j'enveloppe des morts dont j'ose dire le nom et que je regarde en face.» Jean Cau.

  • Une rose à la mer

    Jean Cau

    Jean Cau persiste et signe : la «rose» ne passe pas, comme on disait au siècle dernier que le «café passerait».
    La Rose de Ronsard est flétrie sous Mitterrand.
    Voici la fine équipe à bord de «Force Tranquille» : l'Amiral de La Mitte, le commandant de bord dit le Belge, et quelques autres de ses passagers célèbres. Les choses se passent très mal, les vents, ô injustice du sort, sont mauvais. La tempête, convoquée par La Fontaine, fait trembler le bateau élyséen.
    Tout est perdu, même la Rose...

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