Jean-Paul Colleyn

  • Les qualités esthétiques des oeuvres produites par les Bamana du Mali (aussi appelés Bambara) séduisent depuis longtemps le regard occidental.
    L'ouvrage présente ces objets d'art religieux tout en permettant au lecteur de retrouver leurs dimensions sociales et culturelles. En effet, toute création plastique met en action un réseau de valeurs complexes, parfois seulement accessibles à quelques initiés, mais toujours profondément ancrées dans un système de pensée et un mode de vie que seule la recherche anthropologique de terrain peut tenter d'approcher et d'étudier.
    Pour replacer les oeuvres dans leur contexte local, l'ouvrage passe en revue les initiations des jeunes et les funérailles, rites de passages fondamentaux auxquels on ne peut se soustraire. Pour le déroulement des rituels, chacune de ces associations met en scène un nombre important de productions artistiques. Leurs qualités esthétiques sont des critères d'appréciation essentiels que les Bamana recherchent afin que leurs pouvoirs religieux et politiques soient sublimés dans une logique alliant efficacité formelle et conceptuelle.

  • Parmi les objets d'art du Mali et des pays limitrophes du sud du fleuve Niger, les chevaux des korèdugaw constituent une étrange cavalerie.
    Ces chevaux de bois pour adultes, dont les qualités plastiques sont à découvrir, sont l'emblème d'une catégorie de sages qui a le privilège de se moquer de tout et de tous. Le korèduga est un personnage haut en couleur qui s'habille de manière extravagante et contrevient à toutes les règles de bienséance. Il porte presque toujours une tunique en haillons sur un pantalon avec la jambe gauche raccourcie.
    Cette tunique est recouverte d'un filet auquel sont accrochés des coquilles d'escargots, des amulettes, des fragments de calebasses, des bâtonnets, des plumes et des becs d'oiseaux. Dans toutes les manifestations publiques, ces " bouffons sacrés " rançonnent gentiment les villageois qui, pour s'attirer leurs bonnes grâces, s'y prêtent volontiers. Au cours de ses enquêtes sur le terrain, depuis une trentaine d'années, l'anthropologue Jean-Paul Colleyn les a souvent rencontrés et a suivi leurs ébats.

  • Boli

    Jean-Paul Colleyn

    Au Mali et dans les pays limitrophes, un boli est un objet fabriqué qui est la source de pouvoirs extraordinaires et auquel on rend un culte.
    Ce sont ses adeptes que l'on appelle les Bamana ; une appellation qui transcende les divisions ethniques. A mi-chemin entre l'être et la chose, le boli doit être nourri par le sang de sacrifices et c'est à cette condition qu'il peut agir comme protection ou comme arme. Grâce à un miracle initial et des procédures de fabrication et d'entretien secrètes, le boli produit une force irradiante qui contraint ses usagers à le manier avec précaution.
    L'objet est d'autant plus réputé que l'épaisse croûte qui le recouvre témoigne de son ancienneté. Pour un Bamana, le monde est régi par un ordre de causalité et par des communications de propriétés que le boli permet d'interpréter et d'influencer. Ce monde ne concerne pas seulement le règne du visible mais aussi l'autre scène, où s'ébattent et s'affrontent ancêtres et sorciers. Dans cet étrange objet, le missionnaire et le conquérant musulman virent la marque de Satan, tandis que le colonisateur en faisait le symbole d'un âge primitif.
    En revanche, les ethnologues et les avant-gardes artistiques les reconnaissent, au-delà de leur caractère mystérieux et informe, comme de fascinants médiateurs entre l'homme et son environnement.

  • Cet ouvrage comporte une brève présentation des pricipaux auteurs cités, une bibliographie de base et un lexique élémentaire.
    La démarche anthropologique implique comme préalable que tous les préjugés de supériorité raciale ou culturelle soient abolis. D'autre part, les acquis de cette discipline ne constituent pas une doctrine définitive : ils se situent plutôt au croisement de différents courants théoriques. L'étude d'une société particulière passe par celle des relations de parenté, des institutions économiques, des faits politiques et des systèmes de pensée.
    Cette étude exige que l'on dépasse les définitions spécifiques à la société occidentale, afin de pouvoir rendre compte de tous les faits observés. En particulier les phénomènes économiques doivent-ils être envisagés autrement dans les sociétés où ils ne constituent pas un domaine autonome ne connaissant que sa loi propre. Les catégories de croyances, de superstitions, voire même de religion, ont appauvri l'image des cultures traditionnelles ; elles doivent être mises en perspective au sein de l'ensemble des systèmes de pensée.
    Il paraît aujourd'hui prudent de considérer qu'une société apparemment simple, ou culturellement rudimentaire, est plutôt une société sur laquelle nous sommes mal documentés. Enfin, s'il n'appartient pas aux anthropologues de formuler des programmes politiques, ils ont le devoir de dénoncer l'oppression dont sont souvent victimes les peuples paysans du Tiers Monde.

  • De la possession rituelle et du chamanisme à la Silicon Valley, l'anthropologie élargit aujourd'hui son champ d'observation. Elle réinterroge ses concepts et ses méthodes pour appréhender la complexité de notre monde contemporain en proie aux mouvements contradictoires d'une prolifération des diversités et d'une abolition des barrières.
    Cet ouvrage nous propose de suivre le travail de l'anthropologue, du choix d'un champ d'étude à l'écriture du résultat de recherches, en passant par les principales hypothèses théoriques de sa discipline, l'enquête de terrain, les concepts qu'il peut utiliser.

  • Les sociétés africaines ont souvent été décrites comme des sociétés traditionnelles, constituées d'ethnies figées dans leurs traditions et dans des contours géographiques imposés.
    Riches, plurielles, complexes, ces sociétés sont pourtant bien éloignées de la fixité. Autrefois en constante évolution, elles le sont encore aujourd'hui, affrontant la modernité avec leurs propres valeurs, leur propre culture. A cet égard, le Mali constitue un pays exemplaire, riche d'une longue histoire : la ville antique de Djenné-Djenno était en plein essor pendant l'âge du bronze européen. Alors que l'émigration, l'exil mais aussi la démocratisation et le tourisme ont entraîné une mise en question de la société malienne, sa culture s'exporte dans le monde à travers ses créateurs, musiciens comme Salif Keita ou écrivains comme Amadou Hampâté Bâ.
    Nation musulmane où l'animisme a conservé toute sa place, mosaïque cohérente de peuples malgré ses vingt-trois langues, Etat parmi les plus pauvres du monde et pourtant troisième producteur d'or en Afrique, le Mali est le pays du paradoxe. Parce qu'elle n'est pas donnée une fois pour toutes, parce qu'elle est la combinaison de strates successives, la culture malienne nous entraîne dans la découverte stimulante d'une certaine manière " d'être au monde ".
    C'est ce mouvement que Mali kow se propose de restituer à travers un dialogue entre un ethnologue, partisan d'une définition des cultures comme des ensembles en mouvement, Jean-Paul Colleyn, et un écrivain malien de la diaspora, Manthia Diawara ; échange illustré par les photographies de Catherine de Clippel sur lequel viennent résonner différents témoignages de Maliens.

  • Qu'il s'agisse de casbahs somptueuses ou de frustes mosquées, de ksour impressionnants ou de modestes masures, les architectures en terre crue de l'Ouest africain reposent sur un savoir millénaire parfaitement adapté à leurs environnements. Réflexions transversales sur la conservation de ces constructions, de leurs impacts sur la nature face à l'évolution de la société.

  • De la possession rituelle et du chamanisme à la Silicon Valley, l'anthropologie élargit aujourd'hui son champ d'observation. Elle réinterroge ses concepts et ses méthodes pour appréhender la complexité de notre monde contemporain en proie aux mouvements contradictoires d'une prolifération des diversités et d'une abolition des barrières.
    Cet ouvrage nous propose de suivre le travail de l'anthropologue, du choix d'un champ d'étude à l'écriture du résultat de recherches, en passant par les principales hypothèses théoriques de sa discipline, l'enquête de terrain, les concepts qu'il peut utiliser.

  • Les fétiches africains effrayent les missionnaires, horrifient les marabouts, mais captivent les artistes, les anthropologues, les philosophes et les psychanalystes.
    L'afrique s'est urbanisée, les écoles ont souvent remplacé les initiations traditionnelles, mais les fétiches se sont adaptés à la modernité. " objets inanimés, avez-vous donc une âme ? ", s'interrogeait lamartine. ce livre amorce une réponse à partir de deux univers : celui des vodu du togo et celui des boliw du mali. dans les deux cas, le rapport d'un individu au monde d'ici-bas et à l'au-delà passe par la confection et l'entretien d'objets qui sont plutôt des êtres que des choses.
    Ces photos ont été prises entre 1980 et 2006, dans des milieux très secrets, grâce à la longue et étroite collaboration entre une photographe, catherine de clippel, et un anthropologue, jean-paul colleyn.

  • Trois thèmes résument à la fois le parcours et l'oeuvre de l'anthropologue Emmanuel Terray : le voyage, les livres et l'action. Le voyage, parce que, comme on le sait, l'anthropologue est quelqu'un qui se déplace et qui trouve ailleurs non seulement des vérités sur ce qu'il découvre, mais aussi des vérités sur sa propre société. Les périples de l'écriture, ensuite, puisque l'auteur des Ombres berlinoises est aussi un écrivain du voyage, même si ses " voyages-essais " ne ressemblent à nul autre. Enfin, et surtout, Emmanuel Terray est un homme engagé, peu enclin à la résignation, révolté par les injustices de notre temps et fasciné par ceux qu'il appelle " les aventuriers de l'absolu ". Toute son oeuvre, qu'elle réfléchisse sur des faits sociaux proches ou lointains, est en effet parcourue par une réflexion sur le pouvoir, la loi, le savoir, l'action et l'engagement politique. C'est donc à une traversée passionnée et mouvementée que ce livre invite, mais qui débouche aussi sur l'universel.

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