Noël Herpe

  • Les films me regardent

    Noël Herpe

    « Douze ans après Journal d'un cinéphile, où je réunissais un certain nombre de mes textes critiques, j'ai voulu, aujourd'hui, retracer une évolution. Dans ce nouveau volume, on retrouvera des écrits de cinéphilie pure et dure. La mienne s'enracine dans un amour persistant pour le cinéma français, au-delà des querelles de chapelle et des clivages Cahiers-Positif (même si c'est dans cette revue que j'ai publié pour l'essentiel). De Bresson à Becker, de Rohmer à Assayas, j'essaie de faire dialoguer les films entre eux, de créer des liens. Ces liens, je les explore de plus en plus par le biais de l'autobiographie. La partie centrale de ce livre s'intitule "Avant les images", et elle remonte à la source de mon désir de cinéma. Qu'est-ce qui fait qu'une image cristallise ou retombe dans les ténèbres ? Que nous dit la cinéphilie du travail de la mémoire ? Que regardent les films en nous, en moi ? Ce sont quelques-unes des questions que je soulève, sans vouloir trop élucider leur mystère. »

  • Souvenirs/écran

    Noël Herpe

    Ecrivain, cinéaste et historien du cinéma, Noël Herpe a été notamment commissaire en 2017, à la Cinémathèque française, de l'exposition consacrée au cinéaste Henri-Georges Clouzot (Le Corbeau, Quai des Orfèvres, Les Diaboliques...). À cette occasion, il a été amené à voyager dans toute la France, de Niort (ville natale de Clouzot) à Cancale (berceau de sa propre famille), en passant par Aix-en-Provence, Besançon ou Bergerac .... C'est à un véritable état des lieux de la cinéphilie hexagonale qu'il nous convie dans Souvenirs-écran, mêlant à des souvenirs intimes, ou à des réminiscences de Clouzot, un regard volontiers mélancolique, caustique, drolatique, sur le « paysage culturel » d'aujourd'hui. Traversé par une passion persistante de la littérature (Mauriac, Gracq...) et du cinéma (de René Clair jusqu'à Rohmer), le récit s'ouvre en même temps à la diversité d'un pays où s'estompent les maîtres anciens.

  • Avec ce livre, Noël Herpe poursuit son travail autobiographique sous la forme d'un récit fragmenté. Il y retrace son adolescence solitaire, hantée par de mystérieux rituels érotiques. Et par la passion d'un certain théâtre, découvert dans les pages de La Petite Illustration ou dans les «dramatiques» de l'ORTF... Un répertoire délicieusement désuet, qu'il s'efforçait de faire revivre sur les planches avec une ferveur donquichottesque.

    «Ce sont les scènes en miniatures, effacées aussitôt que rêvées, qui entre ma dixième et ma vingt-cinquième année m'ont soutenu au-dessus du vide.» En les évoquant ici, ce n'est pas à la nostalgie que cède l'auteur - mais bien à l'envie de déchiffrer la naissance d'un imaginaire.

  • Objet rejeté par la mer, nouveau volume de journal de Noël Herpe après Journal en ruines, est le récit d'une renaissance. À cinquante ans, quelque chose comme un apaisement, une douceur inattendue de vivre, prend corps et se renforce au fil des quatre parties du journal :
    « Journal du passé » raconte les plongées quotidiennes auxquelles se livre l'auteur dans ses souvenirs d'enfance dont il se délivre peu à peu.
    « Journal d'Édouard » raconte sa relation naissante avec Édouard, un jeune homme de vingt ans, aux goûts opposés aux siens, qui lui fait redécouvrir le présent, lui qui n'aime vivre que de passé.
    « Journal du dehors » relate la mise à l'épreuve de cet amour, quand Édouard s'enfuit à Rome.
    Le caractère insaisissable d'Édouard vient peu à peu brouiller son portrait, tout en renforçant l'attrait qu'il exerce.
    « Journal sans sujet », enfin, raconte une errance dans Paris à la recherche d'un nouveau lieu de vie, pour écrire, aimer, rêver.
    Herpe, à l'instar de Leiris ou de Julien Green, poursuit ici son entreprise autobiographique. Il prend le parti de s'écrire au quotidien, cherchant à déchiffrer les fils d'un récit invisible. De sa plume, sensible et belle, il fouille passé et présent en quête de l'imprévu, de l'autre, de l'étrange qui, en ces années 2014-2015, surgissent à sa rencontre.

  • «J'ai voulu que ce journal décrive à sa manière un désir de récit : celui qui m'a traversé pendant toute ma jeunesse, pendant toutes ces années où je ne savais écrire que sur les oeuvres des autres.» Dans les années 1990, Noël Herpe, jeune critique, croise les fantômes du cinéma et de la littérature d'après-guerre, et fréquente l'avant-garde du moment. Il collectionne lectures, films, rencontres, psychanalyses et expériences des limites. Il écrit de nombreux articles pour la presse, mais aucun livre ni aucun film.
    En secret, il tient un journal où alternent mondanités parisiennes et amours platoniques, balades en collants et nostalgie de l'enfance... Au début des années 2000, la mort de son père vient mettre un point final à ce journal singulier et mélancolique, à la fois portrait de son auteur et reflet d'une époque.

  • Une étude complète autour du cinéma rohmérien. D'un texte à l'autre, s'établit une circulation entre les grands moments d'une carrière, et de fécondes perspectives se dessinent (relecture de l'oeuvre de Rohmer à la lumière de la pensée de Kleist, étude des stratégies de séduction dans les films à des époques différentes, etc.). Avec des interviews de Rohmer et de ses collaborateurs.

    Une polyphonie s'orchestre ici selon des mouvements bien distincts : le premier consiste à envisager les « affinités électives » qui inspirent le cinéma de Rohmer - depuis sa filiation éprouvée avec Kleist, avec André Bazin, jusqu'à ses interprétations plus personnelles de Murnau ou de Jean Renoir (en passant par des coïncidences inattendues avec l'art d'un David Hockney...). Le second cercle est celui des études transversales, qui s'attachent à dégager la modernité du récit rohmérien à travers tous les manques qui le constituent ou les ambiguïtés du point de vue ; une modernité à quoi se dérobent en même temps ses personnages, dans leur idéalisme amoureux et leur nostalgie d'une « nature humaine » devenue problématique. Autant d'éléments que précisent six analyses de films, tout en remontant vers un sous-texte métaphorique (dans Le Signe du Lion, dans L'Amour, l'après-midi), ou une re-présentation picturale et historique (dans L'Anglaise et le Duc). Enfin, une série d'entretiens dessine ce qu'on pourrait appeler « l'atelier d'Éric Rohmer » : qu'il s'agisse de production ou de montage, du recours au son direct, à la lumière naturelle ou aux essais vidéo, on y découvre une sorte de conspiration artisanale et familiale, sans exemple depuis Georges Méliès ou Marcel Pagnol - et où un certain ésotérisme dissimule une absolue liberté.

  • « Au lendemain de ses nuits passées sur mon canapé, il repartait vers de nouvelles chimères, petit soldat de l'impossible, jamais découragé par la malchance. Sa silhouette s'éloignait au bout de la rue. Ce rêve de roman que j'avais caressé lors de mes premiers voyages en province, il l'incarnait à sa manière. D'une manière que je n'avais pas prévue, dérisoire et grandiose. »   Certains attendent le soir pour s'habiller en femme. D'autres combattent un monde qui ne veut pas de leur étrangeté. Excentriques, parias, individus sans feu ni lieu : Noël Herpe se promène à la rencontre d'une humanité déchue et lumineuse, poétique et burlesque, dans ces marges du monde « normal » où nos identités se métamorphosent.

  • Comment C'est l'homme est-il devenu un «film interdit» ? Pour le comprendre, il faut retracer sa genèse contrariée.
    Depuis le difficile montage financier jusqu'à la réalisation en plein hiver, dans la pluie, la nuit et le froid. Jusqu'à la malédiction surtout qui a empêché C'est l'homme de trouver un public, qu'il s'agisse de l'interdiction aux moins de seize ans ou des refus inexpliqués de quarante festivals de courts métrages... En racontant cette odyssée désenchantée (sous la forme d'un journal rétrospectif, illustré de divers documents et photos), Noël Herpe tente de ressusciter le désir qui l'a amené contres vents et marées à réaliser ce premier film. Et de comprendre les pesanteurs institutionnelles qui font qu'en France, aujourd'hui, on ne saurait porter à l'écran certains sujets. Comme si l'ambiguïté vestimentaire, comme si la violence ordinaire qu'elle provoque étaient bel et bien des thèmes interdits.

  • Catalogue d'exposition. Entretiens sur Mauriac avec Françoise Sagan, Jean Guitton, Julien Green..., suivis de plusieurs développements sur l'auteur et les écrivains qu'il a fréquenté : F. Jammes, G. Bernanos, M. Proust, J. Cocteau, L. Aragon, A. Malraux...

  • Que sait-on d'Éric Rohmer, mis à part qu'il semble incarner une manière très française de faire du cinéma ? Le public connaît quelques titres, Ma nuit chez Maud, L'Amour, l'après midi, La Marquise d'O... Il lança quelques acteurs, qui ont fait leur chemin sans lui : Fabrice Luchini, Jean-Claude Brialy, Pascal Greggory....
    Mais sait-on par exemple que l'ensemble de ses 25 longs métrages ont attiré en France plus de 8 millions de spectateurs, et quelques millions d'autres autour du monde ? Sait-on même qu'un autre homme, Maurice Schérer, se cachait derrière le pseudonyme d'Éric Rohmer, adopté à plus de 30 ans ? Cet homme si secret, qui s'inventait un double pour garder l'anonymat sur sa vie privée, est enfin dévoilé pour notre plus grand plaisir.
    À partir d'un magnifique fonds d'archives personnelles (mais aussi d'autres sources, privées et publiques, ainsi que d'une longue série d'entretiens), ce livre propose la première biographie d'Éric Rohmer. Il fut l'un des critiques les plus estimés de son temps, rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, mais aussi un jeune écrivain ambitieux.
    Il parvint surtout à forger un cinéma très personnel, tant dans sa méthode, son style que son propos, enchaînant trois cycles de films d'une cohérence impressionnante, les " Contes moraux ", les " Comédies et proverbes ", les " Contes des quatre saisons ".
    En plongeant dans la fabrique du film propre à Éric Rohmer, ce livre dresse le portrait d'un artiste qui fut non seulement un grand metteur en scène, mais également un photographe, un dessinateur, un concepteur de costumes, de décors, ou un compositeur de chansons pour ses films.

  • Quand il publie ses mémoires, en 1860 à 22 ans, Jules Léotard est en pleine gloire. Il vient d'être sacré à Paris, Berlin, Londres, New York, le « roi des trapézistes » par une presse qui l'encense et le moque. Les femmes se battent sous le praticable où il pratique son art, dans l'espoir d'approcher « le style mâle » et le « corps sublime » que le jeune homme entraîne assidûment depuis l'enfance.
    Le Toulousain a commencé au gymnase Amoros, puis est formé par son père au « système gymnique » qu'il a mis en place. Sa spécialité est rapidement trouvée : le trapèze volant, dont il est l'inventeur moderne et le représentant d'époque le plus virtuose, enchaînant dans les airs, à cinq mètres au dessus des têtes, les numéros, les pirouettes, les sauts et les cabrioles. A vous coupez le souffle, paraît-il. A 21 ans, Léotard monte à Paris et débute au Cirque de l'impératrice.
    Le Second Empire aime ces spectacles du corps, où la peur et le brio, la mort et la vitalité, sont mis en scène dans leurs rapports délicats, avec un éclat inédit propre à la fête impériale. C'est en Prusse, puis à Londres chez Barnum, que Léotard devient une vedette internationale. Il triomphe à son retour à Paris, où il est l'attraction la plus fameuse du Cirque Napoléon, puis du Cirque des Champs-Elysées. Les foules se pressent, ses admiratrices se pâment devant ses jeux de jambes, et leur galbé surtout, habilement et sensuellement souligné par la tenue mise au point par le trapéziste lui-même : un maillot et un collant noir moulant.
    Considéré comme l'homme le plus attirant de son temps, il laisse cette trace de tissu révélatrice à la postérité : aujourd'hui encore, le juste-au-corps des trapézistes ou des acrobates se nomme un « Léotard ». L'admiration va donc à l'artiste, à son corps, autant qu'à son art, le brio des numéros volants. Les mémoires de Léotard oscillent entre le récit d'une vie d'exercices, du quotidien du cirque, et les commentaires souvent drôles et ironiques sur la fabrication d'une gloire et ses effets parfois déroutants. Léotard aime à camper en victime des femmes fanatisées par son apparence, mais il vit de cette célébrité : il adore ce quart d'heure de gloire que lui procurent son art autant que son corps. Il repousse le vedettariat autant qu'il l'espère, il le met en scène autant qu'il s'en méfie, et l'écrit, surtout, avec une plume habile et artificielle, sans doute taillée par un nègre talentueux.

    Historien et écrivain, Noël Herpe a découvert ce texte en réalisant en 2009 un documentaire sur l'histoire du collant.

  • Dans sa politique éditoriale, l'Association française de recherche sur l'histoire du cinéma a accordé une grande place aux études monographiques en publiant dans sa revue 1895 des numéros consacrés à André Antoine, Jean Grémillon, Jacques Feyder, René Clair, Christian-Jaque, en attendant des ensembles en préparation sur Abel Gance, Louis Feuillade, Albert Capellani.
    En éditant aujourd'hui dans sa collection de livres les Actes du colloque René Clair ou le Cinéma à la lettre qui s'est tenu à la Bibliothèque nationale de France les 6 et 7 novembre 1998, l'AFRHC participe à un travail permanent de réévaluation des metteurs en scène et des films. Grâce à une vingtaine de communications de chercheurs français et étrangers réunies par Noël Herpe et Emmanuelle Toulet, l'oeuvre de René Clair est remise en perspective dans son temps et dans le contexte qui en a vu l'épanouissement.
    Sans vouloir les soumettre à un jugement définitif, les films du cinéaste, par la multiplicité et la diversité des approches, sont éclairés dans l'optique de leur classicisme trompeur ; ils sont analysés aussi dans les fluctuations des approches critiques qui leur ont été consacrées. Avec le recul, René Clair y apparaît comme un étonnant inventeur de formes plastiques et sonores. Dans une oeuvre où l'intelligence le dispute à la sensibilité - à rebrousse poil de la figure un peu distante d'un homme qui cachait ses élans intimes derrière la fausse intransigeance du moraliste obsédé par la fuite du temps - se construit un des maillons essentiels de l'histoire du cinéma français, à la confluence contradictoire entre l'écrit et l'image.

  • « La réalité me casse les pieds. Tout ce que j'ai aimé, tout ce que j'aime encore et aimerai jusqu'à ce que je sois enterré, ce sont les choses qui n'existent pas dans la vie et qu'il faut inventer. » Avant de disparaître le 4 mars 2017, à 88 ans, Jean-Christophe Averty s'était confié au micro de Noël Herpe, pour une dernière plongée dans des souvenirs qui se confondent avec ceux de plusieurs générations de téléspectateurs.
    Des Raisins verts à Ubu roi, en passant par Autoportrait mou de Salvador Dalí, les images de ses émissions - un bébé en celluloïd passé à la moulinette, une jeune femme criant le générique ligotée à une voie ferrée, Johnny Halliday en cage ou Maurice Chevalier en fauteuil roulant... - sont l'oeuvre d'un génie insolent, qui a élevé la télévision au rang d'art majeur.
    Comment invente-t-on un art ? Un demi-siècle de création échevelée, tous azimuts, et d'une passion inépuisable pour la peinture, la littérature ou le jazz défile dans ces mémoires à deux voix où résonne, comme si tout recommençait, le souffle anarchiste et joyeux qui a rendu Jean-Christophe Averty inoubliable.

empty