Olivier Jacquemond

  • Tout a débuté en novembre 2017 avec un premier post sur Instagram : « Au commencement, il y eut la rage ». Puis, d'autres mots, d'autres phrases, certaines raturées, certaines illisibles, jetés sur des feuilles éparses. Le Livre fantôme s'est peu à peu construit, à découvert, comme dénudé, sous les regards croisés de lecteurs assistant en direct à sa gestation. Il y eut ainsi pendant un an, au fil des semaines, plus de deux cents publications racontant les élans, les rencontres, les hésitations, les déceptions d'un écrivain avec les femmes.
    Les angoisses et les bonheurs de celui-ci - dénommé O., le double de l'auteur - sont saisis dans une écriture sensible, oscillant entre poésie et humour, romanesque et cynisme, qui, très rapidement, fascine - voire envoûte.

  • Après l'âge d'or de l'Antiquité, où il constitua un enjeu éminemment politique et philosophique, le motif de l'amitié a perdu de son éclat.
    Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, des philosophes s'en emparent à nouveau et le replacent au coeur de l'activité de pensée. Maurice Blanchot le premier, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Michel Foucault, Roland Barthes ensuite; ensemble, ils ont contribué à rendre à l'amitié sa dignité philosophique en faisant de celle-ci non plus une catégorie affective mais conceptuelle, sinon impersonnelle.
    L'amitié telle que ceux-ci la conçoivent, la représentent et la vivent s'affirme sous le signe d'un refus absolu. Refus d'une identification aux dogmes, aux lois, aux normes, aux présupposés, à la nécessité, et jusqu'à la volonté.
    Comme si l'amitié n'avait plus aucun contenu positif qu'elle ne coïncidait jamais avec elle-même, qu'elle ne se définissait que contre, dans le rejet de la transcendance, du visage même.

    Figure de l'Intraitable, le nom d'amitié incarne pour cette génération le pur espace d'affirmation d'une pensée révoltée.

  • «L'auteur poursuit la connaissance du secret débuté par d'autres, il y a bien longtemps, pour finir, il y a peu, par le verdict de J. Baudrillard, le secret comme inconnaissable, objet qui s'autodétruit dès sa révélation, ainsi le secret n'est jamais un caché, de plus O. J. s'inclut dans l'analyse, objet secret de sa recherche du secret, ainsi il écrit : Edgar Allan Poe est, dans notre enquête sur le secret [cet ouvrage porte un numéro [1] qui laisse entendre qu'il y aura d'autres publications d'O.J.
    Sur ce sujet], c'est le cas aujourd'hui avec cet hommage à Debord.
    Le grand mérite de ce deuxième Secret est non de prendre la forteresse Debord de front, comme la plupart des laudateurs, ni de le replonger dans ce qu'il a dit l'avoir fabriquer, mais de le découvrir en postulant un secret, celui que j'appellerai (avec Debord), l'époque, ainsi considèret- il les hypothèses d'H. Arendt, puis les positions debortiennes dans les mouvances de la traversée de l'histoire, que nous pourrions presque dire les Histoires (avec un grand H), pour finir sur le non reconnu chez Debord et pourtant présent : l'Utopie. On sent chez lui l'influence d'un des grands penseurs français actuel, Miguel Abensour, ce qui permet à Olivier Jacquemond de relire l'époque que nous venons justement de vivre. HT

  • Je sens que, depuis qu'elle a planté ses racines en moi, Julie me réchauffe le coeur, ranime l'espoir moribond. Nul ne me regarde avec autant de considération, de respect que Julie. J'aimerais pouvoir me retrouver dans celui qu'elle dépeint avec tant de générosité. Grâce à elle, je gagne mes galons en maturité et passe pour quelqu'un de chevronné. Ma fatigue d'être moi, ma lassitude, elle les transforme en sens de la mesure, en sagesse. Parfois, je me plais à imaginer que l'irruption de Julie, cet amour providentiel, apporte la preuve que le passé ne fut qu'un mauvais rêve qui m'aurait longtemps poursuivi. Lorsque Maxence rencontre Julie à Paris, il n'a que trente-deux ans mais il a déjà beaucoup vécu. Quelques années plus tôt, il a en effet suivi à Berlin un photographe aux allures de gourou : une période houleuse et torturée de sa vie qu'il préfère oublier... Avec Julie, le calme et la sérénité semblent à nouveau possibles. Mais lorsque, en toute innocence, elle lui propose une escapade à Berlin, Maxence vacille. Hasard ou signe du destin ? Sur les traces de son passé, saura-t-il se réconcilier avec une partie de lui-même et assumer le présent ?

  • Lorsque son beau-père éditeur lui propose un emploi de « coach littéraire », Jacques accepte immédiatement : accompagner Soul Lehman, chanteur américain de notoriété internationale, dans la rédaction de ses Mémoires enthousiasme le jeune homme. Aux USA, il assiste à ses concerts, rencontre ses proches. Il doit aussi s'accommoder des caprices du chanteur et des différents masques sous lesquels il se cache. Mais Soul finit par se livrer dans ce qu'il a de plus intime. Jacques a donc rempli sa mission : Soul rend son manuscrit dans les temps.
    Pourtant, en découvrant le livre imprimé, Jacques tombe des nues : il ne reste qu'une version light d'une histoire beaucoup plus complexe. La colère du jeune homme, qui se sent trahi, est à la hauteur de sa déception, immense et disproportionnée. Mais qu'à cela ne tienne : si Soul a romancé sa vie, c'est son choix ! Rien n'empêchera Jacques d'écrire son propre livre, de faire le portrait du vrai Soul. Hélas, cette initiative n'est pas du goût de son éditeur de beau-père. Pour Jacques, commence alors une lente descente aux enfers...

  • Contre Lévi-Strauss : une philosophie du malencontre Nouv.

    Étreindre pour mieux trahir, n'est-ce pas le sens qu'il faut conférer au célèbre baiser de Judas? Ce geste est, nous semble-t-il, celui que commet le célèbre anthropologue structuraliste Claude Lévi-Strauss en 1950 lorsqu'il rend hommage à Marcel Mauss dans une introduction devenue un canon du genre, longtemps demeurée une porte d'entrée incontournable à Marcel Mauss, et particulièrement à son texte le plus connu et commenté, l'Essai sur le don, dont le contenu semble devoir s'éclairer grâce aux lumières lévi-straussiennes.
    Est-ce le charme de ce texte précisément ou est-ce le propre de toutes les grandes oeuvres que d'offrir une expérience vivante de pensée? À notre sens, c'est vrai de tous les philosophes du malencontre (terme issu de Le Discours de la servitude volontaire, et érigé en concept par Pierre Clastres), ces auteurs inclassables qui font le pari de l'incertitude, qui prennent le risque de la pensée pour remonter le cours du temps et se poser la question matricielle formulée par Nietzsche dans La Généalogie de la Morale : «Quel(s) événement(s) se sont-ils produits pour que nous soyons devenus ce que nous sommes aujourd'hui?».
    Claude Lévi-Strauss, avec toute son autorité, a, semble-t-il, préempté le texte, y posant ses scellés et fixant sa lecture pour plusieurs générations de lecteurs. Ce sera donc le regard médusant de Lévi-Strauss que nous chercherons ici à détourner comme Persée pour approcher le point aveugle et originaire dont l'oeuvre tire son exceptionnelle et irrésistible puissance.

  • Le secret exerce sur nous de la fascination.
    Nous tombons facilement sous son charme, et nous nous laissons finalement asservir par lui car le secret exclut celui qui n'est pas en sa possession. loin d'être une modalité comme une autre de la domination, le secret en est une des conditions. en nous répétant que le secret n'est jamais que ce que l'on savait déjà, olivier jacquemond cherche à nous libérer de ce charme. cet ouvrage reprend les deux premiers "secrets", "en mémoire d'edgar allan p?" et "en hommage à guy debord", auxquels s'ajoute, en conclusion, le troisième "secret", "à la rencontre du loup des steppes de hermann hesse".

  • J'ai quitté le quartier Pigalle, avec ses putes et ses néons, ses sex-shops et ses camés, pour un entrepôt en plein coeur du Lower East Side. New York était le lieu où les gens venaient non pas afin de vivre ou de concrétiser leurs rêves mais plutôt pour s'inventer les rêves qu'ils n'avaient pas. Mus par un même désir, une même volonté, ils finissaient tous par se ressembler : impossible de trouver une serveuse qui ne rêvait pas de tourner pour Woody Allen ou Ridley Scott, de sortir avec Colin Farrell ou de faire un duo avec Mariah Carey, Beyoncé ou Gwen Stefani.
    Jeune Français installé à New York, Éric vit son rêve américain. Serveur dans un bar, il rencontre Mick Bowery, écrivain, ex-critique de rock ayant fréquenté Bob Dylan, Lou Reed et bien d'autres. Mick et Éric se découvrent une passion commune pour Leonard Cohen, que Mick a bien connu à l'époque du Chelsea Hôtel. Comment la poésie du chanteur peut-elle bien séduire un jeune Français ? Eric l'ignore, mais découvre un jour par hasard que son propre père, homme discret jusqu'à l'effacement et mort récemment, écoutait aussi Leonard Cohen...
    Roman urbain dans une New York d'après le 11 septembre, New York Fantasy est aussi un roman sur la filiation et la transmission.

  • L'auteur poursuit la (re) connaissance du secret débuté par d'autres, il y a bien longtemps, pour finir, il y a peu, à part le verdict, quasi définitif, de J. Baudrillard : le secret comme inconnaissable absolu et sans rémission possible, l'objet se révélant auto-détruit. Reprise, malgré les embûches et au travers des inconvenues de la question : secret ? Choir (être élu par ?) sur le secret n'est pas rien. O.J. s'inclut dans l'analyse, comme un autre cas Oppenheimer : objet secret de sa recherche du secret, relançant, ainsi, le secret du narrateur. Il écrit : Edgar Allan Poe est, dans notre enquête sur le secret, un témoin primordial, peut-être le témoin principal, idée-force qui s'est imposée comme une évidence dès les premiers jours. L'un des 3 secrets résiderait justement dans l'oeuvre elle-même (La Chute de la maison Usher ?). L'auteur, avec l'insolence de la jeunesse, convoque les trafiquants du secret tels que M. Blanchot, M. Heidegger, J.-B. Pontalis, sans omettre Ch. Baudelaire, de façon à les interroger sur leur manigance. [Cet ouvrage porte un numéro [1] ce qui laisse entendre qu'il y aura d'autres publications d'O.J. sur ce sujet.]

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