Gallimard

  • Les enfants tanner est le premier roman d'un " marginal " né en suisse il y a un siècle. robert walser, entré dans l'oubli bien avant sa mort en 1956, est revenu aujourd'hui au rang des plus modernes de ses contemporains, kafka, musil, walter benjamin.

  • La promenade

    Robert Walser

    " Un matin, l'envie me prenant de faire une promenade, je mis le chapeau sur la tête et, en courant, quittai le cabinet de travail ou de fantasmagorie pour dévaler l'escalier et me précipiter dans la rue. Dans l'escalier, je fus croisé par une femme qui avait l'air d'une Espagnole, d'une Péruvienne ou d'une créole, et qui affichait quelque majesté pâle et fanée. Pour autant que je m'en souvienne, je me trouvai, en débouchant dans la rue vaste et claire, d'une humeur aventureuse et romantique qui m'emplit d'aise. Le monde matinal qui s'étalait devant moi me parut si beau que j'eus le sentiment de le voir pour la première fois... " En racontant tout uniment une journée de flânerie, du matin jusqu'au soir, entre ville et campagne, Robert Walser donne là son texte le plus enjoué, le plus désinvolte et le plus malicieusement élaboré. Changeant sans cesse de perspective, sautant d'un style à l'autre, poussant parfois la parodie jusqu'à l'abnégation, ce petit journal sentimental et cocasse, avec son inimitable mélange de naïveté feinte et de vraie candeur, est non seulement une confession, mais un véritable art poétique, et un chef-d'oeuvre du nouvelliste.

  • «Nous apprenons très peu ici, on manque de personnel enseignant, et nous autres, garçons de l'Institut Benjamenta, nous n'arriverons à rien, c'est-à-dire que nous serons plus tard des gens très humbles et subalternes.» Dès la première phrase, le ton est donné.
    Jacob von Gunten a quitté sa famille pour entrer de son plein gré dans ce pensionnat où l'on n'apprend qu'une chose : obéir sans discuter. C'est une discipline du corps et de l'âme qui lui procure de curieux plaisirs : être réduit à zéro tout en enfreignant le sacro-saint règlement.
    Jacob décrit ses condisciples, sort en ville, observe le directeur autoritaire, brutal, et sa soeur Lise, la douceur même. Tout ce qu'il voit nourrit ses réflexions et ses rêveries, tandis que l'Institut Benjamenta perd lentement les qualités qui faisaient son renom et s'achemine vers le drame.
    «L'expérience réelle et la fantasmagorie sont ici dans un rapport poétique qui fait invinciblement penser à Kafka, dont on peut dire qu'il n'eût pas été tout à fait lui-même si Walser ne l'eût précédé», écrit Marthe Robert dans sa très belle préface où elle range l'écrivain, à juste titre, parmi les plus grands.

  • Le brigand

    Robert Walser

    Retrouvé dans les manuscrits difficilement déchiffrables (les «microgrammes») laissés par l'auteur, ce «roman» écrit en quelques semaines pendant l'été 1925 résume tout l'art et toute la personnalité de Walser. Le «brigand» qui en est le héros n'est autre que l'auteur lui-même, ce marginal inoffensif sévèrement jugé par la société, et qu'un narrateur faussement naïf tente de voir de l'extérieur.
    Les amateurs de ses autres romans adoreront ce roman qui refuse d'en être un, et qui est sans doute la plus belle réussite de Robert Walser.

  • La rose

    Robert Walser

    Ce recueil de textes est composé d'une quarantaine de courtes proses - récits, monologues, portraits, dialogues ou petits essais -, auparavant publiées dans la presse et réunies par l'auteur en 1925.
    Que les héros s'appellent Wladimir, Perceval ou Fridolin, qu'ils soient des amoureux tranquillement transis ou de capricieuses jeunes filles, des personnages de la littérature ou bien des enfants, ou encore des animaux, ces croquis tendres et narquois sont autant d'autoportraits de l'artiste, qui fait devant ses miroirs brisés une dernière promenade.
    Ces croquis révèlent aussi ce regard propre à Walser, regard distancié porté sur le monde alentour, mais d'une acuité tendre, animée de sollicitude, de sympathie pour les petites gens, pour le quotidien.
    Pour Walser, La rose est « le plus indocile et le plus jeune » de ses livre, où il y aurait à la fois « beaucoup à comprendre et à pardonner ». Il s'agit surtout de son dernier livre publié de son vivant, trente ans avant sa mort. Il prend donc une singulière valeur, à la fois testament et témoignage de celui qui a provoqué l'admiration de ses pairs, notamment Kafka, Musil, Stefan Zweig, Max Brod, Hermann Hesse, Walter Benjamin et plus récemment le prix Nobel Elias Canetti.

  • Minimaliste avant la lettre ou plutôt - comme disait de lui Stefan Zweig - " miniaturiste par excellence ", Robert Walser est un maître de la forme brève. Il a publié des centaines de textes courts, mais le présent recueil, datant de 1914, est du très petit nombre qu'il a composés lui-même. Son indolente vivacité, sa mélancolie narquoise, son charme modeste et poignant ont ici toute la densité littéraire qui, depuis un siècle. suscite l'admiration des plus grands écrivains et l'attachement de lecteurs inconditionnels.

  • Ces trois recueils ont été composés par robert walser lui-même, au début de sa carrière, comme la rose le fut à la fin, en 1925, juste avant qu'il ne cesse de publier.
    Entre les histoires (1914) et les petits essais (1913), il serait vain de chercher une différence théorique de genre. rappelons, s'appliquant aux deux, les éloges de robert musil (" non pas des jeux d'écriture, en dépit d'une maîtrise de la langue qui ne cesse de vous éblouir, mais des jeux humains. ") et de max brod, qui voyait là l'invention d'un " nouveau genre littéraire ". quant aux rédactions de fritz kocher (1904), elles donnent, très tôt dans l'oeuvre, la version la plus extrême de l'inimitable vertu d'enfance qui fait le charme de walser.

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