Virginie Linhart

  • L'effet maternel Nouv.

    « Tu n'avais qu'à avorter : il n'en voulait pas de cette gosse ! » Ce sont ces mots prononcés par sa mère qui ont conduit la narratrice à raconter leur histoire. Une relation, faite de coups de griffe, de silences mais aussi de beaucoup d'amour. Un admirable récit qui mêle les destins singuliers et collectifs, les dégâts causés par la Shoah, les espoirs nés de Mai 68, les conquêtes féministes des années 1970 et l'ordre moral de nos sociétés contemporaines.

    1 autre édition :

  • Je suis la fille de Robert Linhart, fondateur du mouvement maoïste en France et auteur de L'Établi. Mon père, figure marquante des années 1968, en est aussi l'une des plus marquées. Depuis 1981, après une tentative de suicide, il a opté pour le silence. Afin de comprendre ce qu'il avait vécu, je suis partie à la recherche de ses anciens compagnons. En chemin, j'ai découvert leurs enfants. C'est en les écoutant parler qu'ont resurgi les images que j'avais cru perdues à jamais ; l'étrangeté, la gaieté et la violence de cette enfance-là, son caractère irremplaçable aussi.

    V. L.

    1 autre édition :

  • Avant et après Mai 68 ils furent quelques dizaines, puis presque un millier, à quitter leur famille, à abandonner leurs études, pour partir travailler en usine. Ils renonçaient à leur statut d'intellectuel, choisissaient de vivre aux côtés des ouvriers, insufflant l'idée révolutionnaire dans les usines. Ils s'inspiraient des recommandations du président Mao Tse Toung qui prônait de « descendre de cheval pour cueillir les fleurs ». On les a appelés « les établis », un terme mystérieux qui au fil des années ne disait quasiment plus rien à personne alors que j'avais passé mon enfance parmi eux.

    Lorsque j'ai commencé à partir à la recherche de ceux qui s'étaient établis, j'avais leur âge : celui de leur départ en usine. C'était pour moi la première tentative de réconciliation avec le passé militant de mes parents dont je ne connaissais que les désenchantements. Au fil des récits, au rythme des paroles recueillies, je découvrais les références, les aspirations et les désillusions d'une époque où l'engagement était total. Je pensais alors que si je parvenais à bien comprendre cette histoire, la mienne ferait sens. J'ignorais encore qu'après les parents il me faudrait aller chercher leurs enfants dans un autre récit, écrit vingt ans plus tard, pour enfin avoir le sentiment que les petits cailloux ramassés en chemin toutes ces années m'avaient permis de trouver ma propre route.

  • La vie après

    Virginie Linhart

    • Seuil
    • 10 Février 2012

    « L'amour de mon grand-père pour la Suisse où nous passions nos vacances m'a toujours agacé. A ses yeux, c'était le pays le plus formidable au monde. Comme si le fait que la Suisse se soit tenue à l'écart de la seconde guerre mondiale lui permettait d'échapper à son histoire tragique de juif polonais. Nous, ce n'était pas une chape de plomb qui recouvrait notre passé mais un épais manteau blanc de neige immaculée : jamais mon grand-père ne parlait de ce qu'il avait vécu, jamais il n'aurait toléré que ma grand-mère le fasse.

    Pour comprendre leur histoire, il m'a fallu aller à la rencontre d'autres juifs survivants, rescapés de l'enfer des camps d'extermination. A eux, j'ai osé poser les questions qui m'ont été si longtemps interdites : comment renouer avec le fil d'une existence interrompue dans une telle violence ? Comment se reconstruire quand tant des vôtres ont disparu ? Comment croire en l'avenir, à l'amour, en la descendance ? Comment vivre après ?

    C'est en les regardant, en écoutant leur récit, en riant avec eux, même du pire, que j'ai enfin compris ce qui plaisait tant à mon grand-père en Suisse. » V.L

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