Atelier Des Brisants

  • Ma première rencontre avec Gracq eut lieu le 18 octobre 1973.
    Nous étions venus de Reims à Paris tous les deux, Paul-Marie et moi. Gracq avait accepté de nous recevoir rue de Grenelle. Mon père m'avait prêté sa voiture. Nous avons démarré de Reims en fin d'après-midi. Nous nous sommes souvent arrêtés sur la route pour respirer l'air frais du Valois, pour nous soulager aussi tant la tension était grande. Arrivés bien avant l'heure, nous nous sommes repliés dans un café pour affiner nos questions et essayer de dominer notre émotion.
    Nous avons enfin gravi les étages de l'immeuble. Il nous attendait un peu distant. Nous avons d'abord bavardé de choses et d'autres, de l'Ardenne et de la Bretagne. Entre deux gauloises, le Maître nous mettait peu à peu à l'aise. Il semblait se réveiller d'une longue solitude.

  • Tache ou ride ou pointillé ou nuage ou trait chaque détail joint le vide et la plénitude ils respirent l'un dans l'autre au bout du pinceau la tê te et le coeur.

  • Jean Hélion (1904-1987) est l'un des artistes majeurs du XXe siècle et appartient comme Giacometti à la génération qui suit Picasso, Matisse ou Léger, génération venue après le cubisme et en même temps que l'abstraction.
    De celle-ci, Hélion fut dans les années trente une figure dominante, aux côtés de Mondrian. A la veille de la Guerre, hanté par le besoin de dialogue, il réintègre la figuration sans nier l'apport de l'abstraction et son évolution à contre-courant représente un moment essentiel de l'art du XXe siècle. Des Mannequins aux journaliers, des Lecteurs aux Gisants et jusqu'aux Farandoles de Mai qui font de lui l'un des rares peintres à s'être fait l'écho de Mai 68, il réinvente une peinture de l'immédiat et du quotidien dont on trouve l'équivalent dans les textes de Ponge ou les romans de Queneau, ses amis.
    Ce parcours exemplaire il en a retracé avec intelligence et vivacité les différentes étapes dans un long entretien aussi lucide que passionné accordé en 1970, et resté inédit, à Jean-Dominique Rey. Une trentaine de reproductions en couleurs, provenant de collections privées donnent à voir les différentes périodes de cette oeuvre majeure.

  • " Je suis très heureux quand je peux travailler, mais pas toujours, car je n'en suis pas toujours digne : parfois je me laisse envahir par l'angoisse, et puis je suis trop souvent dérangée...
    Pas forcément par des gens. J'aime ceux qui savent être présents... Quand on veut faire passer dans la main quelque chose qui est dans la tête, c'est très long, et ça ne vient pas comme on avait pensé. Il y a une lutte entre la tête et la main. Je ne me sens pas gestuelle. Je ne sens pas que je fais un geste. Je sens que je fais quelque chose qui obéit à ma tête, à ma pensée. Ce qui se passe là est merveilleux...
    /> " Vieira da Silva

  • Laboratoire furieux du hasard et de la mémoire, du plaisir et de la lutte, de la trouvaille et de l'obsession, télescopages de cris et d'éveils, de naissances et de meurtres, agression puis conquête de l'espace, combats d'arrière-garde de l'au-delà, sténographie de l'invisible ou parcours de l'imaginaire, la peinture de Michaux ne cesse de se développer, de s'enrichir, d'accroître ses forces, de s'affirmer, d'intensifier ses rythmes.
    J.-D. Rey.

  • La rencontre de Mallarmé et de Manet, en 1873, est un événement décisif dans l'histoire de l'art et de la littérature. Les deux hommes se fréquenteront ensuite presque quotidiennement jusqu'en 1883, date de la mort de Manet. Cette relation est connue, mais elle n'a jamais été consacrée par une publication dont l'évidence aurait dû pourtant imposer la nécessité. C'est le vide que se propose de combler cette édition qui rassemble tous les textes de Mallarmé sur Manet accompagnés de tous les tableaux dont parlent ces textes, et des livres qu'ils composèrent ensemble.
    Le dialogue amical, interrompu par la mort, se poursuit à travers les oeuvres. Georges Bataille l'avait compris en notant au-dessous du portrait de Mallarmé par Manet : « Dans l'histoire de l'art et de la littérature, ce tableau est exceptionnel. Il rayonne l'amitié de deux grands esprits ».
    Notre livre voudrait servir ce rayonnement.

  • Les photographies de René Char, prises le 23 juillet 1984 aux Busclats par Marie-José Lamothe, présentent le poète de Fureur et Mystère comme on ne l'imaginait guère : expansif, spontané, rieur, mais aussi méditatif et sombre.
    Le récit d'André Velter qui accompagne ces images révèle un homme, physiquement, moralement, poétiquement, hors normes. C'est un géant à la verve insoupçonnée qui apparaît ici, capable de subtiles évocations, d'improvisations fascinantes et de colères telluriques.
    Deux poèmes d'André Velter dédiés à René Char et l'ensemble des lettres qu'ils ont échangées complètent ce volume pour en faire le livre-témoin d'une amitié sans faiblesse.

  • Deux récits se déploient, se côtoient, se répondent, échangent entre eux de mystérieuses correspondances. L'un est composé de trente quatre photographies qui déroulent une étrange histoire. L'autre récit, celui de Bernard Noël, en trente-quatre textes, poursuit, à partir des images de Jacques Tuquoi le même questionnement. Que nous disent donc de la réalité les images, les mots, ces univers entrelacés dans les puissantes nervures du temps à la poursuite du lieu où est la question ? En contrepoint, à la demande du photographe, chaque photo est décrite par un huissier de justice qui en a dressé procès-verbal.

  • Entre deux eaux - elle voit mieux, voyez-vous, qu'on n'entrevoit. Si vous préférez : à travers les eaux, elle entrevoit mieux. Elle sait traverser.
    L'histoire tremble entre deux eaux. Comme ses femmes imprégnée.
    Sa technique, dites plutôt sa main, sa manière - manière et matière, manière et mémoire -, ce n'est pas celle de l'aquarelle, bien que, prise dans les mêmes eaux, elle en dérive. Non pas l'aquarelle mais, plus souvent, un lavis.
    Lavis, quel mot de combien de mots !

  • La rencontre entre un cavalier et un poète peut avoir pour origine une citation d'un auteur russe, en l'occurrence Ossip Mandelstam qui, dans son Voyage en Arménie,appelle de ses voeux l'éruption d'un Verbe à cheval. C'est en tentant de réaliser poétiquement ce pari qu'André Velter est entré en complicité avec Bartabas, l'amour prolongé des chevaux trouvant un prolongement naturel dans le partage de la parole poétique. Depuis maintenant plus de dix ans, des créations en résonances, voire des créations communes ont vu le jour : Zingaro suite équestre d'André Velter (Gallimard) et Bartabas intervenant dans ses spectacles sur des poèmes d'AndréVelter, notamment au cours de la soirée inaugurale de l'Académie du Spectacle Équestre de Versailles le 24 février dernier. Dans ce livre, André Velter évoque cette aventure commune et nous offre à lire certains textes écrits spécialement pour Bartabas et un long entretien assorti d'une vingtaine de photographies inédites d'Antoine Poupel.

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