Belles Lettres

  • Sous le sigle NET (Nouvel Esprit Technologique), François Laruelle propose la description du rapport contemporain de la pensée occidentale à ses technologies. Il en analyse l'histoire et la culture, les hésitations, les manières ambivalentes dont nous nous rapportons à des objets très anciens et très nouveaux, et les illusions qui se fabriquent à leur contact.

  • Ce livre répond à la question productive contemporaine : sous la contrainte écologique, le besoin d'un changement de système productif se fait de plus en plus pressant sans que l'on ait les instruments nécessaires pour penser ce type de changement. Les guerres du XXe siècle ont fait naître l'illusion que de la destruction pouvait naître la création. Aujourd'hui l'homme est en guerre contre tout : sa biosphère, ses semblables et lui-même. On voit de plus en plus les destructions, de moins en moins les créations. Il n'y a plus d'automaticité ni de logique dans le passage des unes aux autres. La croissance se traduit par des chiffres, non par des biens pérennes. La destruction créatrice est devenue pulsion de mort.
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    Il est nécessaire d'en conduire la critique. Mais la nature même de la critique du système productif a changé : il ne s'agit plus de penser l'intensification de la production, mais sa durabilité, voire sa « générativité » ie sa capacité à transmettre ses fruits à la postérité. Jusqu'à maintenant, les critiques du système productif, marxistes ou libéraux, restaient internes à la production : il s'agissait de la libérer de ses entraves sans questionner l'acte même de produire en son essence. Le produire était un tout sans altérité. Ce livre montre pourtant que tout système productif repose nécessairement sur son autre, c'est-à-dire sur les conditions non productives de la production - que j'appelle l'improduction - et sur les moyens techniques de les assurer et de les développer, en tant qu'elles seules peuvent garantir un développement durable.

  • Ce livre d'Erwin Schrödinger, co-créateur de la théorie quantique, porte sur les débuts de la science et de la philosophie grecques. Son objectif est de prendre un recul historique suffisant pour apercevoir la source de l'impasse dans laquelle la pensée moderne s'est engagée à son corps défendant. La crise d'intelligibilité de la physique contemporaine, en particulier, est rapportée à une occultation persistante de l'assise métaphysique léguée par la pensée grecque. Elle est attribuée à son incapacité à interroger deux des principes les plus décisifs posés par les penseurs présocratiques : que la nature peut être pleinement capturée dans les filets de la raison, et que la seule connaissance valable est celle du « monde commun à tous » de l'objectivité. À force d'oublier qu'il s'agit là d'un héritage culturel et non pas d'un donné indiscutable, les scientifiques semblent condamnés à laisser proliférer les tensions « paradoxales » entre leurs présupposés devenus intouchables et leurs plus audacieuses avancées expérimentales ou formelles. Schrödinger établit ainsi un dialogue, par dessus deux millénaires, entre les fondements et les fruits du rêve grec de l'épistémè.
    Erwin Schrödinger (1887-1961) est né à Vienne (Autriche). Ses recherches en physique aboutissent en 1926 à l'« équation de Schrödinger », élément central de la théorie quantique. Il obtient le prix Nobel en 1933, et est également connu pour avoir formulé le « paradoxe du chat de Schrödinger » qui affecte la théorie quantique de la mesure.
    Michel Bitbol, directeur de recherche au CNRS (Archives Husserl, École Normale Supérieure), a reçu une formation en médecine, en physique et en philosophie. Ses travaux portent sur la philosophie de l'esprit, la philosophie de la physique quantique, et la philosophie générale des sciences.Il a notamment publié : Mécanique quantique : une introduction philosophique, 1996 ; L'aveuglante proximité du réel : anti-réalisme et quasi-réalisme en physique, 1998 ; Physique et philosophie de l'esprit, 2000 ; De l'intérieur du monde : pour une philosophie et une science des relations, 2010 ; La conscience a-t-elle une origine ?, 2014.

  • Le mouvement franciscain a su participer à l'émergence de l'esprit moderne, mais aussi donner des forces pour l'évaluer dans ses limites - l'esprit de surveillance - et ses audaces. Ce mouvement, initié par François d'Assise (1181-1226), est générateur d'un certain mode de gouvernance « mineure » et d'un style puissant de pensée, pas seulement d'un usage simple de la nature ou des biens médiateurs, et d'un art de la fraternité. Cette pensée plurielle - illustrée ici par une nouvelle chronologie intellectuelle ample et précise - s'est développée sur tous les continents selon diverses modalités que le présent ouvrage s'efforce de repenser, en mettant l'accent sur son attrait majeur (la plus importante pensée de la liberté avant Kant, suivant Hannah Arendt), et sur l'effroi qu'elle provoque - dès lors qu'elle met en relief la contingence de la logique de l'univers, du vivant, de l'homme comme existibles ; contingence de ses morales, politiques et sciences, mais encore de ses religions et perceptions de l'infini.
    La pensée franciscaine suggère que la meilleure force de la vie, c'est de pouvoir apprécier cette contingence comme une franche aventure - ni hasard, ni nécessité, ni artificiel dosage de l'un et de l'autre, mais ce qui nous touche librement dès l'aube de toute conversation voulue et novatrice avec le monde.

  • Quelques années après avoir présenté, dans Du monde clos à l'univers infini, les thèmes cosmologiques liés à la révolution astronomique des XVI e et XVII e siècles, Alexandre Koyré entreprend, dans le présent ouvrage, de dépeindre de façon précise et minutieuse cette révolution elle-même, « c'est-à-dire l'histoire de l'évolution et de la transformation des concepts clés à l'aide desquels l'astronomie essaie d'ordonner ou de «sauver» les phénomènes - salvare phenomena - en substituant au chaos des apparences sensibles une réalité intelligible qui la sous-tend et qui l'explique ».
    Selon les propres termes de l'auteur, « la révolution astronomique s'accomplit en trois étapes, liées, chacune, à l'oeuvre d'un homme : avec Copernic, qui arrête le soleil et lance la terre dans les cieux, l'héliocentrisme se substitue au géocentrisme. Avec Kepler, la dynamique céleste - hélas, aristotélicienne - remplace la cinématique des cercles et des sphères de Copernic et des Anciens. De ce fait, même la hantise de la circularité se trouve partiellement - dans un monde clos elle ne peut l'être entièrement - surmontée et l'«astronomie elliptique» fait son entrée triomphale dans le monde. Enfin, avec Borelli, dans un monde désormais ouvert et régi par la dynamique, s'achève l'unification de la physique céleste et de la physique terrestre qui se traduit par la déroute du cercle au profit de la droite infinie. » Un ouvrage magistral sur une période clé de l'histoire des sciences.

  • Dans le plan tracé à l'origine par Pierre Hadot pour rassembler ses principaux articles et contributions, un troisième et dernier volume avait été réservé au domaine de la patristique et de l'histoire des concepts.
    C'est ce volume que nous présentons aujourd'hui, hélas après la disparition de l'auteur. On trouvera donc seize articles ou contributions qui relèvent presque tous des débuts de la carrière de l'auteur, au temps où il étudiait Marius Victorinus et se préparait à donner son grand livre sur Porphyre ; plusieurs articles concernent également les rapports entre les deux moitiés du monde antique, le monde grec et le monde latin, particulièrement l'influence d'Origène sur les Pères latins (Ambroise et Augustin).
    Dans tous ces travaux, qu'ils soient brefs ou étendus, I'on reconnaîtra sans peine les qualités qui ont fait de Pierre Hadot l'un des plus grands savants contemporains dans nos disciplines. On a également joint tous les comptes-rendus de ses cours à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, qui permettront de suivre l'évolution de ses intérêts et comment il s'est porté graduellement vers la philosophie hellénistique

  • Histoire et pratique de l'astronomie ancienne combine la science la plus exacte avec des pratiques d'observation très simples pour mettre le lecteur en contact direct avec les astronomes anciens. Tout en retraçant l'histoire des idées astronomiques depuis les origines babyloniennes jusqu'à l'orée du XVIIe siècle, l'ouvrage se concentre sur la période grecque, lorsque les astronomes ont mis au point les idées géométriques et philosophiques qui ont déterminé le développement de l'astronomie.
    L'auteur approche cette histoire à travers les détails concrets de la pratique astronomique ancienne.
    Soigneusement organisé et généreusement illustré, ce livre enseigne à ses lecteurs comment faire de la véritable astronomie en employant la technique même des Anciens. Il contient des modèles pour construire quelques instruments astronomiques simples, comme un astrolabe ou un équatoire. James Evans fournit aussi une critique des sources utilisées pour reconstruire l'astronomie ancienne et son histoire. L'ouvrage comprend en outre de longues citations tirées de textes anciens, une documentation méticuleuse, et des discussions sur le rôle de l'astronomie dans diverses cultures. Cet ouvrage est actuellement l'histoire la plus complète de l'astronomie jusqu'à Kepler (1571-1630).

  • Tommaso Campanella (1568-1639) est, à beaucoup d'égards, un frère de Giordano Bruno : méridional, de basse extraction, il entre dans l'ordre dominicain à Naples (1583) et connaît bien vite des difficultés avec l'Inquisition (1591, 1593, 1596) et doit même participer à une séance d'Auto-da-fé à Rome. Pris par les Espagnols à l'occasion d'un soulèvement, il est horriblement torturé par l'Inquisition de Naples, mais s'en tire en feignant la folie (1600). Commence alors un emprisonnement qui durera vingt-sept ans, dans des conditions souvent épouvantables. Au cours de ces années, Campanella réussit à garder le contact avec le monde extérieur, il lit, donne des cours, reçoit des visites et surtout écrit sans cesse en puisant dans les ressources d'une mémoire prodigieuse. Sa libération des prisons de l'Inquisition en 1627 marque le début d'une phase inattendue dans sa vie : il devient le théologien du pape, avant de devoir quitter Rome, à la suite d'un nouveau scandale. Sa vie s'achève à Paris, non sans qu'il se soit créé, par son activité ininterrompue, un nouveau milieu d'amis et d'ennemis.
    Depuis toujours, Campanella cherche à promouvoir un « aggiornamento » de la philosophie catholique, un mariage entre la théologie catholique et la philosophie platonicienne et la science contemporaine. D'où son projet d'une sorte d'encyclopédie philosophique où toutes les sciences définitivement réconciliées avec la théologie viendraient trouver leur place. Le livre de Germana Ernst retrace cette existence extraordinaire, tout en mettant en relief les aspects les plus importants de cette pensée jamais en repos.

  • Ulysse et ses compagnons franchissent les Colonnes d'Hercule et s'aventurent sur l'Océan, au delà de Gibraltar, vers l'inconnu, en quête de l'expérience inouïe du « monde sans habitants » . Ils disparaitront corps et biens, leur navire emporte´ par un tourbillon.
    Prenant appui sur la relation que Dante donne de cet événement au Chant XXVI de l'Enfer, l'essai avance un questionnement dans plusieurs directions.
    À côté d'une problématique de la mémoire et de la transmission, directement rattachée au poème de Dante, le destin d'Ulysse amène à interroger l'en treprise même d'explorer le monde , avec les interdits qu'elle ne cesse a` la fois de braver et de susciter , mobilisée de l'intérieur par des pulsions qui n'accèdent pas toujours a` la lumière mais aussi de l'extérieur par la présence insistante de recoins inaccessibles dans un monde de moins en moins hospitalier.
    De la` des analyses très diversifiées, portant non seulement sur l'expression allégorique, qui désigne déjà l'inconnu enfoui au coeur de la langue et métaphorise au fond toute exploration, mais sur la cosmologie aussi, la géographie, et l'histoire ; sur le désir de savoir, sur ses dérives, sur la curiosité´ .
    Enfin, en retravaillant, avec Blumenberg, le thème de la non-fiabilité´ du monde, l'auteur ouvre la voie a` un approfondissement qui conduit´ encore a` interroger quelques métaphores décisives, en particulier celles relevant de la navigation et du naufrage . En un champ a` la fois métaphysique, historique et éthique, parfois théologique, il dégage les réquisits premiers d'une possible découverte du monde et de dessiner ce qu'en termes phénoménologiques on pourrait définir comme une archéologie de l'exploration du monde. Bref, il décrit la figure singulière, historique et concrète, que prend dans l'espace terrestre le partage du connu et de l'inconnu, ce partage même qui oppose le « monde habite´ » et le « monde sans habitants » , et que déstabilise radicalement, au début des Temps modernes, l'irrésistible fièvre qu'a l'homme de connaître son monde.

  • 1543 : Copernic divulgue ses nouvelles théories astronomiques et affirme que la Terre n'occupe pas une place unique et privilégiée au centre de l'univers et qu'elle se déplace dans l'espace céleste.
    Dans cet ouvrage, Thomas S. Kuhn raconte par le menu l'extraordinaire bouleversement découlant d'une telle découverte.
    En effet, bien que le mot « révolution » soit au singulier, l'événement fut multiple. Son noyau était une transformation de l'astronomie mathématique, mais cette transformation embrassait aussi des changements d'ordre conceptuel en cosmologie, en physique, en philosophie ainsi qu'en matière de religion. La révolution copernicienne offre une excellente occasion de découvrir comment, et avec quelles conséquences, les concepts de plusieurs champs différents de la connaissance se trouvent intimement mêlés dans un canevas.
    /> La grande originalité du présent ouvrage tient donc à sa volonté de découvrir la signification du caractère multiple de la révolution copernicienne, qui se traduit par une constante transgression des frontières établies entre la « science », l'« histoire » et la « philosophie ».

  • Notre siècle se place sous le signe de la disjonction de l'être par rapport à l'un, de la destruction des unitotalités, des philosophies de la multiplicité pure ou du transfini, sans pour autant que soit jamais surmontée l'impossibilité de la pure multiplicité que dénonce Platon dans les dernières hypothèses du Parménide. Autrement dit, il ne peut y avoir de multiplicité sans un retour plus ou moins honteux, en contrebande, de l'un. En témoigne la mondialisation qui illustre le règne des multiplicités, ou mieux encore les multiplicités comme règne et domination (chap. 1). Pour éviter ce retour honteux et à nouveau dominateur de l'un sous les multiplicités, il importe sans doute de voir l'autre face de la disjonction, non pas l'être en tant qu'il se sépare de l'un (multiplicité pure), mais l'un en tant qu'il se sépare de l'être, ce que j'appelle avec le néoplatonisme, qui est la seule philosophie dans notre histoire à l'avoir envisagé, la différence hénologique. Quand on disjoint l'être de l'un, on perd l'un. Quand on disjoint l'un de l'être, l'être se maintient mais libre du principe : c'est cela la multiplicité, mais une multiplicité sans chaos (chap. 2). Mieux encore, comme un Nouvel Atlas montre que l'hénologie radicale du néoplatonisme s'adresse, plus encore qu'au monde des formes et des idées éternelles du monde antique, au monde sensible du devenir qui caractérise notre modernité (chap. 3).
    Se définit un principe ou plus précisément une principialité, une modalité du principe, qui tient le monde sans pour autant le déterminer et moins encore le dominer (chap. 4).

  • Une morale pour les mortels est une étude d'ensemble de l'éthique de Platon et d'Aristote, à partir de la problématique philosophique qui lui donne corps : la mortalité de l'être humain, source de ses désirs et de leur perpétuelle insatisfaction.
    Par contraste avec une morale du devoir, on découvre ici une morale qui s'exprime par un "il faut", poussant vers une fin qui puisse répondre au manque et au besoin qui marquent la condition humaine. A partir de cette problématique sont repris et éclairés tous les concepts et thèses classiques de l'éthique ancienne : la question de la mesure et de l'harmonie, la vertu dans son unité et sa pluralité, le bonheur, le bien, le plaisir, l'amitié, l'amour de soi, la volonté et les autres désirs, l'intention, l'action, et surtout la vérité du paradoxe "nul n'est méchant de plein gré", dont sont exposées la résistance face aux critiques d'Aristote et les conséquences dans le domaine pénal.
    L'ensemble met en valeur la spécificité de l'être humain décelée par les Anciens : qu'il soit un être tout à la fois désirant et pensant.

  • Les rapports de l'oral et de l'écrit dans la culture grecque ancienne ; le traitement du mythe par Platon, envisagé principalement du point de vue de son projet politique (République, Lois) ; l'examen critique, par ce philosophe, des différents types de connaissance : si ces thèmes sont connus, Giovanni Cerri s'en empare et les croise avec une problématique toute contemporaine, celle de la communication et de ses enjeux (éthiques, pédagogiques, politiques et poétiques). Cette approche lui permet de jeter une lumière nouvelle sur l'oeuvre platonicienne et, au-delà, sur la culture grecque ancienne, jetant des ponts entre cette culture et la nôtre. Son écriture, qui intègre sans pesanteur aucune les acquis d'une recherche approfondie dans des domaines très divers, fait de cet ouvrage à la fois un outil précieux pour la recherche et une lecture stimulante pour le grand public cultivé - ce dont témoignent notamment ses rééditions successives (1996, 2007).

    L'auteur:
    Giovani Cerri, né en 1940, est antiquisant, historien de la littérature et de la philosophie ; il est professeur de littérature grecque à Rome (Università degli Studi « Roma Tre »). Il a également enseigné à à la Faculté de lettres et de philosophie de Naples (Università degli studi « L'Orientale ») de 1980 à 2006. Il dirige aux éditions ARGO la collection « Il vello d'oro » où sont publiés des textes grecs, latins et néo-latins ainsi que des traductions d'ouvrages de référence sur l'histoire de la culture antique (A.B. Lord, The Singer of Tales ; F.M. Cornford, The Origin of Attic Comedy).
    Son champ d'études couvre un vaste domaine, dont témoignent les titres de ses principaux ouvrages : Il linguaggio politico nel Prometeo di Eschilo. Saggio di semantica (1975) ; Storia e biografia nel pensiero antico (en collaboration, 1983); Platone soziologo della communicazione (1991) ; La letteratura di Roma arcaica e l'ellenismo (en collaboration, 2005) ; Dante e omero. Il volto di Medusa (2007), auxquels on doit ajouter éditions et traductions : Homère, Iliade (1996 ; 1999) ; Sophocle, Philoctète (2003), etc.
    A l'égal de Bruno Gentili (qui a préfacé cet ouvrage), G. Cerri montre un intérêt prédominant pour ce qu'on peut appeler l'histoire culturelle, avec un accent particulier sur les questions de la réception et de la transmission ; les deux chercheurs ont d'ailleurs cosigné plusieurs publications.

  • On parle beaucoup dans cet ouvrage de " contresens ", de contresens parfois créateurs, qui ont fait progresser la pensée, mais aussi de contresens qui ne produisent qu'erreur et confusion, comme ceux que commettent certains tenants de la psychologie historique.
    On présente dans cet ouvrage plusieurs applications à des textes philosophiques d'une méthode d'interprétation qui consiste à les replacer dans le contexte de l'enseignement et de la vie des écoles philosophiques. A côté d'études de détails consacrées à des termes philosophiques importants, on trouvera dans ce volume plusieurs contributions générales, justement célèbres, consacrées aux divisions de la philosophie, à l'organisation de l'enseignement dans les écoles philosophiques, à la répartition des disciplines ou encore à la figure du sage.

  • Le thème abordé par E R Dodds dans cet ouvrage - la transition du paganisme au christianisme de Marc Aurèle à Constantin - est de ceux auxquels on revient indéfiniment, car il reste, malgré tout, le grand mystère :pourquoi et comment des païens cultivés de ce temps, qui avaient, en somme, une religion quasi monothéiste, une morale en substance peu différente de la nôtre - il suffit de lire Libanius -, un trésor de culture infiniment supérieur à tout ce que pouvaient offrir les chrétiens, pourquoi, dis-je, et comment ces païens ont-ils pu devenir chrétiens ? Laissons la question en repos " A.
    J. Festugière.

  • Quiconque s'est exposé à la pensée néoplatonicienne, été confronté à la difficulté d'expliquer en quoi consiste la nature « au-delà de l'être ou de l'essence » selon la formule platonicienne , du Premier principe des Néoplatoniciens. Que peut bien signifier être au-delà de l'être ? Est-ce que n'est pas dit « être » tout ce qui existe, et si l'Un est au-delà de l'être, que peut-il justement être, si ce n'est le rien, le néant ? Et s'il n'est pas pur néant, c'est donc que, d'une certaine manière, il est. Dès lors, pourquoi ne pas l'admettre plutôt que d'emprunter ce curieux et apparemment inutile détour par l'Un, par l'« hénologie » ? Ces interrogations sont centrales, puisque d'elles dépend l'intelligence de ce qui constitue l'essentiel de notre tradition spéculative, les courants ontologique et hénologique, respectivement rattachés aux noms d'Aristote et de Platon/Plotin, formant l'armature même de notre héritage conceptuel.
    Et l'oubli même de l'être décrié par Heidegger, dans tout cela ? Peut-il avoir le même sens dans une philosophie de l'être et dans une philosophie qui, expressément, méthodiquement, choisit de se situer dans une perspective autre que celle de l'être, être que par là justement, elle n'oublie pas, mais qu'intentionnellement elle délaisse et maintient à distance ?Jean-Marc Narbonne est professeur de Philosophie ancienne à l'Université Laval (Québec) et s'intéresse à la tradition platonicienne et à son influence dans l'histoire occidentale et dans la pensée contemporaine. Il est l'auteur de Plotin. Les deux matières (1993), La Métaphysique de Plotin (1994) et Plotin. Traité 25 (1998).

  • Peu de mouvements intellectuels ont laissé une empreinte aussi profonde sur la culture européenne que l'Humanisme, et de fait les termes " humanistes " et " humanisme " se rencontrent dans les travaux les plus divers concernant la littérature, les sciences, la philosophie, l'art, le droit etc.
    - mais le plus souvent dans l'ignorance complète de ce qu'a vraiment été l'Humanisme. Francisco Rico décrit ici l'Humanisme comme un vaste mouvement européen, né d'un rêve grandiose, qui s'avérera finalement irréalisable, le rêve que le retour de la culture gréco-romaine donnerait naissance à une civilisation entièrement nouvelle. Cet ouvrage présente une série de portraits des humanistes les plus importants - entre autres, Pétrarque, Alberti, Valla et Erasme - tout en replaçant leurs projets, leurs méthodes et leurs activités dans le cadre historique et social de l'époque.

  • De Machiavel à Agrippa, de Teofilo Folengo à La Mothe Le Vayer, de Sebastian Brant à Rabelais, le symbole de l'âne revient avec insistance dans la littérature de la Renaissance ; son rôle devient même décisif dans l'Expulsion de la bête triomphante de Giordano Bruno, comme dans sa Cabale du cheval pegaséen. Analysée ici pour la première fois, la conception brunienne de l'asinité réserve d'autant plus de surprises qu'elle repose sur une forte contradiction : à l'asinité négative (oisiveté, arrogance, unidimensionalité) s'oppose en effet une asinité positive (labeur, humilité, tolérance) que notre tradition culturelle a trop souvent perdue de vue. L'âne, dans la perspective ouverte par Nuccio Ordine, a la double nature des Silènes d'Érasme : derrière son ingrate apparence se dissimulent des trésors. L'auteur en présente quelques-uns, tout en invitant à une lecture de textes souvent inédits en français et à un réexamen des grands thèmes de la philosophie de Bruno : science et connaissance, mythes et religion, langue et littérature.
    Cette nouvelle édition est enrichie d'un dossier iconographique augmenté et d'un avant-propos d'Ilya Prigogine.

  • Les trajectoires de la modernité nous ont amené à voir dans la littérature et la politique deux sphères autonomes et irréductibles l'une à l'autre. C'est là une conception récente dont l'historien doit se déprendre s'il veut rendre compte de ce qui faisait sens dans d'autres lieux et d'autres temps. À Jiankang, dans la Chine du Sud des Ve et VIe siècles, rien n'aurait pu autoriser un divorce entre le littéraire et le politique : les savoirs de la lecture et de l'écriture le wen étaient façonnés par les institutions de la cour et de l'administration. Les ministres étaient les « écrivains » ; les rites, leur « esthétique » ; l'empereur, les princes et les autres ministres, leurs « critiques littéraires ». Ornements du pouvoir impérial, symboles de la vertu de l'empereur, des princes et des ministres, les savoirs lettrés étaient régis par un ensemble de codes curiaux et administratifs qui en définissaient l'usage et la transmission, à tel point que pouvoir lettré et pouvoir impérial constituaient une unité inextricable. Dans ce cadre, les disputes littéraires devenaient inévitablement des conflits politiques : elles opposaient des vues différentes sur la forme rituellement « correcte » de symboliser le pouvoir. C'est donc au prisme de ses rivalités et de ses dépendances, de ses intrigues et de ses codes, que l'on fera incursion dans ce monde lettré à la fois proche et éloigné du nôtre.Pablo Ariel Blitstein est enseignant-chercheur à l'Université de Heidelberg, dans le Cluster of Excellence « Asia and Europe in a Global Context ».

  • Situé à la charnière de l'histoire intellectuelle, de l'histoire de l'antijudaïsme et de celle de l'enfance, ce livre n'est pas une « histoire scolastique » des conversions forcées, non plus qu'une histoire du baptême forcé des enfants juifs du Moyen Âge à nos jours. L'enquête prend pour point de départ une controverse théologique née, à la fin du XIII e siècle, d'une question précise :
    Fallait-il baptiser les enfants des juifs contre le gré de leurs parents ?
    Si la doctrine établit la nécessité et l'efficacité du baptême des enfants juifs, le problème de l'effectivité du sacrement met le rapt des enfants au coeur d'un débat dont le pouvoir du prince et les droits des juifs forment les principaux termes. Les représentations du péril juif pour l'enfance qui affleurent dans ce débat touchent un point névralgique de l'historiographie des relations entre juifs et chrétiens.
    Elles étayent le motif de longue durée des « arrachements sauveurs », qui témoigne de ce que l'enjeu constitué par le salut des enfants juifs s'est formulé au Moyen Âge dans un idiome chrétien contingent et transposable.

  • Comment un philosophe comme Aristote en est-il venu à théoriser l'action et à penser son principe comme une prohairesis ? Que signifie cette prohairesis ? En rupture avec l'interprétation traditionnelle qui en fait un « choix délibéré » voire une « décision », Le Principe de l'action humaine selon Démosthène et Aristote montre que la prohairesis doit être pensée comme la « saisie anticipée » d'une fin, un « dessein » dont la structure ouvre la temporalité spécifiquement humaine de l'action. Première étude systématique de la prohairesis chez les auteurs grecs, depuis son apparition jusqu'à l'époque d'Aristote (Thucydide, Aristophane, Phérécrate, Lysias, Isocrate, Isée, Xénophon, Platon, Démosthène, Lycurgue, Eschine, Hypéride, Dinarque, Démade, Aristote), complétée par une relecture de la notion de hairesis à partir d'Homère, ce livre met à la disposition des lecteurs les résultats d'une enquête terminologique exhaustive et les accompagne d'une interprétation philosophique. L'analyse de l'Iliade et des discours des orateurs attiques y rencontre l'explication conceptuelle des traités éthiques d'Aristote, et Démosthène s'y révèle comme un personnage qui compte dans l'histoire de la pensée philosophique de l'action et de la responsabilité humaine.

  • Le volume II de l'Histoire de la littérature grecque chrétienne (De Paul apôtre à Irénée de Lyon) présente tous les textes grecs chrétiens du II e siècle, quel que soit leur milieu d'origine (« orthodoxes » ou « gnostiques », « canoniques » ou « apocryphes »), leur langue de conservation (grec, latin, arménien, copte, syriaque...) et leur forme littéraire (évangiles, récits apostoliques, formules de foi, actes de martyrs, épîtres, apologies, traités, dialogues, poèmes...). Une ample bibliographie est annexée à chaque chapitre.

  • Cette enquête sur l'immense demande de quantification dans le monde moderne examine le développement des significations culturelles de l'objectivité depuis plus de deux siècles. Comment devons-nous tenir compte du prestige actuel des méthodes quantitatives et de leur puissance ? La réponse habituelle est que la quantification est considérée comme souhaitable dans l'enquête sociale et économique depuis ses succès dans l'étude de la nature.
    Cette justification ne satisfait pas Theodore Porter. Pourquoi, demande-t-il, le genre de succès obtenus dans l'étude des étoiles, des molécules ou des cellules devrait-il être un modèle attrayant pour la recherche sur les sociétés humaines ? Et d'ailleurs comment faut-il comprendre l'omniprésence de la quantification dans les sciences de la nature ? Selon Porter, nous devrions orienter notre regard dans la direction opposée : en comprenant l'intérêt pour la quantification dans les affaires, le gouvernement et la recherche sociale, nous apprendrons quelque chose de nouveau sur son rôle dans la psychologie, la physique et la médecine.

  • Du Chandelier (Paris, 1582) aux Fureurs héroïques(Londres, 1585), l'union intime entre littérature et peinture constitue un des noeuds les plus importants de la pensée de Giordano Bruno (1548-1600). La série des sept oeuvres italiennes s'ouvre sur une comédie dont le protagoniste est un peintre-philosophe, et s'achève sur un dialogue, dans lequel un peintre-philosophe décrit et commente des images. Tous deux travaillent sur des ombres, des images, des reflets et des apparences. Et pour exercer leur «métier» au niveau le plus élevé, ils doivent consentir des efforts extraordinaires pour franchir le «seuil de l'ombre». Ce n'est pas par hasard que le mythe des origines de la peinture (dans la reconstruction de Pline et de Quintilien) et le mythe de l'origine de la connaissance (dans le récit de Platon) se fondent sur la notion d'ombre. D'Alberti à Vasari, en effet, le thème de l'ombre occupe une place importante dans la culture de la Renaissance.

    Suivant ce fil, N. Ordine analyse avec clarté et rigueur la genèse et le développement de l'oeuvre italienne de Bruno, en montrant la profonde unité qui lie la pièce parisienne aux six dialogues londoniens. Il s'agit d'oeuvres conçues au sein d'un programme précis et complexe : dans le Chandelier, comme dans une véritable ouverture, se présentent déjà une série de thèmes qui seront ensuite développés dans les six mouvements suivants de la symphonie de la «nouvelle philosophie». En somme, entre Paris et Londres, en moins de quatre années, Bruno «réécrit» au nom de l'infini les rapports entre l'homme et l'univers, entre l'homme et la matière, entre l'homme et l'éthique, entre l'homme et la société, entre l'homme et la connaissance. Mais la bataille contre la conception «ptoléméenne» de l'univers et du savoir ne peut se séparer d'une bataille contre une vision close de la langue et de la poésie. A l'explosion d'un univers fini correspond, sur le plan littéraire, l'explosion des genres (fusion de la comédie et du dialogue) et des styles (mélange du sérieux et du comique, du rire et des pleurs).
    De cette brillante monographie (le premier ouvrage en langue française à proposer une introduction générale à l'oeuvre de Bruno) publiée à la date anniversaire de la mort tragique de Bruno sort le portrait d'un innovateur qui, au nom de sa cosmologie, réutilise images et mythes (que l'on pense à la figure d'Actéon ou de Narcisse) pour les réemployer en des sens nouveaux. Le philosophe amoureux du savoir témoigne, avec sa vie, de la liaison intime entre existence et connaissance, parole et pensée, biographie et philosophie.
    Editeur de l'oeuvre complète de Giordano Bruno (les sept volumes des oeuvres italiennes sont disponibles aux Belles Lettres, l'oeuvre latine suivra) Nuccio Ordine est aussi l'auteur chez le même éditeur du Mystère de l'Ane ,essai sur la figure de l'âne dans l'oeuvre de Bruno.

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