Langue française

  • Ce livre répond à la question productive contemporaine : sous la contrainte écologique, le besoin d'un changement de système productif se fait de plus en plus pressant sans que l'on ait les instruments nécessaires pour penser ce type de changement. Les guerres du XXe siècle ont fait naître l'illusion que de la destruction pouvait naître la création. Aujourd'hui l'homme est en guerre contre tout : sa biosphère, ses semblables et lui-même. On voit de plus en plus les destructions, de moins en moins les créations. Il n'y a plus d'automaticité ni de logique dans le passage des unes aux autres. La croissance se traduit par des chiffres, non par des biens pérennes. La destruction créatrice est devenue pulsion de mort.
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    Il est nécessaire d'en conduire la critique. Mais la nature même de la critique du système productif a changé : il ne s'agit plus de penser l'intensification de la production, mais sa durabilité, voire sa « générativité » ie sa capacité à transmettre ses fruits à la postérité. Jusqu'à maintenant, les critiques du système productif, marxistes ou libéraux, restaient internes à la production : il s'agissait de la libérer de ses entraves sans questionner l'acte même de produire en son essence. Le produire était un tout sans altérité. Ce livre montre pourtant que tout système productif repose nécessairement sur son autre, c'est-à-dire sur les conditions non productives de la production - que j'appelle l'improduction - et sur les moyens techniques de les assurer et de les développer, en tant qu'elles seules peuvent garantir un développement durable.

  • De Machiavel à Agrippa, de Teofilo Folengo à La Mothe Le Vayer, de Sebastian Brant à Rabelais, le symbole de l'âne revient avec insistance dans la littérature de la Renaissance ; son rôle devient même décisif dans l'Expulsion de la bête triomphante de Giordano Bruno, comme dans sa Cabale du cheval pegaséen. Analysée ici pour la première fois, la conception brunienne de l'asinité réserve d'autant plus de surprises qu'elle repose sur une forte contradiction : à l'asinité négative (oisiveté, arrogance, unidimensionalité) s'oppose en effet une asinité positive (labeur, humilité, tolérance) que notre tradition culturelle a trop souvent perdue de vue. L'âne, dans la perspective ouverte par Nuccio Ordine, a la double nature des Silènes d'Érasme : derrière son ingrate apparence se dissimulent des trésors. L'auteur en présente quelques-uns, tout en invitant à une lecture de textes souvent inédits en français et à un réexamen des grands thèmes de la philosophie de Bruno : science et connaissance, mythes et religion, langue et littérature.
    Cette nouvelle édition est enrichie d'un dossier iconographique augmenté et d'un avant-propos d'Ilya Prigogine.

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