Croquant

  • Cet ouvrage collectif s'inscrit dans l'effort mené au sein de la communauté universitaire et du mouvement syndical pour rendre compte du déclin du syndicalisme en Europe occidentale comme en Amérique du nord depuis les années 1970. Plus spécifiquement, il s'agit de comprendre le rôle joué par les idées antisyndicales dans cette évolution, depuis la construction de répertoires d'arguments, lesquels sont ensuite articulés, mobilisés et diffusés sous la forme de discours, jusqu'à leur traduction pratique sous la forme de dispositifs. Afin de mieux saisir les différents aspects de l'offensive antisyndicale, il est important, d'une part, d'examiner le programme antisyndical qui se déploie dans le cadre de l'imposition des politiques néolibérales mises en oeuvre à partir des années 1980 et, d'autre part, d'ancrer cette étude dans l'histoire de l'hostilité des classes dirigeantes à l'égard de l'organisation collective des travailleurs depuis l'émergence des syndicats.
    À cet effet, l'ouvrage croise les perspectives sur les idées antisyndicales et leur développement historique en s'appuyant sur les exemples de trois pays. La France, la Grande-Bretagne et les États-Unis sont caractérisés par des différences profondes aussi bien en ce qui concerne leurs structures économiques, l'histoire de leurs mouvements ouvriers respectifs ou encore leurs institutions de régulation des relations professionnelles. Des trois pays, la France est par exemple le seul où il existe un droit de grève inscrit dans la constitution, ce qui n'est pas le cas aux États-Unis ou en Grande-Bretagne. Cependant, et tout en soulignant les singularités des discours et dispositifs antisyndicaux qui se déploient dans des contextes nationaux hétérogènes, cet appui sur trois terrains fait également apparaître des convergences qui révèlent les grandes lignes d'un programme antisyndical néolibéral transnational.
    Afin de restituer leur profondeur historique aux discours et aux dispositifs antisyndicaux, cet ouvrage est divisé en trois sections chronologiques. Une telle attention portée à l'histoire des idées antisyndicales permet de penser la révolution néolibérale des années 1980 moins comme une rupture inattendue que comme le produit d'un long travail de construction discursive et de mobilisation des classes dirigeantes.

  • Le 1er février 2008, les caissières d'un hypermarché du sud de la France ont décidé de se mettre en grève pour demander une prime exceptionnelle de 250 euros, le passage à temps complet des salariées employées à temps partiel contraint et l'augmentation des tickets-restaurant de 3,05 à 5 euros.
    En dépit de l'inexpérience militante de la grande majorité d'entre elles, la grève a été reconduite tous les matins pendant 16 jours. Cette enquête sur le quotidien d'un hypermarché, les conditions de travail, mais aussi les relations professionnelles, les aspirations et les déceptions de ces caissières, tente de montrer comment cette mobilisation, improbable au regard de leurs caractéristiques sociales, a été possible.
    Pourquoi sur les 75 000 personnes employées en France dans des hypermarchés, ces employées-là se sont-elles mobilisées, et pourquoi à ce moment-là ? Montrer quelles sont les conditions de la révolte, comment naît et se propage un jugement d'injustice, pourquoi ce qui était perçu comme supportable finit par ne plus l'être : tels sont les objectifs de cette enquête conduite dans un secteur exemplaire du triple mouvement de précarisation, de tertiarisation et de féminisation du marché de l'emploi contemporain.

  • Placés symboliquement à l'écart de l'espace public, rendus invisibles par leur extra-terriorialité par rapport aux champs politiques nationaux, les membres du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne n'en sont pas moins aux avant-postes d'une véritable entreprise politique et économique.
    Au nom de la stabilité interne et externe de la monnaie, ils sont les garants tatillons de la « modération salariale », attentifs aux moindres signes de « dérapage inflationniste » venus du monde du travail. Si le « plein-emploi » ne fait pas partie de leur mission constitutionnelle, ils ne sont pourtant pas indifférents à la situation des salariés : la BCE anime aujourd'hui, sous le nom de « réforme structurelle », une entreprise de précarisation généralisée susceptible, selon elle, de rétablir un fonctionnement correct du marché du travail. Obsédée par les effets « désincitatifs » de la fiscalité pour l'emploi, la BCE prône, plus largement, l'abandon rapide de l'État social au profit d'une adaptation aux lois de la mondialisation financière.
    Cet ouvrage, qui s'appuie sur une sociologie des acteurs de la politique monétaire, propose de placer la BCE au centre des enjeux des politiques néo-libérales et de leurs alternatives en Europe.

  • Que recouvre exactement l'expression "sociologie du handicap" ? Que peut bien avoir à dire la sociologie sur ce phénomène a priori biomédical ? Plus largement, que nous apprennent concrètement les recherches dans ce domaine ? Et pourquoi est-il possible d'affirmer qu'elles constituent aujourd'hui un enjeu majeur pour les personnes dites "handicapées" ou "en situation de handicap" ? C'est à ces questions que tente de répondre ce numéro.
    Pour ce faire ont été réunis un ensemble de travaux récents recouvrant des dimensions de la question du handicap aussi variées que possible (dimensions politique, juridique, scolaire, familiale, questions de l'accès à l'emploi, etc.) et apportant un éclairage indispensable sur ce que signifie être (dit) "handicapée" aujourd'hui. Chacune à sa manière, ces recherches montrent aussi à quel point le traitement de cette question est traversé par des contradictions et de nombreux paradoxes.
    A quel point, par conséquent, il est urgent d'y réfléchir en mobilisant les savoirs accumulés par les sciences sociales, trop longtemps considérées en ce domaine comme simple supplément d'âme.

  • De l'avis général, les partis politiques sont en crise. Certains pensent qu'ils vont disparaître. Des mouvements, assez immatériels dans leur organisation et leur fonctionnement, seraient appelés à les remplacer.
    L'apport de cet ouvrage est de recenser les causes nombreuses et complexes des transformations des par- tis. C'est aussi la question de la défiance à l'égard de la politique qui est abordée de manière concrète et approfondie. Sans langue de bois dans la pluralité des points de vue. L'originalité de l'ouvrage est aussi de rassembler des chercheurs et des témoins, militants ou anciens militants d'organisations diverses.
    Le point de vue de l'action vient utilement en contrepoint des sciences sociales. Le lecteur est étonné par la multiplicité des aspects qui doivent être pris en compte pour comprendre l'affaissement d'orga- nisations qui étaient des acteurs majeurs de l'activité politique dans le passé. On entre dans les détails et les composantes multiples des organisations partisanes. On recense en creux toutes les facettes sur lesquelles il faudrait intervenir pour inverser la tendance. Une telle inversion est-elle possible ? Pour- quoi les partis sont-ils devenus si répulsifs ? Quel est leur avenir ? Quelles sont les conséquences de leur affaiblissement ? Des mouvements comme La République en Marche ou Cinq Étoiles en Italie vont-ils les remplacer ?

  • Beaucoup d'ouvrages s'occupent du FN. Mais très peu se centrent sur les votes et les votants FN. Il est pourtant urgent de les comprendre Avant de condamner les « votes FN », il vaut mieux en examiner la possibilité et les justifications. Il se pourrait même que ce soit une des manières les plus efficaces, de s'opposer à leur prolifération. Car contre le FN, on ne compte malheureusement plus les débauches d'énergies, les oppositions sans concession, les dénonciations, les rassemblements, les manifestations dans lesquels des trésors de bonne volonté militante se sont investis et, au vue des résultats électoraux obtenus... ensevelis et perdus. Cette débauche d'énergie semble ne jamais concerner ni atteindre individuellement ceux qui votent FN.
    A présent, il est temps, grand temps même, de comprendre « d'où viennent ces votes FN » si l'on veut s'employer à contenir leurs progressions.
    L'ouvrage s'appuiera sur des enquêtes de terrain, mais il sera aussi polémique : en rupture avec les idées-reçues sur le FN et en rupture avec l'ethnocentrisme militant ordinaire qui « pèsent sur nous comme un couvercle », et qui remplissent de réponses commodes en décourageant les investigations qui dérangent.
    Cet ouvrage dira « non », autant de « non » - outillés des ressources de sciences sociales - qu'il faut pour que soit appréhendé « d'où viennent ces votes FN, tant de votes FN ? ».
    1) Non, « le » vote FN n'existe pas Ce serait croire en la continuité « de substance » et transhistorique de « la même extrême droite », en la résurgence périodique de « la bête immonde ». Alors que nonobstant l'identité de la marque (FN), ont été sous ce label organisées (aux prix de luttes internes vives qu'il faut recomposer) des entreprises politiques très différentes dans leurs recrutements, leurs organisations, leurs professionnalisations, leurs managements, leurs hiérarchies, leurs mobilisations électorales...et conséquemment leurs « offres » programmatiques.
    Ce serait croire que les électeurs qui font (en une configuration particulière du marché politique et de leurs trajectoires) usages des bulletins FN sont ensuite fidèles à la marque. C'est supposer une continuité trop forte des itinéraires de votes. Ce qu'il faut examiner. D'un scrutin à l'autre, ce ne sont jamais exactement les mêmes individus qui vont voter. En 2002, près d'un quart des électeurs ayant voté Le Pen au premier tour, n'ont pas voté identiquement au second. En 2007, la moitié des votants Le Pen de 2002 ne votent plus pareil et 40% des votants Le Pen n'avaient pas voté pour lui en 2002. Il faut désormais analyser si, sous l'effet d'une légitimité accrue de la marque, la stabilité des votants FN « nouvelle formule » s'en trouve consolidée ou pas ?
    Ce serait croire en « un » vote FN, alors qu'il y a « des » votes FN. Ils sont irréductibles les uns aux autres, extrêmement différents, notamment quant aux positions et aux trajectoires sociales, aux représentations de sa position dans l'espace social, aux rapports à l'avenir, qu'ils expriment...
    Plusieurs cas seront ici travaillés.

  • Selon la logique de l'économie libérale dominante, les entreprises sont confrontées à une exigence croissante de performance.
    Elles ont peu à peu converti leurs principaux acteurs à une culture managériale et à une logique d'efficacité économique. L'idée de performance fait partie de cet ensemble et suppose, d'une manière générale, compétition et concurrence.
    Le management est présenté par ses promoteurs comme une activité rationnelle, professionnelle et scientifique, sans lien, apparent tout au moins, avec les questions de propriété de l'entreprise. Cette idée est relativement récente. Comme beaucoup d'autres dans le domaine de l'économie d'entreprise, elle vient des États-Unis, où elle a émergé comme un des aspects des trans- formations majeures qui ont redéfini l'économie américaine au tournant du 20ème siècle.
    En Europe, et plus particulièrement en France, le processus a été plus tardif. Ce processus a son vocabulaire : identifier le pro- blème, chercher les solutions, évaluer les solutions, choisir, communiquer le choix, mettre en oeuvre, contrôler... Il a ses outils :
    La veille (informationnelle, technologique, concurrentielle, sociale), l'arbitrage en groupe, etc.
    Comment cela se traduit-il concrètement dans les entreprises, au-delà de la neutralité des présentations sur les Powerpoint des écoles de management ?
    Les auteurs qui ont contribué au dossier de ce numéro s'appuient sur des enquêtes et des recherches menées dans diverses entreprises et diverses situations professionnelles.
    Le numéro contient par ailleurs les rubriques habituelles :
    - un grand entretien ;
    - la chronique de la gauche de gauche ;
    - la rhétorique réactionnaire ;
    - paroles ;
    - culture.

  • Conflits d'intérêts : aussi bien l'expression que des situations, révélées par des scandales, dans lesquelles des acteurs ayant une mission de service public (juger ou prendre une décision dans l'intérêt de tous) sont soupçonnés d'avoir été influencés par un intérêt second se sont multipliées ces vingt dernières années. Scandales du mediator révélant les liens entre les professionnels de santé et les laboratoires pharmaceutiques (ici le laboratoire Servier), rôle des puissants lobbies de la chimie ou de l'agroalimentaire dans les non-décisions prises au niveau européen concernant l'évaluation et la circulation de leurs produits toxiques, cumul de positions faisant des experts ou des responsables politiques à la fois des juges et parties dans l'élaboration de politiques publiques, distribution de « faveurs trafiquées » (distinctions pour les « copains », emplois pour des proches, ventes de terrains à prix rabaissé pour des « amis » ou des « alliés », délégations de service public ou marchés publics octroyés à des entreprises généreuses en divers soutiens financiers ou politiques, arbitrages financiers peu scrupuleux ainsi que l'a mis en évidence le feuilleton à rebondissements de l'affaire Tapie)... Sans compter ces situations, dénoncées en vain comme conflits d'intérêts, où des hauts fonctionnaires, des anciens gouvernants ou élus vont « pantoufler » dans le secteur privé et tirent des bénéfices personnels substantiels de la mise au service d'entreprises économiques de leur connaissance des procédures et de leur carnet d'adresses acquis précédemment. On peut songer, comme cas particulièrement exemplaires, à Mario Monti, ancien commissaire européen chargé de la concurrence ou José Manuel Borroso, président de la commission européenne, devenant conseillers de la banque américaine Golden Sachs, Karel Van Miert, lui aussi commissaire européen à la concurrence, siégeant ensuite dans de nombreux conseils d'administration de multinationales. Ou encore ces situations où élus locaux et nationaux, ministres, experts ne « voient » pas le problème éthique ou juridique à user de leur position publique ou de leurs informations d'initiés à fins privatives : là encore favoritisme pour les plus proches ou les amis, placement d'argent « en toute légalité » dans des sociétés offshore ou non paiement d'impôts ou d'infractions en raison - l'argument est délicieux pour un député, ancien membre de la commission des Finances puis Secrétaire d'Etat au Commerce extérieur - de phobies administratives ...

  • Ces repères pour résister à l'idéologie dominante transgressent les interdits récemment réac- tivés par divers rappels à l'ordre politiques et académiques. Ils s'ingénient, en effet, à décou- vrir des « excuses sociologiques » aux « inexcusables » : qu'il s'agisse de s'interroger sur la sociogenèse des trajectoires djihadistes ou de tenter de rendre compte du vote FN d'une fraction des classes populaires. Ils s'efforcent de mettre en évidence divers procédés de légitimation d'iné- galités « obscènes » : comme la célébration des « talents ». Ils mettent en évidence la division du travail discursif sur l'Union Européenne entre philosophes « à façon » et économistes « à gages ».
    Ils s'emploient à clarifier l'usage de catégories routinières (comme l'opposition « droite/gauche » ou la notion galvaudée de « populisme »), à dissiper le brouillage d'un champ politique devenu illisible et à rappeler les leçons de l'expérience grecque à ceux qui rêvent d'une « autre Europe ».
    Bien qu'ils s'imposent un double devoir de « réflexivité » et de « scientificité », ces repères qui mettent les ressources de la sociologie au service de ce genre de transgressions, s'exposent sans doute ainsi à réveiller toutes les formes d'anti-intellectualisme que suscite « l'engagement socio- logique ». Pourtant, comme disait Durkheim, « la sociologie ne vaudrait pas une heure de peine si elle ne devait avoir qu'un intérêt spéculatif ».

  • Marx et ses héritiers avaient fixé les traits distinctifs d'une approche « classiste » de la société : effort pour appréhender la société de manière globale, rôle primordial accordé aux critères économiques, conception hiérarchique, relationnelle et antagonique des classes.
    Assimilée et retravaillée, cette approche a nourri la sociologie, en dehors même de la tradition marxiste, et fortement imprégné les discours sur le monde social jusque dans les années 1970. Si, pour de multiples raisons, le concept de classe sociale a ensuite perdu sa centralité, les approches en termes de classes semblent aujourd'hui retrouver droit de cité.
    C'est à ce « retour des classes sociales » dans le discours sociologique que ce numéro aimerait contribuer en proposant un ensemble de contributions mobilisant ou discutant l'outil « classe » et l'approche « classiste ».
    Ce premier volet du dossier présente quelques éléments de cartographie macro-sociale - à l'échelle de la France, de l'Europe et du monde - en s'efforçant de saisir à chaque fois les dynamiques de cohésion et de fragmentation qui travaillent les classes.

  • En juin 2007, la France s'engage sur la voie d'une nouvelle « révolution libérale » sous l'égide de Nicolas Sarkozy. L'Europe ambitionne alors de devenir rapidement « l'économie la plus dynamique et la plus compétitive du monde ».

    L'auteur, à travers ses éditoriaux de la revue Savoir/Agir, a tenu la chronique des conjonctures économiques et politiques qui ont caractérisé au fil des jours cette période de bouleversements, dont il propose une lecture à la fois sociologique et engagée.

  • La définition de la situation actuelle - faite de fortes tensions sociales, lois d'exception dans un contexte de danger terroriste et sanitaire, usage d'une force démesurée contre des manifestants ou de simples citoyens avec pour bilan un nombre effroyable de blessés, mutilés et de décès, multiples atteintes aux libertés publiques, décisions sans délibération et négociation, maltraitance de migrants, réfugiés, exilés, adultes comme enfants - mobilise très largement avec des représentations contradictoires qui témoignent à la fois d'une incertitude généralisée et d'une transformation de la délimitation de ce qui est acceptable ou non en démocratie. Autoritarisme libéral, démocratie autoritaire ou démocratie illibérale ? Les labels se multiplient pour qualifier des régimes hier rangés sans hésitation de « dictature » et pour brouiller des frontières : qu'est-ce qu'une démocratie sans libertés publiques ou sans un espace public où sont débattues les questions du « bien vivre ensemble » ?

  • Non l'hôpital public n'est pas mort ! Car il soigne toujours, et plutôt bien.
    L'immense majorité d'entre nous lui voue un attachement fidèle, tous les sondages en témoignent ! Un chantier de mise en pièces de l'hôpital, dont les meilleurs morceaux sont promis au privé, est aujourd'hui interdit au public : interdit au secteur public d'y prospérer pour le bien de tous, interdit au citoyen d'y inscrire ses désirs en vertu de la loi d'airain de concepts idéologiques surannés qui ont fait ailleurs la preuve de leur inanité.
    Dans ce livre, des sociologues, des politistes, des médecins, des économistes, des psychologues sont à son chevet, non pour adoucir sa fin en d'improbables soins palliatifs, mais bien pour réanimer l'énergie nécessaire à tous les acteurs de la santé dans ce pays. Ils vous livrent les clés pour reconstituer le puzzle de la politique aujourd'hui en oeuvre, qui plutôt que guérir l'hôpital d'une maladie dont il souffrirait, hâte sa disparition en lui inoculant le virus sournois et malfaisant du néolibéralisme qui infecte les services publics.
    Cet ouvrage est dédié à chacun d'entre nous, décidé à sauver ce qui a été, est, ou sera une étape de notre destin.

  • L'intercommunalité a connu un développement accéléré depuis quelques années. À tel point que les communautés (de communes, d'agglomération ou urbaines) couvrent aujourd'hui la quasi-totalité du territoire national et concernent plus de 90 % de la population française. Si les traces de leur action jalonnent la vie quotidienne locale - le bus qui arbore l'acronyme du syndicat de transports en commun, la ligne de contribution aux services d'assainissement ou de ramassage des ordures ménagères qui barre la feuille des impôts locaux, le bâtiment du siège des services administratifs, parfois baptisé « hôtel de communauté » -, elles demeurent des objets politiques méconnus de la majorité des citoyens.
    Ce décalage entre des institutions sans cesse plus nombreuses, plus importantes, et leur faible appropriation démocratique, fonde l'hypothèse centrale de cet ouvrage : celle d'un objet politique doublement confisqué. Confisquée, l'intercommunalité l'est d'abord en raison de son fonctionnement politique singulier, marqué par des « consensus » inter-partisans établis à l'abri des regards des citoyens et des élus municipaux. Confisquée, l'intercommunalité l'est ensuite au nom de sa technicité présumée, un argument qui puise dans les discours des acteurs politiques eux-mêmes et que valident ses « experts » patentés. Elle se trouve ainsi érigée en objet à part, domaine réservé de quelques-uns.
    Le présent ouvrage prend le contre-pied de ces conceptions dépolitisantes de l'intercommunalité. D'abord, en montrant les mécanismes qui la soustraient à tout espace public de délibération. Ensuite, en insistant sur les nombreuses conséquences politiques et sociales pour les territoires concernés des choix et des non-choix intercommunaux. Lever le voile sur les institutions intercommunales fournit ainsi un mobile et des outils pour les investir politiquement.

  • " sportifs en danger " ? la formule peut surprendre au regard des fortunes amassées par les champions les plus connus.
    Ils font pourtant figures d'exception. la plupart de ceux qui sacrifient leur vie à la pratique compétitive sont confrontés, en effet, à l'insécurité permanente. mais, plus que l'incertitude des résultats, c'est le refus de les considérer comme des travailleurs à part entière qui crée les conditions de leur précarité. les dirigeants fédéraux contribuent à cette situation en encensant les vertus du sport amateur et désintéressé.
    Dénonçant les dérives de l'argent, ils appréhendent les athlètes dans une vision paternaliste, fermée à l'idée même de travail sportif. a l'inverse, ceux qui s'efforcent de promouvoir et de vendre le sport comme un spectacle déplorent le conservatisme des fédérations et participent, sous couvert de modernité, à l'instauration de pratiques libérales. pris dans l'alternative " paternalisme/libéralisme ", les sportifs font figure de prolétaires de la performance.
    Tant qu'ils ne parviendront pas à faire reconnaître collectivement leurs conditions de travail spécifiques, ils devront supporter seuls les risques d'une carrière courte et aléatoire.

  • L'analyse des formes de domination est centrale en sociologie pour comprendre ce qui fait tenir l'ordre social. De Marx, Durkheim, Weber en passant par Foucault et Bourdieu, la domination constitue cette relation sociale qui répartit et hiérarchise les groupes sociaux, discrimine les forces sociales en structurant leur dissymétrie tout en contribuant à l'acceptation de l'ordre existant. Savoir/agir a consacré un premier dossier à cette question, sous le titre : « Comment les dominants dominent » (n° 19, mars 2012).

    Des études récentes en ont cependant renouvelé la compréhension sous plusieurs dimensions : en insistant sur la diversité des modes de domination et leur variation historique et spatiale, en révélant les « ratés » du consentement ou son caractère de façade chez les groupes subalternes, en mettant en évidence le travail nécessaire aux dominants pour imposer et exercer leur domination .

    L'actualité n'a sans doute pas été étrangère à cette inquiétude scientifique devant ce qui semble aller de soi : déstabilisation des politiques sociales s'accompagnant d'une montée des inégalités, de la précarisation et du chômage (plans sociaux à répétition, restrictions budgétaires), effondrement de régimes admis comme fondés dans la durée et sur l'assentiment ou l'apathie de leurs citoyens (écroulement de l'empire soviétique, « Printemps arabes », ébranlement des institutions européennes), surgissement de mobilisations perçues comme improbables voire impossibles (mouvements des « Indignés », Occupy Wall Street, grèves longues et dures dans des secteurs d'emploi peu syndiqués, luttes des « sans papiers », révolte de peuples insoumis aux décisions de leurs dirigeants politiques), multiplication de catastrophes révélant les incertitudes des savoirs et des expertises (Fukushima après Tchernobyl, épidémies et accidents sanitaires, crise financière).

    Des pistes d'interrogation et d'investigation ont été ainsi rouvertes sur les relations entre les diverses figures de l'autorité - le pouvoir social, le pouvoir économique et le pouvoir politique - et leurs conditions de félicité ou de discordance. Subaltern studies, analyse du genre, étude sur le racisme et le post-colonialisme, retour « des classes sociales », par exemple, sont venus irriguer les questionnements et les enquêtes dans la plupart des sous-disciplines sociologiques. Si ces approches ont permis de remettre sur le métier sociologique bien des idées que l'on croyait acquises, elles ont également relancé l'effort de réflexivité sur « l'opération » sociologique que ce soit sous l'angle de la posture analytique à adopter, des méthodes à employer ou de l'écriture et du raisonnement à déployer. Ce faisant, elles ont aussi renforcé les échanges croisés avec les autres sciences sociales - histoire, science politique, géographie, ethnologie, économie.

    Ce numéro vise ainsi à contribuer à susciter une réflexion collective sur les recompositions des différenciations et des frontières sociales qui mutualise non seulement les connaissances déjà produites sur ces processus, mais également les renouvellements épistémologiques en cours pour les saisir.

  • A l'heure de la réforme de l'Université française, on est en droit de s'interroger sur le type d'enseignement supérieur qui est aujourd'hui imposé, à marche forcée, à la communauté universitaire.
    Ce livre dévoile les logiques sous-jacentes des réformes en cours. Il montre que l'ouverture internationale est un leurre, que les " innovations pédagogiques " autour du LMD (licence-master-doctorat) ont de très nombreux effets pervers sur le plan pédagogique et disciplinaire, que la professionnalisation à outrance, telle qu'elle est prônée, se révèle souvent contraire à son intention, que la transformation des présidents d'universités en managers, entraîne une dérive de l'Université gérée comme une petite entreprise, qui définira son offre de formation, sa politique de recherche, etc., en fonction de critères ne répondant plus forcément à ceux du service public, ni à ceux d'une recherche libre et autonome, liberté qui est pourtant au fondement même de l'idée d'Université.
    Au final, les étudiants, que les modernisateurs disaient vouloir replacer " au centre ", se trouvent relégués à la périphérie, victimes de réformes dont ils étaient censés être les premiers bénéficiaires.

  • La réalisation, la diffusion et le commentaire des sondages d'opinion se sont aujourd'hui banalisés tant par leur fréquence que par la prolifération des thèmes abordés.
    Chacun s'est progressivement habitué aux " révélations " des enquêtes d'opinion, intégrées dans " l'air du temps " au même titre que la publication des cours de la Bourse, des prévisions météorologiques ou de l'horoscope. On a pourtant toutes les raisons de se méfier des sondages, précisément parce qu'ils se présentent comme évidents et naturels dans le paysage démocratique. Soixante-dix ans après le coup de poker de George Gallup, nous sommes toujours prisonniers du raisonnement circulaire par lequel " l'inventeur " des enquêtes d'opinion devança toute critique raisonnée en faisant du sondage " la mesure de l'opinion publique " et de l'opinion publique " ce que mesurent les sondages ".
    Les métaphores approximatives du baromètre ou de la photographie, comme les argumentaires contradictoires des sondeurs, loin d'éclairer le débat, l'obscurcissent plus encore, en " naturalisant " cette technologie sociale. Sur la base des très nombreuses enquêtes d'opinion publiées au cours des derniers mois en France, trois questions sont abordées dans cet ouvrage : quel est le degré de précision ou d'exactitude de cet instrument de mesure ? que mesure-t-il exactement ? quels en sont les usages et les effets ? Les réponses devraient contribuer à déstabiliser quelques évidences.

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