Desjonqueres

  • Les conquêtes d'Alexandre répandirent le grec jusqu'aux confins de l'Ancien Monde. Outre les Hellènes, des Egyptiens, des Syriens, des Hébreux, des Romains même allaient commercer, composer, chanter, philosopher et dogmatiser dans la langue nouvelle. Cette carrière universelle qui s'ouvrait à la culture née jadis en Hellade inaugura un nouvel âge, cette époque dite " hellénistique " qui allait assister aussi au bouleversement de l'ordre politique du monde : les cités-Etats de l'âge classique s'effacèrent devant les grandes monarchies des successeurs d'Alexandre, lesquelles à leur tour durent se fondre dans la domination romaine. C'est l'histoire de cette révolution culturelle que retrace le présent ouvrage, suite de l'Histoire de la littérature grecque d'Homère à Aristote publiée dans la même collection. Il évoque notamment toutes les formes nouvelles de culture qui, surgissant au cours de cet âge nouveau, en font le père de la modernité : la chronique se transforme avec Polybe en histoire universelle, elle-même charpentée par la première philosophie de l'histoire, d'inspiration stoïcienne ; Plutarque invente la réflexion historique, cependant que les lettres voient naître le roman, la poésie bucolique, la comédie de moeurs, la vogue de la satire et de la parodie. La science, avec Archimède et Ptolémée, accomplit des progrès décisifs, tandis que la philosophie procède à de vastes synthèses prétendant rendre compte de l'ordre du cosmos.
    Enfin l'époque hellénistique accueille avec ferveur les cultes orientaux, qui viennent s'unir aux traditions locales pour créer des formes syncrétiques de religiosité nouvelle. La principale de ces religions est le christianisme, qui use du grec pour propager son message dans tout le bassin méditerranéen. La façon dont il se mêle à l'héritage culturel hellénique, notamment à sa philosophie néoplatonicienne, est déterminante pour toute la civilisation ultérieure. Cette vaste aventure de l'esprit est dépeinte dans un récit qui, alliant la richesse à la clarté, révèle les racines de l'Occident moderne.

  • Dès la découverte du Nouveau Monde, un intense trafic s'instaura entre les possessions européennes et les royaumes d'outre-mer du souverain des Espagnes. Il reçut le nom de Carrera de Indias : la Route des Indes occidentales, c'est-à-dire des Amériques.
    Ainsi naissait un réseau d'échanges aux dimensions de la planète, archétype de tous les systèmes économiques mondiaux ultérieurs : escortées par les galions, ses flottes transportaient par-delà l'Océan commerçants, aventuriers, militaires et missionnaires, épices, étoffes, armes, alcools, cuirs, perles, or et argent surtout, mais esclaves aussi. Mettant en rapport les hommes, les cultures et les denrées d'Europe, d'Afrique et d'Amérique, la Carrera de Indias fut un phénomène fondateur du monde moderne, que les esprits drapèrent du prestige du mythe.
    Ce livre en offre la première synthèse générale. Il fait le tableau des trois siècles du monopole espagnol, exercé depuis Séville d'abord et Cadix ensuite. Depuis l'aube du XVe siècle jusqu'au crépuscule du XVIIIe, ce trafic est envisagé dans ses aspects juridiques, administratifs et financiers, mais aussi dans son déroulement réel, à travers tempêtes, guerres, piraterie, variant au gré des progrès techniques et des vicissitudes économiques. Au fil de l'analyse se révèle la réalité d'une entreprise prodigieuse, compromis instable entre prétentions royales, ambitions négociantes, avidités étrangères et astreintes naturelles, ranimée sans relâche par les illusions fascinantes des imaginations éblouies.

  • Sous le règne de Louis XIV, l'opéra s'affirme comme le spectacle à la mode à la Cour comme à la ville. Aujourd'hui, les opéras de Lully et de ses successeurs retrouvent la faveur du public. Mais à quelles fins furent-ils conçus à l'origine ? Où, par qui, dans quelles conditions furent-ils représentés ?
    L'essai de Jérôme de La Gorce ressuscite les péripéties de leur création, les démêlés de l'institution avec les créanciers comme avec le pouvoir, les conditions des représentations, la vie quotidienne de la troupe enfin, souvent haute en couleurs. Nous assistons par ailleurs à la naissance d'un public dont les habitudes et les goûts contribuèrent à déterminer les traits du drame lyrique en France.
    Ce livre, synthèse de documents souvent inédits, jette un nouvel éclairage sur les premiers opéras français.

  • Elaboré en Italie et en France, l'art du ballet occidental a connu pendant cinq siècles un prodigieux essor. Il a subi de nombreuses influences, tout en restant fidèle à ses aspirations initiales : maîtrise de l'espace, du rythme corporel, des mouvements codifiés, enrichis par les progrès constants de la rigoureuse école classique. Au cours de son évolution, il a développé tour à tour la danse narrative, expressive d'une situation et d'une action, et la danse abstraite, harmonie linéaire qui tente de suggérer l'invisible à travers le visible.
    Cet ouvrage de référence retrace clairement les grandes étapes historiques et esthétiques de cet art en évoquant les principales oeuvres, les plus illustres chorégraphes, théoriciens et danseurs qui n'ont cessé de révéler jusqu'à nos jours l'éclat de leur personnalité originale.
    Grâce à ce précieux patrimoine, s'exprime, aujourd'hui comme hier, avec une poésie indicible et une harmonie éphémère, l'âme de la danse dont les métamorphoses réfléchissent les aspirations profondes de l'homme.


  • Le théâtre de Corneille s'inscrit historiquement dans un cadre
    européen où l'Espagne, l'Italie, les jésuites et les Pays-Bas occupent
    une place reconnue.
    Le public lettré attendait depuis longtemps un livre sur l'Allemagne
    qui vînt compléter ce tableau. Car si le dramaturge français ne doit rien
    à la scène des territoires germaniques, il est en revanche, et de manière
    absolument singulière, lié à l'émergence et à l'affirmation d'un théâtre
    littéraire allemand de portée internationale.
    Ce n'est pas en effet l'accueil, longtemps favorable, qui fut
    déterminant, mais bien l'enjeu représenté dans l'Empire par les
    premières tragédies et l'esthétique théorique de Corneille au regard
    de l'élaboration par les Lumières d'un paradigme théâtral national
    moderne. Paradoxe fécond que celui qui fait d'une mise en cause
    virulente (Lessing) un moment décisif de l'autodéfinition de la
    culture artistique allemande après 1760.
    La fin de la référence aristotélicienne, la substitution de Shakespeare
    et des Élisabéthains à Corneille et aux Français ainsi que l'ouverture
    romantique au passé allemand et à l'Espagne (Calderón) permettent
    à l'Allemagne d'accéder au rang des grandes littératures européennes.


  • En axant sa réflexion politique autour de la réalité des Etats et non plus autour d'une Chrétienté idéale, Machiavel est, dans son domaine, aussi révolutionnaire que son contemporain Copernic en astronomie. Son oeuvre est fondatrice de notre vision moderne du monde. Loin d'être une invention abstraite, cette théorie est le fruit d'une expérience que Machiavel doit à sa pratique des affaires en tant que protagoniste de la diplomatie et des opérations militaires de la République de Florence. Face au conflit qui, à la Renaissance, bouleverse l'Italie, Machiavel est conscient de la nécessité de rétablir l'ordre de la cité sur des fondements neufs, en concevant de nouvelles institutions et en imaginant de nouveaux modes de gouvernement. Saisir le rapport entre l'activité et les oeuvres de Machiavel est le propos de cet ouvrage, qui, à la lumière des péripéties de sa vie, analyse ses écrits les plus célèbres, du Prince à La Mandragore, des Discours sur la première décade de Tite-Live à L'Art de la guerre. On découvre, les vicissitudes d'une destinée, la genèse d'une pensée et la naissance d'une oeuvre. Ce livre, dû à l'une des plus grandes autorités d'Italie dans les études machiavéliennes, offre, dans son style clair et précis, la synthèse actuelle des recherches en ce domaine. Il est assorti d'une Chronologie replaçant Machiavel dans le cadre politique et culturel de son temps.

  • Somme de nos connaissances actuelles dans ce domaine, l'Histoire de la littérature grecque de Luciano Canfora fait, en tant qu'ouvrage de référence, autorité.
    Nous ne connaissons de la littérature grecque que ce qui nous en a été légué. Après avoir examiné comment les oeuvres de la Grèce antique sont parvenues jusqu'à nous, l'auteur envisage ce qui peut être connu ou reconstitué des lettres grecques.
    Par quels hommes, pour quels hommes ces oeuvres furent-t-elles écrites ? Pourquoi traitèrent-elles ces sujets et revêtirent-elles ces formes ? A ces questions, Luciano Canfora tente de répondre en resituant, au terme d'enquêtes minutieuses, nourries des recherches les plus récentes, ces oeuvres dans le monde culturel, les circonstances historiques et les conditions politiques qui les virent naître et qu'elles influencèrent en retour.
    Le développement de la littérature grecque est retracé selon la chronologie et selon les genres. Les deux critères se confondent d'ailleurs à l'origine, les époques successives privilégiant des genres précis : ainsi la poésie épique cède-t-elle la place à la poésie lyrique, qui s'efface elle-même devant le théâtre. Avec le temps, ces lettres se diversifient : théâtre, historiographie, art oratoire et philosophie en sont les grands phénomènes simultanés.
    Véritable reconstitution archéologique de la genèse et de l'épanouissement de la littérature hellénique classique, l'Histoire s'achève avec Aristote, qui, tant par ses rapports privilégiés avec la monarchie d'Alexandre que par son organisation encyclopédique du savoir, inaugure la période alexandrine, où l'hellénisme, et avec lui les lettres grecques, changent de nature.
    Cette étude, aux dimensions considérables mais à la clarté constante, fait renaître la littérature grecque comme un phénomène vivant, expression des croyances, des moeurs, des passions et des goûts d'une société qui a déterminé les destins de la culture européenne.

  • Pouvoir entrer dans la psychologie et la vie quotidienne des hommes du Moyen Age est rarissime. C'est ce que permet le témoignage de Berthold de Ratisbonne (1210 ? - 1272).
    Inconnu dans notre pays, ce Franciscain a laissé une étonnante peinture des moeurs de la société médiévale à son apogée. Il découvre la réalité du monde des petites gens, qui n'apparaissent ni dans la grande histoire ni dans les romans courtois. Aucun aspect de la société ne lui échappe, depuis la vie conjugale, l'éducation, l'artisanat, le négoce, la médecine, jusqu'aux fraudes, à la prostitution, aux superstitions et à la sorcellerie.
    A ce désordre du réel, l'église tente d'imposer un ordre idéal. Le témoignage de Berthold met en évidence le système de péchés et de vertus selon lequel l'église édifie en Europe occidentale une civilisation dont les fondements constituent encore ceux de la société actuelle.

  • Dans une Allemagne du XVIIIe siècle politiquement anéantie, des penseurs vont s'attacher à concevoir une nation allemande idéale.
    Cette école de pensée s'élabore avec Hamann et Herder pour se cristalliser dans les Discours à la nation allemande de Fichte. S'inspirant des principes de Luther, qui avait défini le peuple allemand comme prédestiné à accomplir la volonté divine ici-bas, elle se développe contre l'esprit rationaliste des Lumières. Au prix d'une véritable révolution, elle reconsidère les notions fondamentales de la philosophie - telles l'esprit, l'universel ou la liberté -, qui ne peuvent être pensées qu'en une langue allemande dont la pureté permet seule l'accès au vrai. Phénomène unique dans l'histoire de la pensée européenne, le nationalisme fonde ici la philosophie, qui le justifie en retour.
    C'est l'histoire de cette aventure intellectuelle que retrace le présent ouvrage, montrant comment, du XVIIIe siècle à Heidegger, une nation, croyant jouir d'un rapport privilégié à la vérité, se pose en nouveau peuple élu. Composées avec les théories raciales, ces vues contribuèrent à l'établissement du national-socialisme, sur la ruine duquel la nouvelle Allemagne doit rebâtir son identité.

  • Cet ouvrage s'intéresse aux mouvements politiques, sociaux, culturels et religieux qui ont contribué à l'élaboration de l'idée de paix religieuse en France à l'issue de l'épreuve sanglante des guerres de religion. Les milieux les plus divers, intellectuels mais aussi populaires, expriment le désir d'en finir avec les contraintes doctrinaires et les guerres civiles et cherchent alors à résoudre la division religieuse entre Catholique et Protestant sur la base d'un humanisme chrétien pacifiste. Élève de Braudel, Vivanti étudie minutieusement les sources marquantes dans l'histoire de cette période, depuis les opuscules politico-religieux aux chansons populaires, les journaux et mémoires, les dépêches et les correspondances diplomatiques. Ces divers mouvements à l'intersection du religieux et du politique sont à la racine même de la laïcité. Leur étude permet à bien des égards d'enrichir notre réflexion sur un sujet très actuel.

  • Socrate fut condamné à mort par ses concitoyens. L'événement est si célèbre qu'il masque les autres tragédies qui frappèrent les philosophes grecs. Faire profession de penser, c'est-à-dire de remettre en cause l'ordre de la cité et celui du monde, exposait à des périls extrêmes. à la suite de Socrate, Xénophon banni, Platon vendu comme esclave, Callisthène assassiné, Aristote menacé, Lucrèce disgracié sont autant d'illustrations de cette destinée. Au terme de l'Antiquité, dans l'égypte hellénistique, la néoplatonicienne Hypatie périt déchirée par une foule fanatisée par l'évêque d'Alexandrie : la cité chrétienne n'était pas plus tendre aux penseurs que la cité païenne.
    Ces rapports difficiles entre philosophie et politique dans la société antique, préfigurent tous leurs conflits ultérieurs dans la civilisation occidentale. Les voici retracés dans un essai qui, dévoilant en outre les mystères de la transmission des oeuvres d'Aristote ou de la doctrine d'épicure, est mené de part en part avec une rigueur extrême et tout l'art de restituer au passé une intense présence.

  • A partir du XVIe siècle, le théâtre religieux sert de moyen privilégié à la diffusion de la Parole dans le Saint-Empire, la Réforme luthérienne avait fait de ce théâtre l'instrument de l'édification d'une société nouvelle; la Contre-Réforme a pour objectif d'en faire « l'école du monde catholique » grâce à la grandiose entreprise dramatique orchestrée par les jésuites après le Concile de Trente.
    La pratique théâtrale, dans son origine comme dans ses fins, est d'ordre anthropologique. La valeur médiatrice éminente du sensible et de l'image sert de fondement à une activité qui frappe par sa cohésion, son extension géographique, son intensité, sa durée, sa conception active du salut dans le monde social.
    L'alliance de l'église et des pouvoirs politiques a permis aux jésuites d'exercer, dans la partie de l'Empire fidèle à Rome, un véritable monopole. Jean-Marie Valentin reconstitue l'histoire de ces scènes, mettant en évidence les procédés formels et les leçons spirituelles qui les unissent par delà la diversité des formes et des espaces.
    Contribution essentielle à l'histoire du théâtre européen, à l'histoire culturelle de l'empire des Habsbourg et à la reconstruction de la mémoire collective du vieux continent, ce livre jette un éclairage décisif sur le passage de l'humanisme au baroque triomphant où s'impose l'opéra.

  • On connaît à fond l'histoire de l'automobile. On ignore encore d'où vient le désir d'inventer un véhicule qui se déplace de lui-même. L'homme s'y est employé avec un acharnement contre toute raison, alors que pendant des siècles, les voitures à cheval ont été incomparablement plus rapides que toutes les automobiles plus ou moins fantaisistes ou grotesques issues de son cerveau.
    Cette enquête nous fait plonger dans l'inconscient humain, à l'époque même où la Renaissance enfante le monde moderne : les hommes sont alors saisis du rêve de ressusciter les dieux et de les imiter en se mouvant comme eux, afin d'avoir le sentiment d'échapper à leur condition de simples mortels. Elle retrace l'aventure de cette tentative d'auto-divinisation qui habite l'Occidental contemporain. De la sorte, elle éclaire bien des liens obscurs qui attachent, voire unissent aujourd'hui l'homme à son véhicule.

  • Cet ouvrage retrace la genèse des conceptions fondamentales de l'Islam et, d'abord, des univers intellectuels et spirituels du sunnisme et du chiisme. Il examine ensuite les grands courants de la pensée qui, à l'intérieur de ces deux univers, se sont développés des origines à nos jours, de la Mésopotamie à l'Iran en passant par l'Espagne musulmane.
    Par-delà la philosophie proprement dite, il envisage le droit, la théologie, la
    théosophie et le soufisme, et ce jusqu'au XXe siècle, à ses tentatives de
    réformes et ses retours aux fondements. Comme il s'agit d'une histoire de la pensée dans le monde islamique, elle évoque également la pensée juive qui a pu y naître au cours des siècles, et son interaction avec la pensée musulmane. L'histoire de la pensée dans le monde de l'Islam est envisagée
    jusque dans ses prolongements les plus actuels et éclaire ainsi la présente
    vision musulmane du monde, trop méconnue. Introduction systématique à
    la question, l'ouvrage constitue un outil essentiel pour la recherche, établissant
    ses sources premières - manuscrits et éditions - et offrant une abondante
    bibliographie critique, mise à jour pour la traduction française.

  • Avec une lucidité implacable, cioran ne cessa de dénoncer les illusions de son temps, et le xxe siècle s'éteignit sous ses imprécations comme le xixe s'était achevé sous les anathèmes de nietzsche.
    Mais, plus radical encore que son prédécesseur, cioran, en refusant les ultimes leurres du surhomme et du suicide, renonça à sauver une réalité qui à jamais se dérobait. du fond de son désespoir, il ne chercha plus qu'à magnifier, héroïque acteur, les seules apparences en composant et en jouant son propre rôle. derrière les miroitements d'aphorismes nés sous l'inspiration de ses humeurs et dont le labyrinthe exprime le désir de se dévoiler tout en se dérobant, se dissimule une vision du monde qui constitue un système cohérent et achevé.
    C'est ce dernier que nicole parfait s'est attachée à reconstituer dans son intégralité, mettant en évidence ses principes, sa construction, ses méandres, ses faiblesses aussi. dans cet ouvrage, l'odyssée du penseur est sans cesse reliée aux grandes étapes de la vie de l'homme.

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