Fayard

  • " a la recherche de la peur ", l'historien jean delumeau a réussi une peinture sans précédent de l'occident du xive au xviiie siècle, tout à la fois histoire des mentalités, histoire de la vie quotidienne.

    L'auteur dépeint:

    I. " les peurs du plus grand nombre " (peur de la mer, peur des ténèbres, peur de la peste, etc.);

    Ii. " la culture dirigeante et la peur " (l'attente de dieu, la présence de satan et de ses agents _ le juif, la femme _, la sorcellerie...).

    Né à nantes en 1923, agrégé d'histoire, jean delumeau est depuis 1975 professeur au collège de france. il a derrière lui une oeuvre importante, marquée par des ouvrages qui lui ont valu une réputation internationale. sa thèse sur rome au xvie siècle a été rediffusée dans une collection pour le grand public. la civilisation de la renaissance a obtenu le prix gobert de l'académie française en 1968. les deux livres de la " nouvelle clio ", naissance et affirmation de la réforme et le catholicisme entre luther et voltaire, ont ouvert de nouvelles voies à l'historiographie religieuse. enfin, le christianisme va-t-il mouriroe continue de connaître un grand succès. jean delumeau est directeur de la collection " les temps et les hommes " (hachette) et codirecteur de la " nouvelle clio " (p.u.f.).

  • Entre le temps des foires de champagne et des premières audaces au-delà de gibraltar et celui des médicis et des fugger, le marchand médiéval s'est mué en homme d'affaires. ses horizons se sont élargis, ses ambitions ont dépassé le monde de la marchandise, ses techniques se sont enrichies. il a appris à connaître et à maîtriser ses affaires, il a créé ces formes du crédit qui vont devenir le jeu bancaire, il sait prendre et limiter ses risques. il s'est fait organisateur de la production. il a inventé le capitalisme et intégré l'économie dans la vie politique.
    A l'heure de la renaissance, il y a toujours du monde dans la boutique et l'atelier, mais l'or et les épices auront donné à l'europe des princes et des mécènes.

    Jean favier est né en 1932. membre de l'institut, directeur général des archives de france, il est aussi professeur à l'université de paris-sorbonne et directeur d'études à l'ecole pratique des hautes etudes. il s'est fait connaître par de nombreux travaux sur les finances médiévales et sur les structures économiques et sociales de paris à la fin du moyen age. ses livres sur philippe le bel, sur la guerre de cent ans, sur françois villon ont tous connu un grand succès. il dirige l'histoire de france (fayard) dont il a lui même écrit le tome ii, le temps des principautés.

  • Peu de livres, en ce XXe siècle, ont, autant que celui-ci, paru en 1966, marqué non seulement la corporation des historiens mais aussi le public. Eblouissant par la nouveauté du propos comme par le style, il fut en son temps salué - ou dénoncé - pour sa force de suggestion et son caractère corrosif, voire iconoclaste. Pour la première fois ou presque, il ne s'agissait plus de statufier (ou encore de dénigrer) le Grand Roi, mais de faire le portrait d'une société dans son épaisseur et sa complexité, et de saisir les ressorts du dialogue (souvent difficile) qu'elle entretenait avec son souverain.
    Ce livre a ouvert à la recherche de multiples chantiers, souligné des lacunes, indiqué des pistes. Vingt-cinq ans après, les travaux - souvent d'une exceptionnelle qualité - qu'il a suggérés ont très largement confirmé et établi ce qui avait pu apparaître aux censeurs de 1966 comme une série d'intuitions hardies et d'assertions arbitraires. En des pages nouvelles, Pierre Goubert en dresse ici un bilan qui précise, complète, enrichit ce "grand classique" qu'est devenu et demeure Louis XIV et vingt millions de Français.


    Professeur émérite à l'université de Paris-I, Pierre Goubert est le meilleur spécialiste actuel de l'Ancien Régime. Il est l'auteur, chez Fayard, de très grand succès: Initiation à l'histoire de la France (1984) et Mazarin (1990).

  • "La majorité des Français pensait comme Bossuet: tout d'un coup, les Français pensent comme Voltaire: c'est une révolution", écrivait Paul Hazard dans ce livre désormais classique. De 1680 à 1715 s'affrontent en effet les idées les plus contradictoires et les plus puissantes. L'ordre classique, qui avait repris force après la Renaissance, paraissait éternel. Or, vers 1680, tout se met à bouger. Un air extérieur semble souffler dans le solennel édifice; des esprits ont l'audace de prétendre que les Modernes valent bien les Anciens, que le progrès doit l'emporter sur la tradition, la science sur la foi. "Il s'agissait de savoir si l'humanité continuerait sa route en se fiant aux mêmes guides ou si des chefs nouveaux lui feraient volte-face pour la conduire vers d'autres terres promises." Une époque charnière donc, où l'esprit de doute surgit partout. Le goût des récits de voyage élargit les horizons et ébranle les certitudes acquises; on discute de la Bible, de l'authenticité des textes sacrés, des mystères; les libres penseurs font la guerre à la tradition; on parle de religion naturelle, de mort naturelle, de droit naturel, on rêve d'une ère de bonheur terrestre fondée sur la raison et sur la science, les philosophes prônent la tolérance. C'est ce formidable bouillonnement d'idées et d'hommes que décrit Paul Hazard, retraçant ici en quelque sorte l'histoire des origines de l'Europe contemporaine.

  • Pour beaucoup de nos contemporains, la Cour n'est qu'un lieu de divertissements et de plaisirs, les courtisans, des gens oisifs et inutiles. L'escadron volant de Catherine de Médicis, le scandale des Poisons, l'affaire du Collier résumeraient son histoire.

    En réalité, loin d'être un archaïsme, la cour de France est, depuis François Ier, une création de l'Etat moderne. Instrument de pacification nobiliaire, elle a permis à la monarchie de s'affermir. Foyer de culture et de civilisation, elle a été un modèle imité de l'Europe entière. Trois siècles durant, les Valois puis les Bourbons ont ainsi forgé une subtile mécanique, portée à son apogée par Louis XIV, rayonnante mais déjà dénaturée sous ses successeurs.

    Réfutant les légendes et les clichés, Jean-François Solnon montre dans cet ouvrage _ le premier consacré à la cour de France _ les forces et les faiblesses de l'institution la plus brillante des temps modernes. Tant il est vrai qu' "un monarque sans cour est un grand arbre déraciné que le moindre coup de vent renverse".

    Jean-François Solnon est maître de conférences à l'université de Franche-Comté.

  • Pourquoi l'Europe est-elle devenue chrétienne ? Une évangélisation pacifique des populations a bien évidemment existé ; mais très tôt la force, et notamment la force publique vint s'ajouter ou se substituer au pouvoir de conviction des prédicateurs. Malgré la qualité de leur appareil législatif et administratif, les empereurs romains ne parvinrent cependant jamais à convertir l'ensemble de leurs sujets. Lorsque le dernier d'entre eux fut déposé en 476, l'Occident passa définitivement sous la domination de rois germaniques, dont à cette date aucun n'était catholique. Les politiques civiles de coercition religieuse disparurent et l'on put même douter que le christianisme survive à l'anéantissement de l'Empire.

    Pourtant, trois siècles plus tard, l'Europe ne connaissait plus qu'une seule religion, le christianisme, et dans sa variante catholique, non pas arienne. Pour les contemporains, le phénomène parut mystérieux, car il était paradoxal. Les peuples barbares, vainqueurs de la puissance romaine, avaient accepté de se soumettre à la religion de leurs vaincus De façon plus extraordinaire encore, des évêques isolés et des législateurs d'États embryonnaires étaient parvenus à réaliser ce que Rome n'avait pas même rêvé d'accomplir. Comparer l'ampleur des réalisations à la modestie des moyens ne peut qu'amener à réviser l'idée que le christianisme a été imposé par la force. À moins que notre définition de la contrainte religieuse se révèle imparfaite face aux mentalités de ces siècles obscurs... Dans un âge d'inquiétude, la participation collective à des rituels d'unanimité ou la reconnaissance de signes surnaturels ont pu fléchir les consciences, sans pour autant les violer. De multiples facteurs sociaux, économiques ou culturels et intellectuels se sont superposés, comme autant de formes de pression subtiles qui amenèrent les individus au baptême (l'attitude changeante des monarques barbares envers les juifs fournit aussi quelques intéressants points de comparaison.).

    Étendue dans l'espace à toute l'Europe occidentale sur pas moins de trois siècles, cette enquête rigoureuse et nuancée restitue ainsi le passage de l'Occident au christianisme dans toute sa complexité. En multipliant les angles de vue, elle propose une nouvelle approche du concept de liberté religieuse en un temps où convaincre et contraindre ne constituaient pas nécessairement des démarches opposées. Ce livre fera date.

  • Les choses aujourd'hui banales ne l'ont pas toujours été. De l'alimentation à l'habitat, la vie de nos ancêtres était conditionnée par les excès ou les insuffisances de la nature, et les objets qu'ils utilisaient chaque jour passaient d'une génération à l'autre, sans que nul ne songe à en acquérir de nouveaux. C'est à une vaste réflexion sur le passage de cette société traditionnelle à la société moderne que nous invite ici Daniel Roche.

    Les changements sont perceptibles bien avant la Révolution. Dès le XVIIe siècle, l'exemple des villes et des riches, le développement des échanges commerciaux, la multiplication des innovations et des inventions commencent à bouleverser le rapport que les hommes entretiennent avec les objets. Les exigences et les sensibilités de chacun évoluent. Peu à peu, car " tous nos besoins se tiennent ", les modes de vie vont se transformer: les maisons et leur ameublement, leur chauffage et leur éclairage; les vêtements et la nourriture, sous l'effet de l'accélération des modes et de la montée du goût; ou encore les usages de l'eau, liés à un souci d'hygiène croissant.

    Autant de changements dans la vie matérielle qui sont les prémisses de la société de consommation, et dont les répercussions sont aussi bien sociales que politiques. L'homme entouré d'objets n'est-il pas prisonnier, se demande Rousseau

  • Fondée vers 1725 par des émigrés britanniques fidèles aux stuarts, la maçonnerie n'apparut en public qu'en 1737. la nouvelle société séduisit l'aristocratie, la bourgeoisie et jusqu'aux couches populaires. le pouvoir la toléra. l'ordre recéla en son sein deux courants: l'un rationaliste et philosophique, l'autre mystique et occultiste. il acclama la révolution, puis se divisa. ecole de l'egalité au xviiie siècle, il devint au xixe celle du libéralisme.

    L'auteur: pierre chevallier, professeur émérite à l'université de paris-xii, auteur de l'histoire de la franc-maçonnerie française (1725-1945), a aussi publié en 1979, louis xiii, roi cornélien et en 1981, la séparation de l'eglise et de l'ecole, jules ferry et léon xiii.

  • Le concert de louanges décernées par l'ensemble du monde à notre gastronomie, ajouté à l'intérêt des Français pour les plaisirs de la table, pose un réel problème historique et géographique: quand, comment et où a germé, fleuri et rayonné la haute cuisine à la françaiseoe Pourquoi dans l'Hexagone et non dans les autres pays européens (par exemple l'Italie), alors qu'il existe partout des produits de qualité, des mets de choix et des amateurs éclairésoe Il importe de comprendre le processus séculaire qui _ à la faveur de l'aimable laxisme de l'Eglise en ce domaine et grâce aux modèles proposés par la Cour et la haute aristocratie puis la bourgeoisie _ a permis, depuis la Renaissance, à cette réputation de s'établir.
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    Aujourd'hui, quelque peu endormis sur leurs lauriers, les Français auraient pourtant tort de se croire à jamais les meilleurs. Quelques douzaines de chefs de génie ne sauraient faire oublier ni la banalité et la pauvreté gustative qui menacent bien des tables familiales ni les assauts venus d'outre-Atlantique. Il faut éduquer le goût, inciter le secteur agro-alimentaire à rechercher la qualité et l'authenticité, faire reculer l'uniformité qu'engendre une productivité dévoyée. Que les Français se persuadent à nouveau de manger vrai, et ils guériront peut-être de la maladie de langueur qui les atteint parfois.

    Professeur de géographie à l'université de Paris-Sorbonne, Jean-Robert Pitte s'intéresse particulièrement aux phénomènes culturels dans leurs rapports avec l'espace. Parmi ses ouvrages, on peut citer l'Histoire du paysage français (1983) et Terres de Castanide, Hommes et paysages du châtaigner des origines à nos jours (Fayard, 1986).

  • Chaque société a les vieillards qu'elle mérite: l'histoire antique et médiévale le démontre amplement. Chaque société sécrète un modèle d'homme idéal, et c'est de ce modèle que dépend l'image de la vieillesse, sa dévaluation ou sa mise en valeur. La Grèce classique, tournée vers la beauté et la force, relègue les vieux à une place subalterne. Au Moyen Age, le vieillard joue son rôle tant qu'il peut tenir le goupillon, l'épée, la bêche ou le livre de comptes. La seule limite est l'incapacité physique. En fait, il n'y a pas de troisième âge: il y a la vie et la mort. A partir du XIVe siècle, le poids des vieux s'accroît dans la société et entraîne un regain de critique contre les vieillards. La satire des mariages entre des hommes âgés et des jeunes femmes revient à la mode, comme elle l'était à l'âge de Plaute. Quant à la Renaissance, elle renoue avec les idéaux des Gréco-Romains. Ronsard recommande de cueillir " les roses de la vie ", mais dans le même temps, les vieillards actifs n'ont jamais été aussi nombreux: l'amiral Doria, septuagénaire, lutte contre l'octogénaire Barberousse, Michel Ange atteint 89 ans et Le Titien, 99...

    L'ambiguïté fondamentale de l'attitude envers la vieillesse se retrouve cependant tout au long des siècles, car si le vieillard se plaint de son grand âge, il en tire gloire et cherche à prolonger ses jours. La fontaine de jouvence n'a-t-elle pas toujours été le plus fol espoir de l'homme occidentaloe Né en 1946, agrégé, docteur en Histoire et docteur ès Lettres, Georges Minois est spécialisé dans l'histoire des mentalités religieuses du Moyen Age et de l'Ancien Régime. Il a consacré sa thèse d'Etat à la réforme catholique en Basse-Bretagne. Il enseigne actuellement à Saint-Brieuc.

  • La solitude est un des paradoxes majeurs de notre monde d'hyper-communication : elle fait peur - au point d'être déclarée « grande cause nationale » en France en 2011 - et fascine en même temps, comme en témoigne la recherche d'exploits solitaires, de retraites volontaires hors d'un monde surpeuplé. On la fuit et on la désire à la fois.
    Cette ambivalence prend aujourd'hui une dimension nouvelle : l'opposition entre convivialité et isolement est accrue par le rôle des nouvelles technologies de communication et des réseaux sociaux. Mais ce phénomène n'est que l'aboutissement d'une longue histoire qui débute dans l'Antiquité, où les intellectuels avaient déjà posé les termes de l'alternative : l'homme « animal social » et l'amoureux des charmes bucoliques.
    /> « Il n'est pas bon que l'homme soit seul », dit la Bible, et pourtant le judéo-christianisme exalte la vie solitaire des ermites et des moines ; à l'époque classique, les « solitaires » de Port-Royal et les « promeneurs » rousseauistes s'opposent aux « honnêtes hommes » des salons ; au XIXe siècle, les romantiques exaltent la solitude et fuient les villes ; les « solos » du XXIe siècle vantent les avantages de leur indépendance, tandis que les ravages de la solitude des plus âgés sont dénoncés comme un fléau social.
    Solitude physique et psychologique, solitude subie et volontaire, refuge et malédiction : ce livre retrace in fine l'histoire des ambivalences de la condition humaine.

  • Les religions se sont largement impliquées dans la Grande Guerre. Leurs responsables, qu'ils soient chrétiens, musulmans ou juifs, ont accompagné toutes les dimensions du conflit : de la légitimation de la guerre au soutien à la mobilisation des peuples belligérants, en passant par la charité à l'égard des victimes, voire des appels à la paix. Or, jusqu'à présent, aucun historien n'avait traité ce thème à l'échelle du monde en guerre, un défi que Xavier Boniface a relevé.

    Dans les deux camps en présence, l'auteur observe les évolutions spirituelles des combattants et des civils, ainsi que les attitudes des hiérarchies confessionnelles. Il montre les initiatives religieuses, comme celles du Vatican, en faveur de la paix et du respect des populations. Mais il pointe aussi le rôle parfois ambigu des hommes de foi, prompts à justifier la guerre et ses horreurs. En privilégiant le fait religieux, à travers ses composantes géopolitique, sociale, politique, culturelle et théologique, il décale notre regard sur la Grande Guerre.

  • Le roi est une figure universelle. dans toutes les civilisations, il a donné naissance à de nombreux mythes _ mythes eschatologiques, mythes cosmiques, mythes de renouvellement et d'éternel retour _ et symboles _ celui de la fertilité et de la fécondité, celui de l'unité et de la nation, celui du salut en particulier. remontant à l'origine des temps, il constitue, avec le prêtre, l'une des figures les plus importantes que l'homme a élaborées tant son rôle apparaît essentiel dans l'histoire politique, sociale, économique et militaire.

    Le roi chrétien, le fils du ciel chinois, l'inca, l'empereur romain ou le basileus byzantin, au-delà de la diversité des monarchies qu'ils incarnent, présentent une évidente parenté. qu'il s'agisse de ses insignes _ le trône, la couronne, le sceptre _ ou, plus profondément, de ce qu'il représente pour son peuple, bien des traits fondamentaux définissent le roi, et d'abord sa sacralité. tenant son pouvoir de dieu (ou des dieux) et des hommes, en harmonie avec dieu, dont il reçoit une force spécifique qui lui permet de régner, il est aussi un homme, en qui tous se reconnaissent. il est donc au point de contact du ciel et de la terre, nombril de l'univers, axe cosmique. responsable de son peuple, au point de devoir parfois s'immoler pour lui, il doit assurer son bonheur en le protégeant, en se montrant juste. c'est là sa première tâche. généreux, bon, guérisseur, il doit contrôler la régularité des phénomènes naturels, gages de fertilité et de fécondité _ faute de quoi il n'est plus un vrai roi, mais un usurpateur.

    Jean-paul roux, historien orientaliste, a consacré une large part de son oeuvre à l'étude des peuples turcs et mongols ainsi qu'à l'histoire comparée des religions. on lui doit, outre de nombreux articles, plusieurs livres de synthèse dont la religion des turcs et des mongols, le sang, mythes, symboles et réalités, jésus.

  • A qui tente d'établir un atlas et une chronologie des meurtres politiques, trois évidences s'imposent. Nulle société n'a été continûment à l'abri du meurtre politique sous ses aspects divers. Mais il est des temps historiques où le meurtre connaît une fortune remarquable: le XVIe siècle européen, par exemple; ou encore le XXe, où, sous la forme de la terreur de masse et des mouvements terroristes, il gagne plus ou moins tous les continents. Il est aussi des moments où le meurtre politique régresse et apparaît plutôt comme un moyen exceptionnel de résoudre des conflits de pouvoir. Pourtant, à cette conception qui met à un moment ou à un autre toutes les cités sur le même plan et qui fait du meurtre politique la clé des épisodes tragiques de leur histoire, un pays _ peut-être pas le seul, mais son exemple est le plus éclatant, s'agissant d'un grand pays d'Europe _ fait exception: la Russie.

    L'histoire de ce pays dans lequel Tocqueville, lorsqu'il scrute l'avenir, discerne qu'il est appelé " par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains la moitié du monde " à égalité avec les seuls Etats-Unis, dont il dit que le monde " découvrira tout à la fois la naissance et la grandeur ", est avant tout une histoire continue du meurtre politique. Du moment où se fonde la Russie, au IXe siècle, et où commence sa christianisation, jusqu'à l'apogée prévue par Tocqueville, il n'est guère de génération qui n'y ait assisté, pétrifiée, à l'éternelle liaison entre meurtre et politique. Les temps de répit, dans ce pays, ce sont les guerres et les invasions qui les ont apportés, autres formes de violence et de mort, mais dont l'avantage est qu'agissant de l'extérieur, elles unissent pour un temps pouvoir et société contre l'ennemi porteur de mort.

    Cette longue tradition meurtrière a sans nul doute façonné une conscience collective où l'attente d'un univers politique pacifié tient peu de place, tandis que la violence ou sa crainte y sont profondément ancrées. De ce malheur si profondément ressenti à tous les âges, que les esprits superficiels nomment l'âme russe, l'on peut se demander où est la cause, où est l'effet. Est-ce le meurtre politique trop longtemps utilisé qui a produit une conscience sociale malheureuse et soumise, et, par là, incapable d'imposer, comme ailleurs, un autre cours au politique

  • L'enfer est aussi vieux que le monde, ou plutôt que la conscience du mal. De l'épopée sumérienne de Gilgamesh à Huis-Clos, l'homme n'a cessé d'imaginer ce que peut être ce lieu infernal, en quoi consiste les souffrances qu'on y endure. Héros, poètes, moines visionnaires ont multiplié les descentes aux enfers et en ont ramené des descriptions horribles qui traduisent chacune les fantasmes de leur époque. Lieu de survie sans châtiments, lieu de punition éternelle, lieu abstrait, leur diversité constitue l'un des volets de la longue histoire de l'humanité.La question de l'enfer dépasse de très loin le dogme chrétien puisqu'il est quasi absent de l'enseignement de Jésus. L'enfer chrétien est cependant le plus durable, le plus complet des imaginaires infernaux. C'est sous la pression populaire que l'Église fixe peu à peu sa doctrine officielle. Le Moyen Âge connaît un délire d'inventions macabres, de supplices infernaux dont Dante nous offre la vision la plus illustre. L'enfer populaire apparaît alors souvent comme la satisfaction, dans un rêve collectif, d'un désir de vengeance. Les théologiens du Grand Siècle vont rationnaliser cet enfer avec un rare raffinement. L'enfer devient une arme de dissuasion pour les prédicateurs qui voient en lui la preuve de l'existence d'une justice divine immuable. La fin du XIXe siècle marque l'apogée de l'enfer comme construction intellectuelle. Mais cet enfer, méticuleusement réglé, ne terrorise plus les fidèles depuis longtemps. L'enfer traditionnel, qui sanctionnait l'individu méchant, a disparu. L'enfer se situe désormais sur terre, prenant la couleur de la conscience moderne.

  • La publication de ces textes inédits, dix ans après Magistrats et sorciers dans la France du XVIIe siècle, a relancé le débat sur le véritable rôle des poursuites intentées aux sorcières dans l'ancienne France. Ceux qui y prennent la parole viennent de tous les horizons: juristes, médecins, théologiens. Leurs témoignages reconstituent l'atmosphère polémique du temps autour des grandes et petites affaires qui passionnèrent une partie de l'opinion.
    Au fil de leurs récits, comme le montre Robert Mandrou dans sa présentation, le scepticisme à l'égard de l'intervention de Satan dans les affaires humaines progresse. En fait, les documents rassemblés ici révèlent deux mondes profondément différents. Les possédées citadines, en elles-mêmes source de scandale parce qu'elles appartiennent à la bourgeoisie et à la petite noblesse, comme c'est le cas à Loudun, et les sorcières villageoises, dont les bûchers n'émeuvent guère que leurs proches.
    Ces textes mettent aussi en évidence la volonté du pouvoir politique de ne pas laisser se multiplier les foyers d'infection satanique qui désolaient la plupart des provinces. L'ordonnance de Colbert transformant la sorcellerie en délit d'escroquerie (1682) fut une solution radicale. Comme Malebranche l'écrivait, là où les sorciers ne sont pas poursuivis, il n'y en a pas.

  • S'il est des siècles obscurs dans l'histoire européenne, ce sont bien les ixe et xe siècles. Obscurs certes parce que les sources sont maigres, mais obscurs surtout parce que les historiens les ont réputés tels : négligeant le siècle et demi qui sépare le glorieux règne de Charlemagne du surgissement de la dynastie capétienne, ils n'ont pas tous su voir combien cette période a été importante. Qu'on l'envisage à travers l'évolution du statut des personnes, des techniques ou encore de la monnaie et des échanges, il est en effet évident, à qui sait vraiment lire les textes et faire siennes les découvertes de l'archéologie, que c'est au xe siècle - et non après - qu'il faut situer la première croissance de l'Occident. Dans l'Allemagne occidentale comme dans la France et l'Italie d'aujourd'hui (pays sur lesquels s'étendait jadis à peu près l'Empire carolingien), les phénomènes sont concomitants : mieux exploitée par davantage d'hommes socialement insérés dans une famille de type nouveau, la terre donne de meilleurs rendements, ce qui enclenche le cercle vertueux d'une première croissance. A cette aune, les successions dynastiques, les révolutions de palais et les guerres sont des épiphénomènes sur lesquels on aurait tort de s'attarder trop longuement.


    Multipliant les enquêtes et études de cas précis sur des questions qui passaient pour insolubles en déployant une érudition époustouflante - et toujours passionnante -, Pierre Toubert donne ici un livre pionnier qui sera, n'en doutons pas, le point de départ d'un profond renouvellement historiographique.


  • La fascination exercée par Paris dans toute l'Europe depuis le début du XXe siècle se traduit, dès avant le premier conflit mondial, par l'établissement d'un grand nombre d'artistes dans ce lieu de liberté d'esprit et de création. Grâce à un enseignement de qualité, les Académies de peinture ou de musique, notamment, attirent des Russes, Polonais, Hongrois, Tchèques ou Allemands, futurs fleurons de l'École de Paris, éminents interprètes de l'Opéra et du Conservatoire.Avec les différentes vagues de migration, dont les artistes juifs fuyant les persécutions, se sont constitués dans la Ville lumière des réseaux d'amitié avec des artistes français, filières qui s'actionnent sous l'Occupation et Vichy pour protéger et mettre à l'abri les victimes du régime. Si l'on connaît l'intervention de Sacha Guitry et d'Arletty en faveur de Tristan Bernard, il y en eut beaucoup d'autres, révélées par Limore Yagil.À la croisée de l'histoire culturelle et de l'histoire politique, l'auteur remonte aux origines de ces réseaux de solidarité, retraçant toute une géographie de l'entre-aide, et interroge la signification qu'il convient de donner à ces différents actes de désobéissance civile.Docteur ès lettres en histoire du XXe siècle de l'Institut d'études politiques de Paris, Limore Yagil est chercheur associée à l'université Paris IV-Sorbonne. Spécialiste de l'histoire politique et culturelle de la France sous l'Occupation, elle a notamment publié L'Homme nouveau et la Révolution nationale de Vichy (Septentrion, 1997) et une trilogie, La France, terre de refuge et de désobéissance civile 1944) (Le Cerf, 2010-2011). 

  • Entre l'affaire Calas et l'affaire du Collier de la reine, d'innombrables affaires ont marqué la fin de l'Ancien Régime. affaires d'escroquerie, querelles de ménage, abus sexuels, autant de drames privés dont les protagonistes sont alors au centre de procès retentissants. A partir de 1770, toute une génération d'avocats ambitieux vont en effet transformer le tribunal en scène de théâtre et peu à peu contribuer à la naissance de l'opinion publique.

    Ce sont ces " causes célèbres " que raconte ce livre, en montrant le rôle des avocats et le succès populaire croissant des mémoires qu'ils rédigent pour défendre leurs clients. Prenant le relais des philosophes, ils y soulèvent sur un ton de plus en plus personnel les grandes questions qui agitent la société et dénoncent explicitement la tyrannie de l'administration, la morgue des aristocrates, le pouvoir arbitraire. Procès après procès, les histoires intimes ou " particulières " alimentent une vaste littérature judiciaire dont le sens politique devient évident: un cas d'adultère est assimilé à la rupture du contrat social, la défense d'une servante est prétexte à la mise en accusation du système judiciaire, la révolte d'un village, à la suite des abus du seigneur, devient le symbole de la nation tout entière. Ainsi se répand l'idée d'un " tribunal de la nation " que les avocats veulent ériger en juge suprême de leurs causes.

    Sarah Maza, spécialiste de l'histoire culturelle des Lumières, est professeur d'histoire à la Northwestern University. Elle est l'auteur de Servants and Masters in Eighteenth-Century France.

  • Pourquoi le filleul porte-t-il le prénom de son parrainoe Pourquoi ne peut-on refuser un parrainageoe Qui choisit-on comme parrain de ses enfantsoe Les liens qui unissent aujourd'hui les parrains et leurs filleuls n'ont plus grand-chose à voir avec la parenté spirituelle telle qu'elle a été modelée au fil des siècles par la doctrine chrétienne mais aussi par la coutume. Longtemps, le baptême a été assimilé à une autre naissance: la cérémonie _ à laquelle la mère ne participait pas _ scellait le destin du nouveau-né puisqu'elle lui ouvrait la vie éternelle en effaçant la souillure du péché originel. Tels des parents en second, parrains et marraines étaient censés transmettre à l'enfant une partie de leur personnalité. Ils lui offraient des cadeaux rituels, l'aidaient à devenir un homme ou une femme accomplis et le conduisaient jusqu'au mariage. A ces devoirs répondaient ceux du filleul, l'un et l'autre étant liés jusque dans l'au-delà.

    Les relations de compérage, qui unissaient les parents au parrain, ont disparu dans la plus grande partie de l'Europe avec la coutume de choisir parrains et marraines dans la parenté proche, mais elles restent vivantes dans les Balkans, en Italie méridionale et en Corse. Comparables à des fraternités rituelles, elles étaient l'occasion d'élargir les solidarités familiales en nouant de nouvelles alliances. Alliances d'autant plus indestructibles que la culture chrétienne a toujours considéré la parenté spirituelle comme supérieure à la parenté naturelle. Dès lors, enfreindre les règles de cette parenté, en particulier l'interdit de relations sexuelles entre compère et commère, revenait à s'élever contre le parrain du Christ, Jean-Baptiste: commettre " l'inceste spirituel " ne pouvait qu'attirer la colère du Ciel, comme l'illustrent d'innombrables contes et légendes.

    En mettant en évidence le sens des gestes, des rites et des croyances liés au parrainage, ce livre montre aussi comment l'Europe chrétienne a façonné la représentation traditionnelle de la parenté naturelle.

    Agnès Fine est professeur à l'Université de Toulouse-le-Mirail et chercheur au Centre d'anthropologie des sociétés rurales (CNRS/EHESS) de Toulouse.

  • De 1877 à 1940, opportunisme, radicalisme et socialisme dominèrent tour à tour l'ordre. animé par la volonté de laïciser l'etat et la société, il salua comme une victoire la séparation de l'eglise et de l'etat. il ne put obtenir la fin de l'enseignement libre par la création d'une école unique d'etat. très attaqué par ses différents adversaires, les affaires stavisky et prince (1933-1934) leur permirent une offensive en règle. la défaite de 1940 se traduisit par la proscription de l'ordre par vichy. la libération en 1945 vit la renaissance, en plusieurs obédiences du phénix maçonnique. pereat ut vivat. (qu'il périsse pour qu'il revive.) l'auteur: pierre chevallier, professeur émérite à l'université de paris-xii, auteur de l'histoire de la franc-maçonnerie française (1725-1945), a aussi publié en 1979, louis xiii, roi cornélien et en 1981, la séparation de l'eglise et de l'ecole, jules ferry et léon xiii.

  • " Ci-gît Robert Guiscard, terreur du monde ": le début de l'épitaphe du conquérant normand de l'Italie du Sud exprime parfaitement le souvenir qu'en avaient gardé ses contemporains. Habile, rusé (c'est ce que veut dire guiscard), Robert était tout aussi redouté pour sa vaillance guerrière. Ces mots préfigurent également les nombreuses épopées et chansons de geste auxquelles la vie de ce fils d'un petit seigneur du Cotentin, devenu duc de Pouille, de Calabre et de Sicile, a servi de support. Et ses exploits rappellent ceux d'un autre Normand _ mais Guillaume disposait, lui, des ressources de tout un duché... _, conquérant de l'Angleterre.

    Avoir fait trembler le pape avant d'en devenir le protecteur, puis reculer l'empereur d'Occident, Henri IV, et l'empereur d'Orient, Alexis Ier Comnène; avoir mis fin à l'occupation de la Sicile et de l'Italie du Sud par les Comnène; avoir mis fin à l'occupation de la Sicile et de l'Italie du Sud par les Bysantins et les Sarrasins, et bâti une puissance territoriale sur le flanc méridoional de la chrétienté latine, voilà bien de quoi laisser une trace durable dans la mémoire des hommes. Deux siècles plus tard, Dante plaçait d'ailleurs Robert au côté de Josué, de Charlemagne et de Godefroi de Bouillon dans le cinquième ciel de son Paradis...

    Confrontant minutieusement les données objectives transmises par les archives avec les images légendaires ou idéalisées véhiculées par les textes littéraires, Huguette Taviani-Carozzi restitue dans toute sa grandeur la figure de l'un des acteurs majeurs du Moyen Age occidental.

    Huguette Taviani-Carozzi, professeur d'histoire médiévale à l'université de Provence (Aix-Marseille I) est spécialiste du monde méditerranéen dans le haut Moyen Age.

  • La monarchie a toujours été victime d'embarras financiers chroniques qui ont fini par la terrasser. Pourtant, comment expliquer sa remarquable résistance et sa capacité étonnante à différer l'inéluctable issue, alors que tant d'autres régimes moins décriés _ et de constitution apparemment plus robuste _ ont succombé pour bien moinsoe L'analyse du système fisco-financier de la vieille France à laquelle se livre Daniel Dessert et l'étude minutieuse du monde de l'argent apportent un éclairage nouveau sur ce problème. A partir de l'utilisation monétaire du métal précieux, de ses cheminements fiscaux et économiques, l'auteur propose une explication globale de l'Ancien Régime qui en renouvelle l'approche.

    La descente dans l'univers de la maltôte découvre le monde des véritables protagonistes du jeu de l'argent, et révise bon nombre d'idées reçues sur leur identité. Les liens entre le Pouvoir et la Finance sont présentés sans fard, en particulier dans leur dimension sociale et politique. Ainsi, l'auteur propose une relecture radicale de l'oeuvre d'un Fouquet ou d'un Colbert. Mais, au-delà de l'histoire du Grand Siècle, cette étude de la fascination qu'exerce le métal précieux sur le royaume met en évidence des comportements spécifiques aux Français d'hier comme d'aujourd'hui et qui n'en finissent pas de nous interpeller.

    Daniel DESSERT: agrégé d'histoire, docteur ès-lettres, est professeur d'histoire à l'Ecole navale.

  • Ce qui change le moins chez l'homme, ce sont les questions qu'il se pose sur lui-même. A toutes les époques, sous toutes les latitudes, dans toutes les sociétés, il a éprouvé les mêmes angoisses, nourri les mêmes doutes, formulé les mêmes interrogations sur son identité, sur le sens de sa vie, de la douleur et de la mort, sur les meilleurs moyens d'être, d'avoir, de durer, de transmettre.

    A certaines époques, il a trouvé à ces questions des réponses naturelles, cohérentes, rassurantes. Puis le doute s'est réinstallé, les certitudes ont vacillé, les interrogations ont resurgi, des convictions se sont opposées, des ordres se sont dissous.
    Ainsi en est-il de la propriété. De tout temps, on s'est demandé quelle était la meilleure façon de l'organiser, la plus juste, la plus libre. On a cru parfois le savoir. D'aucuns ont soutenu que l'homme évoluait, au rythme d'un progrès irréversible, de la propriété communautaire à la propriété individuelle. D'autres ont affirmé que l'évolution et les luttes allaient exactement en sens contraire. D'autres enfin ont rêvé d'une société sans propriété, ni privée, ni collective.

    Il m'a semblé découvrir qu'il y avait, derrière chacune des conceptions de la propriété qui se sont succédé et entrechoquées depuis des millénaires, comme un signal toujours présent, comme une obsession incontournable que je résumerai ainsi: ce que cache la propriété, c'est la peur de la mort.

    J.A.

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