Gallimard

  • La droite et la gauche : histoire et destin Nouv.

    Le clivage droite-gauche est une de ces créations françaises qui ont fait le tour du monde. Il est le produit d'une histoire marquée depuis la Révolution française par une conflictualité aussi intense que complexe. Mais le parcours qui a conduit à la mise en place de cette division canonique des opinions et des identités politiques est loin d'être linéaire. En reconstituer les étapes, comme le fait Marcel Gauchet, est l'occasion de revisiter d'un oeil neuf la singularité de notre histoire politique, en même temps que d'éclairer la signifi cation de ce couple devenu peu à peu constitutif de la vie démocratique. La grande question d'aujourd'hui étant de savoir s'il conserve sa raison d'être au milieu des bouleversements que connaissent nos sociétés, ou s'il appartient à une époque en train de se clore.

  • La question trans

    Claude Habib

    Le phénomène « trans » est en expansion. En nombre croissant, des enfants et des adolescents expriment ce qui était naguère inexprimable, inaudible, insensé : la conviction d'être nés dans le mauvais corps. À la surprise des praticiens, les filles sont à présent majoritaires dans la demande de transition.
    Ce sont les tenants et aboutissants de ce phénomène émergent qu'interroge Claude Habib. Elle ne prétend pas en donner une interprétation, elle s'efforce d'en circonscrire le mystère, en examinant, sans polémique ni complaisance, les innombrables questions, tant théoriques que pratiques, qu'il soulève. Comment l'identité de genre est-elle devenue une affaire de choix personnel ? À quelle source rapporter le projet de se recréer qui supplante, chez beaucoup de jeunes, l'acceptation du donné ? Pourquoi la difficulté de supporter la condition sexuée, autrefois invisible, surgit-elle au grand jour ? Peut-on reconnaître à des enfants la capacité de juger de leur futur destin social ? Faut-il autoriser la participation des transgenres aux compétitions sportives féminines ?
    Une question et des questions qui n'ont pas fini de nourrir le débat public et d'alimenter la réflexion.

  • La Corse reste illisible aux Français.
    La violence s'y est calmée, la revendication indépendantiste y a baissé d'un ton, mais sa vie politique paraît toujours instable, son rapport à l'État chaotique, et son identité française indécise.
    Il y a, pour les Français, un problème corse. Comment le comprendre ? Charles-Henri Filippi, Jacobin de formation et Corse dans l'âme, propose de renverser la perspective : et si le problème corse était en réalité le contrecoup et, par là même, un révélateur des problèmes qui se posent au pays tout entier dans le contexte mondial actuel ? N'est-ce pas d'abord sur la France, et sur les altérations de son projet citoyen, qu'il faut s'interroger pour traiter avec pertinence la question corse ?
    /> La mise en perspective d'une histoire mal connue, à bien des égards douloureuse, mais aussi longtemps épanouie dans l'élan républicain, donne chair à cette hypothèse. Elle permet aussi d'envisager d'un oeil plus serein les voies de sortie d'un dialogue de sourds alimenté par la méconnaissance mutuelle.

  • La Grande Migration est, pour l'auteur, la phase culminante d'un transfert de population vers l'Europe commencé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et qui s'est développé en plusieurs vagues.
    La dernière, la plus importante et la plus dramatique, s'est accélérée à partir de 2015, dans le cadre sanglant du terrorisme islamique et des conflits politiques, religieux et économiques qui déchirent l'Afrique du Nord (Libye, Égypte, Algérie) et subsaharienne ainsi que l' Irak, la Syrie, l'Afghanistan et le Pakistan. Des masses de malheureux se sont mises en marche.
    Raffaele Simone entend porter un regard analytique et sans concession sur toutes les conséquences de cette migration vers l'Europe. Un phénomène sans précédent qu' il faut regarder en face sans y être, par principe, ni hostile ni favorable.

  • D'où vient la crise qui paralyse lentement mais sûrement les démocraties et qui provoque en retour les sursauts populistes ? Sur la base d'études approfondies de l'opinion, Chloé Morin dégage les principaux facteurs qui ont créé cette situation. Les règles du jeu politique ont changé sans que son personnel s'en soit avisé. La défiance des citoyens envers les pouvoirs s'est installée sans que ses sources soient véritablement saisies et combattues.
    Le « séparatisme » fait des ravages, mais il n'est pas seulement là où l'on croit. Il est aussi le séparatisme des élites par rapport aux peuples, ou encore le fait des tribus dont le numérique encourage la fermeture sur elles-mêmes.
    Tels sont les vrais périls qu'affronte aujourd'hui la démocratie et qui soulèvent les passions populistes. Au lieu de dénoncer celles-ci comme une menace, soutient Chloé Morin, il faut savoir y lire un rappel de nos régimes à leur inspiration d'origine.

  • La métropolisation est une tendance lourde de nos sociétés. Né aux États-Unis, ce phénomène de concentration de la production de richesses dans de très grandes agglomérations a gagné la France au cours des dernières décennies et l'a profondément transformée. Pierre Vermeren retrace les étapes de cette nouvelle organisation du territoire autour de ses principaux pôles urbains.
    Mais l'objet de son livre est surtout d'alerter sur les retombées négatives de cette évolution. Elle a conduit à une éviction des classes moyennes et populaires des métropoles, renvoyées dans une « France périphérique » appauvrie. La crise des Gilets jaunes a mis en lumière les dommages démocratiques de cette partition sociale et territoriale. Encore faut-il leur ajouter les dégâts écologiques causés par le béton-roi, la démultiplication des infrastructures nécessaires à l'approvisionnement et au fonctionnement des métropoles et l'usage massif de l'automobile imposé à leur périphérie.
    Le bilan sans complaisance de ces effets délétères de toute nature mène à une conclusion sans ambages : la métropolisation est une impasse. Il n'est que temps de remettre en chantier une vision plus équilibrée de l'aménagement du territoire.

  • Yadh Ben Achour envisage dans ce livre le «défi démocratique» qu'ont aujourd'hui à relever les sociétés musulmanes. Un défi d'autant plus crucial à ses yeux qu'il est un fervent défenseur de l'universalité démocratique. Il se montre très critique à l'égard des faux-semblants de la prétendue «démocratie islamique» et en appelle contre elle à la longue tradition de l'islam libéral, dont il fait remonter les racines aux penseurs classiques de l'islam, Averroès en tête. L'obstacle principal à la démocratisation dans les sociétés musulmanes actuelles, montre-t-il, est constitué par un phénomène plus social que religieux, «l'orthodoxie de masse». Ce qui ne l'empêche pas de déboucher sur une conclusion optimiste : une révolution intérieure est en cours, par laquelle s'opère une lente appropriation des valeurs démocratiques au sein du peuple des croyants.

  • Retail apocalypse. Cette expression désigne la vague de fermetures d'un grand nombre de magasins aux États-Unis depuis une dizaine d'années. En France, le mouvement n'a pas la même ampleur mais l'essor du e-commerce concurrence les ventes « physiques » et contribue à faire progresser la vacance commerciale en centre-ville et dans certaines galeries marchandes.
    Pour autant, l'avenir des marchés, des boutiques, des centres commerciaux, des friperies, des brocantes, des grands magasins ou des librairies n'est pas scellé. En dépit de la digitalisation des courses, de la remise en cause de la distribution de masse et de l'apparition de nouvelles normes de consommation, le magasin demeure un lieu d'approvisionnement central.
    Il est également un lieu social et assume d'autres fonctions capables de garantir son existence. Á travers une vingtaine de chapitres exposant les résultats d'enquêtes sociologiques, cet ouvrage propose une contribution originale au débat en mettant en évidence les fonctions symboliques et l'utilité sociale du magasin. Que fait-il à l'individu ? Que vient-il y chercher que les plateformes ne peuvent lui assurer ?
    Les différents cas traités montrent à la fois l'importance des commerces dans la vie quotidienne des individus et leur capacité à être un espace où se jouent la construction identitaire et le besoin d'appartenance.
    Ni complainte du progrès, ni tract poujadiste de défense des petits commerçants, cet ouvrage examine les raisons qui poussent chaque individu à consacrer en moyenne deux heures quarante par semaine aux achats hors de son domicile.

  • C'est de l'intérieur que François Cornut-Gentille, député de la Haute-Marne depuis plus de vingt ans, a vécu ce qu'il appelle « la mystérieuse disparition de la force de gouverner ». Il dresse un tableau saisissant de cette impuissance croissante des gouvernements successifs à répondre efficacement aux problèmes du pays, avec les conséquences politiques qui s'ensuivent. La raison fondamentale en est l'impossibilité de s'appuyer sur des diagnostics pertinents et approfondis, montre-t-il. Qu'il s'agisse de l'état réel du système éducatif ou du système sanitaire, de la situation des prisons, des réalités de l'immigration, l'État est aveugle. Il multiplie les gesticulations sous forme de lois d'annonce sans prise sur les questions qu'il prétend traiter. La conclusion s'impose, aux yeux du praticien aguerri de la démocratie qu'est François CornutGentille : l'organisation institutionnelle actuelle ne permet pas de sortir de cette impasse. Il faut concevoir de nouvelles institutions pour y remédier. Il propose dans cet esprit l'établissement d'une assemblée qui serait chargée exclusivement de cette fonction de diagnostic, à charge pour le Parlement et l'exécutif de définir et de mettre en oeuvre les solutions. À l'heure d'une élection présidentielle qui s'annonce particulièrement chargée d'incertitudes, voici une contribution éclairée et constructive au débat public.

  • Le Débat a 40 ans ! Comme à chacun de ses anniversaires décennaux, en 1990, en 2000, en 2010, la revue propose un numéro spécial consacré au bilan en profondeur du chemin parcouru, que ce soit sur le plan des idées ou sur le plan des transformations du monde et des sociétés. Car ce qui avait motivé la création de la revue en 1980, le sentiment d'un changement d'époque qui nécessitait l'élaboration de nouveaux instruments intellectuels pour l'appréhender, n'a cessé de se confirmer depuis lors. Ces quarante dernières années, on le mesure de mieux en mieux avec le recul, ont même été celles d'un basculement historique d'une ampleur tout à fait exceptionnelle, avec la mondialisation économique et financière pour commencer, mais aussi un renouvellement complet du paysage international, entre la disparition du bloc soviétique et l'ascension de la Chine, le surgissement avec les technologies numériques d'une troisième révolution industrielle ou la mise en place d'une société rebâtie autour de l'individu. Au moment où la crise sanitaire du Covid-19 provoque un nouveau bouleversement d'ampleur mondiale, la nécessité de faire le point s'impose plus que jamais.
    C'est l'ensemble de ces évolutions et de ces ruptures que ce numéro s'emploie à jauger. Il multiplie pour ce faire des éclairages synthétiques et incisifs dus aux meilleurs connaisseurs, en les accompagnant de retours sur les débats auxquels ces différents événements et phénomènes ont donné lieu. Ainsi fournit-il à la fois une mémoire de ce que fut ce moment d'histoire et une boussole pour s'orienter dans l'actualité. Les auteurs : Pierre Beckouche, Pascal Bruckner, Hélène Carrère d'Encausse, Michel Crépu, Philippe Delmas, Bénédicte Delorme-Montini, CharlesHenri Filippi, Claude Frochaux, Marcel Gauchet, Adrien Goetz, Mara Goyet, Ran Halévi, Nathalie Heinich, Philippe d'Iribarne, Jean-Noël Jeanneney, Philippe Joutard, Jacques Julliard, Ivan Krastev, Zaki Laïdi, Jacques Mistral, Pierre Nora, Pascal Ory, Krzysztof Pomian, Alain Rey, Gabriel Robin, Nicolas Vanbremeersch, Pierre Vermeren, Michel Winock.

  • L'identité n'est ni une notion molle, signifiant tout et n'importe quoi ni, à l'opposé, une réalité substantielle qu'il suffirait d'observer. S'appuyant sur la compilation de nombreux travaux produits dans différents domaines (anthropologie, sociologie, psychologie sociale, psychanalyse, histoire), cet ouvrage de synthèse montre qu'il s'agit d'une expérience à la fois importante et dûment structurée, ainsi que d'une notion parfaitement utilisable. Mais il faut pour cela s'abstenir de réduire la question de l'identité à un camp politique, ou à la seule dimension de l'identité nationale, ou encore à une conception essentialiste et unidimensionnelle : ce pourquoi la meilleure façon de comprendre l'identité est d'en passer par ce qu'elle n'est pas. Au terme d'une telle analyse, la notion d'identité apparaît comme non seulement compréhensible mais utile, en tant qu'elle permet de mettre en évidence les conditions d'une cohérence de soi dans les différents régimes d'existence, du plus individuel au plus collectif.
    144 pages, sous couverture illustrée, 118 x 185 mm

  • Ce livre est d'abord une réflexion sur la singularité française.
    Il interroge la spécificité des voies que le processus général de sortie de la religion a empruntées dans l'histoire de ce pays, spécificité que concentre le terme de laïcité. Il replace sa consécration par l'Etat républicain dans une perspective de longue durée. Nous sommes à une étape nouvelle de ce parcours, s'efforce-t-il ensuite d'établir. La sortie de la religion se poursuit. C'est paradoxalement ce recul continué qui ébranle l'idée de la politique qui s'était forgée pour répondre à son défi.
    Ce n'est pas le retour, mais l'éclipse du religieux qui oblige la République à se redéfinir et à reconsidérer la place des croyances en son sein. Une redéfinition qui représente une rupture profonde pour la tradition française, tant la confrontation de l'Eglise catholique et de l'Etat y a été formatrice. Ce tournant dans les rapports entre religions et politique, s'emploie enfin à montrer Marcel Gauchet, nous introduit au coeur des transformations de la démocratie.
    Il offre un observatoire privilégié pour en saisir le principe et pour en dégager les principaux caractères. Il permet aussi d'éclairer les difficultés qui l'affectent et ses avenirs possibles. Que peut vouloir dire le gouvernement des hommes par eux-mêmes quand ils sont pour de bon émancipés de l'emprise des dieux ?

  • Quarante ans après ses débuts, la nouvelle expérience libérale demeure une énigme. Le débat, circonscrit entre ses partisans et ses détracteurs qui y voient les uns et les autres la manifestation d'un retour aux sources du capitalisme, les premiers sous la forme du rétablissement providentiel de la concurrence de marché, les seconds comme une offensive pour rétablir l'exploitation de l'homme au travail, laisse en suspens sa genèse et sa nature. Jean-Luc Gréau s'efforce de retracer sa genèse, de définir sa nature et d'évaluer ses conséquences.
    Il retrace en premier lieu une double prise de pouvoir par les financiers et par les juges. Les financiers, qui sont parvenus à subordonner les entreprises et les États à leurs objectifs de création de valeur.
    Les juges, qui se sont arrogé un pouvoir de censurer les législateurs démocratiques. L'expérience néolibérale est ainsi celle d'une double dépossession des entreprises et des États.
    Il insiste sur le fait que mondialisation et financiarisation vont de pair.
    La création de valeur pour l'actionnaire se révèle à l'usage comme la raison d'être de la mondialisation, présentée frauduleusement comme la manifestation d'une concurrence plus pure.
    L'auteur met au jour dans un deuxième temps la révolution bancaire accomplie durant ces quarante dernières années, sous ses deux aspects, la déresponsabilisation des banques commerciales qui ont rompu avec leur devoir d'évaluation des risques liés à leurs prêts et la privatisation, non avouée, des banques centrales.
    Il fait le lien entre cette expérience et l'ébranlement social et politique qui atteint, comme un boomerang, les pays les plus développés et les plus anciennement acquis à la démocratie, dont les élites ont voulu et orchestré les transformations néolibérales.
    Il incrimine, en dernière analyse, le reniement de l'Occident qui est au tréfonds caché de l'expérience. L'Europe institutionnelle se construit à partir d'un déni de son Histoire depuis les débuts des Temps modernes.
    L'Angleterre et les États-Unis, berceaux du capitalisme, ont rompu avec les responsabilités et les contraintes de la propriété qui avaient formé le socle de leur réussite économique.
    Il appelle enfin au changement de cap requis par la sauvegarde des peuples, des États et de l'écosystème, changement qui ne se fera pas sans une rupture assumée avec les orientations néolibérales.

  • À rebours d'une focalisation extrême sur la personnalité de Donald Trump et à l'heure où les Américains sont appelés à choisir un nouveau président, Didier Combeau nous invite à revenir aux fondamentaux, à soulever le voile des anathèmes, pour comprendre les origines des fractures qui divisent si profondément le pays. L'auteur se concentre sur sept sujets qui constituent le fond des joutes électorales. L'immigration, qui est au coeur même de l'aventure nationale. L'émergence des identités politiques non conformes à la norme blanche hétérosexuelle. L'égalité inscrite dans la Constitution, mais si difficile à mettre en oeuvre dans le pays de la liberté. La violence, en tant que fléau spécifiquement américain. La relation si ambiguë des Américains avec la nature, entre le culte de la wilderness et le rêve de la domination de l'homme sur son environnement. L'évolution des institutions, initialement conçue comme un rempart contre la tyrannie et qui consacrent aujourd'hui une hyperprésidence. La confusion du système électoral qui frappe la représentation d'incertitude. Le fil rouge qui relie ces thèmes de fond est la question de l'identité américaine, en jeu dans ces prochaines élections. Cette identité est liée à l'équilibre toujours difficile des pouvoirs, quand la Constitution, d'une robustesse jusqu'ici inégalée, se fait, depuis quelques années, le foyer de radicalités inquiétantes. L'avenir des Etats-Unis nous concerne tous. Il va se jouer dans les prochaines élections, dont Didier Combeau remet la compréhension dans la longue durée

  • Que faire quand une foule de migrants se risque sur la Méditerranée? Quand un pays de la zone euro menace de faire faillite et d'entraîner tout l'édifice à sa suite? Et que faire quand un grand État membre claque la porte alors que notre protecteur américain nous qualifie d'ennemi?

    Sous le choc des crises, l'Europe se doit d'agir. Conçue comme une fabrique de règles, elle est mal préparée pour faire face à l'adversité, aux dangers, à l'imprévu. Mais parfois, on n'a pas le choix. Dans les situations d'urgence, les dirigeants européens ont donc dû improviser, braver ensemble l'avenir et l'inconnu.
    Quand l'Europe improvise raconte l'émergence d'une scène politique à partir de l'ovni bruxellois. Protagonistes et visions d'avenir s'y affrontent, de tragiques dilemmes s'y creusent. Devant cette agitation, le public défiant se fait de plus en plus entendre, avec raison : l'enjeu n'est plus le prix du blé ou les quotas de poisson, mais la solidarité, la guerre et la paix, l'identité et la souveraineté.

    Pour décrypter ce nouveau théâtre, Luuk van Middelaar nous propose deux clés. D'une part, narrer les événements tels qu'ils sont vécus de l'intérieur : les crises révèlent qui décide. D'autre part, se libérer des tabous afin d'aligner les mots sur les forces en présence : l'Union européenne exerce du pouvoir, elle doit donc définir ses intérêts, sa frontière ; et puisqu'elle gouverne, il lui faut accorder une place à l'opposition - gage de notre liberté.

  • Jean-Pierre Cabestan, sinologue français qui enseigne à Hong-Kong propose ici une réflexion sur l'évolution politique de la Chine. Il démolit méthodiquement la thèse communément admise selon laquelle le développement économique et l'enrichissement d'une classe moyenne vont finir par entraîner la libéralisation du régime et une évolution plus ou moins douce ou plus ou moins violente vers la démocratie. Il explique, de manière très claire et très forte, les raisons qui rendent infiniment plus probable le maintien d'un monopole autoritaire du Parti communiste, la principale étant le large consensus des élites autour de ce programme.
    Cette thèse à contre-courant, argumentée par un spécialiste de premier ordre, sur une des questions majeures pour l'avenir du monde, devrait normalement retenir l'attention et toucher une large audience.

  • La crise française (suite) : Dominique Labbé - Dominique Andolfatto, Crise des retraites: un contre-modèle socialPhilippe Genestier, Redistribuer avant même de produire? Le mythe d'un gisement inépuisable de richessesSébastien Hua, Le désarroi réprimé des élitesRobert Holcman, Le paradoxe hospitalier français. Trop d'hôpitaux tuent l'hôpitalTroubles dans la mondialisation (suite) : Richard Labévière, La mondialisation, c'est la mer. La France face à la nouvelle géopolitique des océansPierre Bellanger, Trois empires et un gardemangerTodd Gitlin, Le salut par le pécheur. Comprendre la base de TrumpApprendre à lire et à écrire aujourd'hui : Kyrill Nikitine, Apprendre à écrire à l'âge numériqueSarah Goutagny, Ce qu'écrire veut dire. Sur les origines culturelles des inégalités scolairesLaurent Ségalant, Petit bilan pour une longue carrière de maître d'écoleLa gauche face à l'avenir : Benjamin Vendrand-Maillet, La gauche face à la nouvelle générationNicolas Leron, La gauche à l'épreuve de l'Europe. La voie de la double démocratie européenneChloé Ridel, Pour une démocratie de la techniqueDavid Djaïz, Capitalisme, démocratie, soutenabilité: l'impossible équation?Dan Aleph, Savoir, vouloir, pouvoir... dans l'anthropocèneAlexandre Escudier, Pour un «républicanisme soutenable». Sortir du cycle néolibéralSophie Pornschlegel, Les dilemmes de la social-démocratie allemande. Entre néo-conservatisme et rétro-socialismeAnna Gromada, Pourquoi la gauche est-elle faible en Pologne?

  • L'islam est devenu une religion française. Parce que c'est la première religion pratiquée de France. Parce que les musulmans de France sont français pour les trois quarts d'entre eux. Parce que la France peut être une terre fertile pour le renouveau théologique et intellectuel dont l'islam a tant besoin. La religion musulmane enfin est un problème français parce que c'est au nom d'Allah que le terrorisme frappe la France ou que certains tentent d'imposer une vision du monde alternative au projet républicain.
    Le livre d'Hakim El Karoui explore les pratiques, les croyances et les comportements des musulmans de France, grâce à l'exploitation minutieuse de la grande enquête réalisée en 2016 par l'Institut Montaigne. Il décortique la stratégie de diffusion de l'islamisme et les ressorts de son succès. Il analyse enfin les mécanismes qui conduisent petit à petit intellectuels et commentateurs à tomber dans les pièges des islamistes : réduire l'islam à l'islamisme pour encore et toujours imposer une seule et unique vision de l'islam.
    Il y a pourtant une voie, explorée dans ce livre, qui doit permettre à l'islam de trouver sa place sereinement dans la République grâce à une nouvelle génération qui émerge peu à peu, fruit de l'assimilation à la française, ici réhabilitée. C'est cette nouvelle génération qui doit mener la contre-insurrection culturelle dont l'islam a besoin, en France bien sûr, mais aussi dans le monde musulman.

  • La vulgarité est omniprésente aujourd'hui. Elle s'exprime dans les manières, le langage, l'accoutrement, les arts ; on la rencontre dans la foule comme dans les élites, et jusqu'au sommet de l'État ; elle prolifère dans la publicité, les médias, sur Internet et les réseaux sociaux. Qui plus est, elle s'affiche sans vergogne, elle est assumée, souvent agressive même.
    Cependant, malgré son essor et son aggravation, malgré les désagréments qu'elle engendre, la vulgarité n'a jamais fait l'objet d'un examen systématique. Ce livre entreprend de réparer cet oubli.
    Pour saisir au mieux son sens, l'ouvrage enquête sur les critiques très vives que la vulgarité suscite depuis deux siècles et les remèdes qui furent mis en oeuvre, en vain, pour la prévenir. Il part à la recherche d'un nouvel antidote en remontant aux sources qui la rendent possible et autorisent, voire encouragent son déploiement.
    La vulgarité est le fruit d'une modernité intempérante et sa propagation reflète les errements de la postmodernité. L'examen des principes fondateurs de l'Occident contemporain met au jour les ressorts profonds du phénomène et suggère la voie à suivre pour nous prémunir contre lui.
    Au-delà de la vulgarité, il s'agit de relever la tête face à la radicalisation de la modernité, qui dévoie le projet d'émancipation qu'elle porte et contrarie l'épanouissement de notre humanité.

  • Notre conjoncture historique ramène au devant de la scène une série de questions sur ce que fut l'expérience politique du XXe siècle. L'anniversaire de la révolution d'octobre 1917 fournit l'occasion naturelle de les examiner. Cet essai s'efforce d'y apporter des réponses précises.
    Qu'est-ce que le populisme ? Une idéologie de synthèse qui permet à la droite de trouver le chemin des classes populaires en adoptant un style de gauche.
    Qu'est-ce que la radicalité ? Une mythologie qui rapproche les extrêmes dans un rejet commun de la réforme et du compromis et facilite, le cas échéant, la circulation de l'un à l'autre.
    Dans certaines conditions de température et de pression politiques, la radicalité de gauche ou la radicalité populiste peuvent accéder au pouvoir. Elles en font alors un usage qui satisfera, en proportions variées, le goût de l'absolu qui anime les radicaux et la servitude volontaire qui anime les populistes. Cela donne ce qui mérite le nom de « catastrophe ».

  • Le renom de Pierre Bourdieu s'étend aujourd'hui bien au-delà de la sociologie, au-delà de l'Université, au-delà du public cultivé, au-delà de la France. Que s'est-il donc passé pour qu'un universitaire, fils de petits employés béarnais « monté » à Paris pour faire l'École normale supérieure, devienne, le temps d'une génération, ce phénomène international : « Bourdieu » ?
    Ni hagiographie à l'usage des bourdieusiens, ni pamphlet à l'usage des anti-bourdieusiens, ni analyse épistémologique à l'usage des spécialistes, ni essai de vulgarisation à l'usage de profanes, ce portrait intellectuel brossé par une ex-disciple qui a pris, depuis, ses distances, est une tentative pour comprendre, avec les outils de la sociologie et à travers le témoignage en première personne, les raisons d'un tel succès.

  • Dieu est mort, le Roi est mort, le Peuple est mort, le Prolétariat est mort...
    Nous les avons tués. Nous nous sommes libérés de la servitude volontaire que nous nous étions toujours imposée à l'égard de ces divinités avides. Mais nous nous retrouvons seuls avec nous-mêmes. Plus personne ne nous sauvera. Plus personne ne nous protégera de notre folie constitutrice. C'est la racine de cette folie que l'ouvrage s'attache à dégager. Elle réside dans les vertigineuses formes unaires qui nous permettent de parler et de penser, de dire je ou de nous situer dans l'espace et dans le temps.
    Les Dieux et leurs succédanés prenaient sur eux la solution de ces illogismes qui nous fondent. Dans le monde de la démocratie de masse, nous les recevons de face, sans médiation et sans issue. A quel prix allons-nous payer l'incomparable liberté dont nous jouissons ?

  • Les besoins sans cesse croissants de l'espèce humaine se heurtent aux limites des ressources de la planète, phénomène sans exemple dans le cours de l'évolution naturelle depuis les origines. Cette accélération ne peut se poursuivre sans que se produise une rupture ou, peut-être, une profonde transformation des conduites collectives. André Lebeau examine les composantes sociales de ce phénomène dont la survenue est inévitable, même si l'échéance en est imprécise: à quelles déterminations l'humanité est-elle soumise par son héritage génétique pour affronter cette épreuve ? de quels outils culturels dispose-t-elle pour la contrecarrer ? quelles autres possibilités s'offrent à elle ? C'est avec le regard d'un observateur à distance que ces questions sont posées, celui d'un scientifique qui refuse de mêler le sentiment à sa réflexion et qui met délibérément de côté leur dimension éthique. Non qu'il la méconnaisse ou la méprise, mais il veut se borner à apprécier notre capacité de prévision et ses limites, les chances qu'une vision du futur soit partagée par les individus et qu'elle constitue le fondement de conduites collectives aptes à modifier le cours des choses. Les conclusions sont angoissantes ; elles se présentent comme les bases objectives dont l'action devrait s'inspirer.

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