Peter Lang

  • Alors que ce n'est qu'à partir des années 1950 que le projet européen se traduit dans les institutions et dans les politiques, l'idée européenne, suscite déjà, et ce, dès l'entre-deux-guerres, de multiples initiatives. Cet ouvrage issu d'une thèse de doctorat, souhaite apporter une contribution originale à la connaissance des courants européistes qui fleurirent dans la Belgique des années 1920 et 1930. Fondé sur l'exploitation de sources multiples et inédites, il révèle la richesse insoupçonnée des projets et des mouvements engendrés dans le contexte de l'Europe de Versailles. Invitant à découvrir l'Europe telle que la conçurent la génération de la guerre et celle de la crise à travers leurs cadres mentaux, chronologiques et géographiques, cette étude met en lumière le rôle des cercles, des milieux ainsi que des moments-clés. Elle place enfin l'accent sur les lieux qui de Genève à Vienne et Paris, puis de Bruxelles à Berlin, incarnent l'européisme de l'époque.

  • La mégapole - Paris et Londres pour l'essentiel - focalise toutes les fascinations et les révulsions du XIXe siècle. Elle suscite en réaction l'exaltation mélancolique de villes englouties dans leur passé, telles Bruges ou Venise, à l'heure où le symbole paraît pouvoir incarner le secret de l'écriture et apporter une réponse idéaliste au naturalisme, expression de toute la démesure des grandes métropoles. Des Villes tentaculaires de Verhaeren à La Ville de Claudel, de Bruges-la-Morte de Rodenbach aux villes de D'Annunzio, c'est tout ce monde contrasté et tensionnel qui surgit des contributions rassemblées dans ce volume. Un ouvrage qui s'intéresse aussi bien à des auteurs moins célèbres tels Rachilde ou Rosny, Fogazzaro, Poictevin ou Goffin, qu'à des villes moins immédiatement liées à la mémoire symboliste, Anvers, Gand, ou à la ville coloniale par exemple. Mais aussi et surtout Rome, dont la présence constitue un singulier contrepoint à Venise ou à Bruges. Ce volume va de Hugo à Fargue. Comme le veut la tradition d'Italiques, il brasse Belgique, France et Italie - avec un crochet par l'Allemagne, Bayreuth oblige.

  • L'invasion allemande d'août 1914 suscite en Belgique un véritable sentiment patriotique qui se manifeste par la résistance imprévue de l'armée belge. À Noël 1914, les troupes impériales sont enlisées dans les plaines de la rive droite de l'Yser. Le viol de la neutralité belge comme les violences de la soldatesque déchaînent un sentiment antiallemand qui anéantit du jour au lendemain l'admiration vouée jadis par les Belges à l'Allemagne. Ce rejet concerne dès lors tout ce qui touche à la culture germanique. Or, l'adoption du suffrage universel pour les hommes au sortir du conflit met progressivement fin à la « Belgique française ». Ce deuxième tome de la série Histoire, Forme et Sens en Littérature : La Belgique francophone aborde l'impact de ces événements sur les grands auteurs de la génération léopoldienne. Ensuite, il s'attache, à travers la nouvelle génération d'écrivains, à l'affirmation du fantastique réel chez un Hellens ou un Thiry, ainsi qu'aux novations langagières et formelles des Michaux, Nougé, Plisnier ou Crommelynck. Il dialectise ces esthétiques souvent remarquables avec l'hypostase de plus en plus exacerbée de la langue française et de la France, portée à son acmé par le Manifeste du lundi. Il rend également compte de la mise en place d'une historiographie littéraire bien plus complexe que les simplifications du Manifeste. Portée par les fourgons de la défaite de mai 1940, la reviviscence du mythique chez Maeterlinck, Ghelderode, Hergé ou Nothomb surgit comme une réponse très belge à la faillite du réel. Les contrepoints de Victor Serge à l'égard des deux conflits mondiaux le confirment à leur manière. Les deux premiers volumes de la série Histoire, Forme et Sens en Littérature : La Belgique francophone ont été récompensés en 2017 du prix Lucien Malpertuis. Le présent ouvrage, deuxième volet, s'est quant à lui vu décerner en 2018 le prix annuel de l'Académie des littératures 1900-1950.

  • Cet ouvrage regroupe les textes présentés lors du colloque international « Grandes » et « petites » langues et didactique du plurilinguisme et du pluriculturalisme. Modèles et expériences qui s'est tenu à Paris, en juillet 2006 dans les locaux de la Sorbonne, à l'initiative de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Il s'agissait de mobiliser internationalement les acteurs concernés par une réflexion sur une didactique du plurilinguisme et du pluriculturalisme en construction en Europe. En se donnant pour objet d'identifier les modèles didactiques et leur circulation d'une langue à l'autre, ces travaux interrogent, chacun selon l'angle spécifique de son terrain, de son contexte ou des pratiques analysées, ce que le sens commun désigne par « grandes » et « petites » langues. Celles-ci sont appréhendées ici en tant que représentations sociales et catégorisations qui fluctuent au gré des histoires nationales, des renversements géopolitiques et des visions du monde traversées par les profondes mutations résultant de la mondialisation.

  • A l'heure où le théâtre s'interroge sur sa place dans une culture de masse dominée par l'industrie du spectacle, l'oeuvre de Dubillard descend en lui-même pour sonder tout ce qui ne va plus de soi, tout ce qui aurait pu aller sans dire lorsqu'un auteur dramatique contemporain, par comédiens et personnages interposés, s'adresse à un public: les liens qui le relient à sa propre histoire de sujet, à ses précurseurs, aux mots qu'il emploie, aux matériaux de la communication dramatique, aux spectateurs présents et futurs. En démontant si parfaitement les mécanismes de la création, le théâtre de Dubillard nous parle à la fois de lui-même et de sa relation à tout le reste. S'appuyant sur la sémiologie et la psychanalyse, ce livre propose une lecture ambitieuse de l'oeuvre de Dubillard, une étude se plaçant dans l'espace potentiel entre le texte et sa représentation.

  • L'accueil des enfants de la naissance à 7 ans a connu une progression quantitative importante ces dernières années et la question des conditions d'un tel accueil a suscité de nombreux débats. Si, au niveau international, les approches issues de la psychologie dominent pour expliquer ce phénomène, il existe dans le monde, et particulièrement en Europe, de profondes différences entre les pays quant à la définition de la qualité de l'éducation à offrir aux jeunes enfants. C'est dans ce contexte que de nouvelles approches, de nouveaux paradigmes ont vu le jour. Ces perspectives qui renouvellent singulièrement notre vision de l'éducation préscolaire sont actuellement largement diffusées en anglais. Cet ouvrage souhaite mettre ces différentes approches à la disposition des lecteurs francophones. Il leur offre un accès à la pensée critique contemporaine développée par des auteurs anglophones qui jouent un rôle majeur sur la scène européenne et internationale dans la recherche et les politiques de la petite enfance. La deuxième partie de l'ouvrage fait écho à la première avec des travaux menés par des chercheurs travaillant en français et apportant une perspective critique appliquée aux contextes dans lesquels ils vivent (Belgique, France, Italie).

  • Le 30 juin 1960, le Congo n'est plus une colonie belge mais un État indépendant. Rapidement, la riche province du Katanga fait sécession sous la conduite de Moïse Tshombe, ennemi politique du Premier ministre Patrice Lumumba, profitant de l'inertie d'une Belgique plus préoccupée par ses problèmes propres que soucieuse de ses intérêts en Afrique. Nombreux furent les Belges qui, de bonne foi, ont cru au succès de « la sécession du Katanga ». Un ensemble d'éléments permit d'y croire pendant quelques semaines : les attitudes du roi Baudouin et du gouvernement Eyskens allaient dans ce sens. C'était sans compter avec la prise de position négative des Nations Unies et des États-Unis qui souhaitaient bouter les Belges hors du Congo et surtout de ne pas exporter la Guerre froide en Afrique. Mais s'appuyant initialement sur le gouvernement de Patrice Lumumba, les Nations Unies allaient rapidement déchanter. Au départ, le Secrétaire général Dag Hammarskjöld fut persuadé que tous les ennuis qu'il rencontrait étaient dus à l'omniprésence des Belges. Une fois ceux-ci partis, pensait-il, tout rentrerait dans l'ordre. Il n'en fut rien : l'ONUC dut reconquérir le Katanga par la force des armes pour le compte du gouvernement congolais. Il fallut deux ans et demi, pour réduire les gendarmes katangais, chasser les mercenaires, au prix de nombreuses vies, et mettre fin à la sécession du Katanga. Les Européens restés sur place, souvent avec courage, seront quant à eux baptisés « Katangaleux ». L'auteur de cet ouvrage fut l'un d'eux. Ce livre leur est dédié et vise à les sauver de l'oubli.

  • Les présences réciproques, mais aussi les interférences, entre la culture française et les cultures ibériques, notamment espagnole et portugaise, s'avèrent abondantes et constantes dans le temps, avec une insistance toute particulière à l'époque moderne. Les nombreuses études contenues dans ce volume soulignent les aspects différents des phénomènes signalés et contribuent à une plus profonde connaissance des mécanismes et résultats de ces présences et de ces interférences. Les études sont regroupées en trois parties dont la première concerne la présence de la langue française et son enseignement ; la deuxième insiste sur les textes littéraires, avec de nouveaux regards et de nouvelles perspectives d'analyse ; et la troisième - la plus volumineuse - reprend d'une manière plus spécifique les réseaux d'interférences qui se sont établis entre les littératures francophones et les cultures ibériques.

  • « Wa mbòk wa kar ki bed a yob , autrement dit, on ne saurait grimper sur un arbre avec un seul bras » (Sagesse Béti/Cameroun, pour exprimer la notion de solidarité). Prenant comme point de départ l'hypothèse que la notion de solidarité dans l'enseignement social de l'Eglise catholique connaît un réseau d'influences et d'héritages historiques, philosophiques, sociologiques et éthiques ; cette étude se propose de montrer en premier lieu, l'évolution du concept de solidarité né en France au XIXème siècle jusqu'à son usage dans les textes du Magistère. Cette recherche s'emploie en second lieu à faire comprendre le rôle incontournable que joue la solidarité dans l'action menée par les Parents d'élèves de l'enseignement catholique au Cameroun. Et ce, en vue du relèvement de l'école chrétienne qui, face à la forte demande de scolarisation, a subi au cours des dernières décennies, les coups de la crise économique, des changements socio-politiques et parfois la mauvaise foi de certains hauts responsables... Ce livre s'adresse d'abord aux Educateurs, aux Professionnels du système éducatif, aux Hommes politiques et aux Parents. Il s'adresse ensuite à tous ceux qui s'intéressent à la condition des Enseignants, aux problèmes de la qualité de l'éducation et de la formation de la jeunesse en Afrique noire en général et au Cameroun en particulier.

  • « Le Suisse trait sa vache et vit paisiblement », disait Victor Hugo. Au tournant du XXe siècle, de jeunes écrivains romands mettent en question leur adhésion aux mythes officiels et aux clichés romantiques sur le pays des Alpes. Face au tourisme et au folklore, dans la confrontation aux mutations politiques et sociales de la modernité, un contemporain de Ch. F. Ramuz, Gonzague de Reynold (1880-1970), exprime sa propre vision de la Suisse. Dans une série de textes publiés de 1909 à 1920, Cités et pays suisses, la diversité helvétique s'exprime par la multiplication des genres, des registres et des points de vue : le livre est tour à tour essai, page d'histoire ou d'archive, poème en prose et récit de voyage. En promenant son lecteur de villages en châteaux, des collines du Plateau au Jura bâlois, de l'Albula à Genève, le poète-promeneur cherche à promouvoir de nouvelles valeurs helvétiques. « Passéistes », aristocratiques, anti-modernes ? Tant que l'on voudra. Sans pour autant que ce livre, considéré parfois comme « bréviaire de la conscience nationale », sacrifie de manière univoque aux mythes helvétiques de l'Alpe, de l'âge d'or et de l'insularité. Dans le prolongement, la confirmation et parfois la correction des travaux classiques sur l'identité suisse et les intellectuels en Suisse, la présente étude examine le traitement du mythe helvétique dans Cités et pays suisses ; elle souligne à son tour la mise à distance de l'helvétisme traditionnel opérée par Reynold. Au travers d'une lecture serrée des textes, elle s'interroge en particulier sur la portée inextricablement poétique et politique d'une quête d'identité qui devient pour son auteur une édification de soi et une vocation littéraire.

  • Que se joue-t-il entre le voyage et la littérature au début du XXe siècle ? Cet ouvrage se penche sur les oeuvres de Blaise Cendrars, de Victor Segalen et d'Albert Londres pour comprendre comment s'articulent le voyage et son écriture autour du motif de l'éclat. Dans ces trois oeuvres, le lien entre soi, le monde et l'autre est profondément remis en question dès qu'il est question de voyage. L'écriture elle-même a tendance à sortir des sentiers battus et menace d'éclatement certaines classifications narratives, linguistiques, génériques et poétiques. Plus encore, les textes étudiés obligent le critique qui veut les suivre à tracer une trajectoire qui lui est propre afin d'étudier de près les directions prises par ces textes en perpétuelle partance. Ce livre propose de s'engager dans cette trajectoire critique et, tout en cheminant, montre la nécessité de penser conjointement voyage et éclatement, voyage et littérature, et suggère une nouvelle lecture des textes considérés.

  • Le christianisme celte, les origines de la franc-maçonnerie ou certains rites inexplicables chez les Templiers sont autant de questions restées sans réponse jusqu'ici, auxquelles se heurte notre compréhension du Moyen Âge. Ce livre propose d'apporter des solutions à ces difficultés à la lumière des traditions qui faisaient de Jésus-Christ « simplement un homme », héritées de la première communauté judéo-chrétienne de Jérusalem dirigée par le frère de Jésus. L'auteur montre comment cette hérésie a pu traverser les siècles jusqu'au Moyen Âge. Pour les uns elle était l'héritière de la foi chrétienne originelle, pour les autres elle permettait de réconcilier la religion du Christ avec la raison et la logique. Il apparaît alors que les traditions issues de cette foi dissidente se retrouvent dans les manuscrits fondateurs de la franc-maçonnerie médiévale, ce qui pourrait éclairer d'un jour nouveau tant les origines de la franc-maçonnerie que celles de la religion celtique, ou encore la genèse du rite - reconnu bien réel - du crachat sur la croix chez les Templiers, ainsi que le symbolisme très particulier de certaines cathédrales du Moyen Âge.

  • Alors que l'Europe s'embrase en août 1914 sans que personne n'imagine encore l'ampleur du conflit, les débats sont déjà nombreux sur la pertinence de l'engagement qu'il soit politique, idéologique, économique ou religieux. Les Etats, les groupes d'opinion et les individus optent pour des positions dictées par leur conscience ou par les intérêts politiques. La guerre durant, les neutralismes les plus affirmés vont être mis à mal. Dans le cadre d'une approche historique, géographique, littéraire et artistique, l'objet de cet ouvrage est d'examiner l'évolution des enjeux géopolitiques et des débats d'ordre moral, spirituel ou idéologique qui ont conduit les défenseurs de la neutralité à maintenir leur position pendant toutes ces années ou à s'engouffrer de gré ou de force dans la voie de l'interventionnisme.

  • La notion de Francographie est essentiellement contestataire, polémique. Elle affirme une autonomie idéologique et une certaine distance critique vis-à-vis de ce que l'on nomme alors « littérature (s) francophone (s) » d'Afrique ou d'ailleurs. Elle ne se réclame ni du centre ni de la périphérie, mais laisse en avant-garde l'idée d'une diversité dépouillée de toute connotation politiste et hégémoniste. L'on peut y voir une littérature « d'un monde » parmi « des mondes», qui ne se mesure ni ne s'épanouit qu'au gré des tensions autour et sur le sens. Les francographies africaines actuelles sont donc des lieux où se mettent en place les schèmes révélateurs d'une reconfiguration non seulement des systèmes de relation au monde et au sein de l'espace francophone, mais surtout des reconstructions identitaires. Au-delà des problèmes d'ordre épistémologique, ces francographies soulèvent de grandes préoccupations au plan de l'esthétique ; signe de la prégnance de motifs d'une multi-culturalité bientôt rebelle et dissidente au détriment d'une perspective interculturelle.

  • Le premier semestre de l'année 1972 est marqué par des événements ou des gestes spectaculaires qui sont autant de tournants dans les relations internationales. Il s'agit de deux phénomènes transnationaux : l'environnement et le terrorisme, et de deux phénomènes dans le domaine des relations inter-étatiques. C'est en particulier le cas de la première Conférence mondiale sur l'environnement tenue à Stockholm en juin avec plus de mille participants représentant 132 États. Bien que chacun d'entre eux ait ses propres revendications, le vrai critère de division sépare les pays industrialisés des pays en voie de développement qui refusent d'entraver leur industrialisation sous couvert de défense de l'environnement. Dans l'article 21 de la déclaration adoptée à l'unanimité, il est fait implicitement référence aux dommages que pourraient causer les armes de destruction massive. Et c'est la France qui est visée parce qu'elle a repris ses expériences nucléaires dans l'atmosphère en Polynésie depuis 1966. L'opposition des États du Pacifique est virulente, les tentatives d'amadouer les Péruviens sont vaines et la campagne de l'ONG Greenpeace, qui envoie un bateau dans la zone d'expérimentation, embarrasse les autorités françaises. L'autre phénomène transnational est le terrorisme, qui sévit en Allemagne fédérale depuis 1968, à l'initiative de la Fraction Armée rouge connue aussi sous le nom de bande à Baader; mais surtout au Proche-Orient avec l'attentat spectaculaire à l'aéroport de Lod (30 mai 1972) à l'arrivée de l'avion d'Air France, occasion pour les Israéliens de mettre en cause les autorités françaises qui s'ajoute au catalogue de reproches faits par Tel Aviv à Paris, dressés avec doigté par l'ambassadeur F. Huré. Enfin, deux phénomènes importants sur le plan inter-étatique : la naissance d'un nouvel État qui n'est pas le fruit de la décolonisation. Cet événement inédit embarrasse la diplomatie française qui reconnait le Bangla-Desh, mais ne veut pas que ce geste soit interprété comme « un geste hostile » à l'égard d'Islamabad, tout en souhaitant maintenir de bonnes relations avec New Delhi. Et l'ambassadeur de France à Dacca plaide pour une aide économique rapide et intelligente pour sortir ce pays de la misère. L'autre événement stupéfiant, quand on sait l'animosité des relations entre Pékin et Washington depuis 1949, est la visite du président Nixon en Chine (21-28 février), malgré la guerre du Vietnam et le problème de Taïwan, au point que notre ambassadeur à Pékin dit éprouver « le malaise naturel d'une rencontre gênante ».

  • Plaidoyer en faveur de l'Union européenne, ce livre critique néanmoins certains choix culturels qu'elle a faits lors de sa fondation et qui entravent aujourd'hui son intégration. Elle doit rebâtir ses fondements symboliques et redéfinir sa relation avec les nations (à ne pas confondre avec les États). Les orientations culturelles qu'elle a privilégiées à sa naissance lui ont permis de connaître un essor rapide, mais faute de les réviser à temps, elles sont devenues dysfonctionnelles. Or, les tentatives qu'elle a faites ultérieurement pour se donner de nouveaux mythes et une identité continentale ont échoué. Par ailleurs, les leaders de l'Union se sont toujours méfiés des nations et des nationalismes, accusés d'avoir provoqué les horreurs des deux guerres mondiales. Ils ont donc voulu les contourner en instituant une gouvernance par le haut d'où a résulté un déficit démocratique. L'Union devra désormais s'employer à se réconcilier avec les nations, en les réhabilitant, et à tirer profit de leurs ressources symboliques pour se doter de mythes ayant une résonance à la fois nationale et européenne.

  • Peut-on penser le pouvoir sans l'associer à des réseaux ? Comment analyser autrement le développement de l'économie de marché, de l'entreprise à la mondialisation, et expliquer différemment le rôle de la finance dans l'émergence du capitalisme moderne? Comment interpréter la nature du pouvoir dans l'éducation et la culture sans parler des réseaux qui les irriguent au même titre que ceux qui façonnent la politique, de l'échelon local à celui de la société internationale ? C'est à ces questions qu'une équipe d'historiens, d'économistes et de politistes tente d'apporter une réponse dans une approche disciplinaire traversant les époques, du XVIIIe siècle à aujourd'hui, et associant les réalités françaises aux problématiques européennes, impériales et transnationales. Partant d'une définition commune de la notion de réseaux à la fois comme articulation entre des structures et comme lien entre des personnes, la vingtaine d'études ici rassemblées explore le rôle de ces mécanismes au coeur de multiples zones de pouvoir : la banque, l'entreprise, le commerce international, la culture, l'Etat ou la domination coloniale. Chaque contributeur l'a fait de manière distincte, soit au travers d'études de cas soit par le biais de synthèses plus larges. Mais, derrière cette diversité d'analyse, il existe une exigence méthodologique collective qui donne toute sa pertinence et toute sa cohérence à cet ouvrage : partir des faits concrets pour aboutir à une réflexion thématique globale. Au bout du compte, il en ressort la confirmation du postulat initial de ce livre : l'interpénétration du pouvoir et des réseaux. Une intégration dont les formes ont évolué dans la durée et qui a réussi à se pérenniser, portée qu'elle est par les modes de représentation spécifiques aux sociétés occidentales.

  • Au printemps 1930 Henri de Régnier visita l'Espagne pour la première fois, plus particulièrement Madrid, Tolède, Avila, L'Escurial, Burgos. Cette même année, entre la mi-octobre et la mi-novembre, un deuxième voyage allait suivre : l'écrivain parcourut cette fois-ci la Catalogne et Majorque. Un troisième tour dans la péninsule, à l'automne 1932, mettait fin au périple espagnol de l'auteur : de Barcelone il descendit jusqu'en Andalousie pour s'arrêter à nouveau à Madrid avant de rejoindre Paris. Sous le titre général En Espagne les récits de ces voyages furent publiés par la Revue des Deux Mondes (quatre livraisons entre novembre 1933 et octobre 1935). Nous présentons aujourd'hui au public un voyage qui n'a jamais été publié en livre et dont le dernier chapitre, « Tarragone - Saragosse - Valence », conservé parmi les papiers de Mme Tremblot-Bougeneaux, qui aurait accompagné l'écrivain au cours de ces voyages, est inédit. Ces pages découvrent aux lecteurs un voyageur raffiné qui savait jouir de chaque moment du voyage, un grand amateur d'antiquités et d'art particulièrement épris du Gréco, un écrivain toujours en quête du mot juste, d'un lyrisme simple et sans artifice.

  • « Il y a plus inconnue que le soldat inconnu : sa femme ». Depuis que ce slogan a été brandi par une poignée de féministes françaises lors d'une manifestation sous l'Arc de Triomphe le 26 août 1970, de nombreuses études sont venues lutter contre l'amnésie collective envers la contribution des femmes à l'histoire nationale. Pour autant, et assez paradoxalement, celles que les militantes du MLF avaient choisies pour incarner la mémoire féminine oubliée - les veuves françaises de la Première Guerre mondiale - n'ont jamais vraiment fait l'objet d'une histoire qui leur soit à la fois spécifique et générale, et sont bien souvent restées cantonnées, dans les esprits, à leur seul rôle d'endeuillées. Le présent ouvrage, par une approche résolument sociale et juridique, comble cette lacune. Il envisage une palette plus vaste des fonctions investies par ces femmes et propose un récit plus complet de leurs itinéraires et de leurs combats, qu'ils soient individuels ou collectifs, restreints à la sphère familiale ou d'envergure internationale, d'ordre pratique ou politique. Il vise ainsi à leur restituer une identité propre, autonome de celle de leur mari, et à révéler leurs capacités d'action. Il contribue, par la même occasion, à relire la Grande Guerre et ses impacts sur la société française et plus précisément sur la condition des femmes. Les veuves de poilus, parce qu'elles appartiennent à ces générations qui ont grandi dans l'esprit du XIXe siècle mais qui ont vu leur vie adulte indéniablement marquée par le conflit de 1914-1918, constituent un sujet d'analyse pertinent pour revisiter avec nuance tout un ensemble de questions essentielles telles que les rapports de la société face à la mort, l'évolution du rôle de l'État en matière sociale, ou encore la place accordée aux femmes dans la vie publique.

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