Escampette

  • Le sens des mots Nouv.

    « On sent les choses. Peut-être qu'il n'y pas lieu d'être précisément fixé, à leur sujet. » Eh bien si, tout de même ! C'est du moins ce que laisse entendre ce récit d'apprentissage, où l'on verra comment la curiosité d'un enfant pour des panneaux de signalisation le conduit, jeune homme, à la philologie romane et au «?parler pointu » des amphithéâtres parisiens - avant de croiser finalement le souvenir d'Attila, inattendu, certes, dans ces paysages du bas-pays corrézien ! La quête du sens des mots est aussi quête de soi : elle ramène Pierre Bergounioux aux choses de l'enfance.

  • Un précis d'incision : le jardin de Gilles Clément à la vallée (Creuse) Nouv.

    La Vallée est le jardin d'une expérience, celle conduite depuis 1977 par Gilles Clément en Creuse, dans un repli oublié du Massif central. D'un vallon promis à l'abandon, le jardinier-écrivain a fait un laboratoire pour une attitude d'observation des dynamiques du vivant, celle de la friche mais aussi du brassage des plantes à la surface de la planète. Lieu d'une profusion de formes et d'espèces, la Vallée est également le jardin d'une théorie et d'un livre, Le Jardin en mouvement. C'est à la fois un lieu privé et un lieu de transmission, capable de s'étendre aux consciences sans avoir été récupéré par la moindre logique de marchandisation ou d'institutionnalisation : une incision dans le relief et le paysage réglé du Limousin, mais avant tout dans la grammaire souvent dépoétisée de l'aménagement.

  • La perle d'Estrémadure, une histoire de l'île de Ré Nouv.

    Les images de Thierry Girard en attestent?: l'océan est là. Il nous regarde, il nous fait face. Il nous laisse penser que l'île est un refuge, un havre pour le repos et l'oubli. Mais c'est un refuge incertain, éphémère, d'où sans doute il faudra repartir, pour un voyage dans le temps comme dans l'espace. Quel est donc cet animal sur la grève ? Qui suppose-t-il et qu'on ne voit pas ? Et quelle est donc cette perle, apparemment égarée sur un tel rivage, loin de ses origines ? Pour le savoir, pour dénouer l'énigme à plusieurs tiroirs, il faut suivre Alberto Manguel dans cet étrange itinéraire qui mène, croit-on, de l'île de Ré à l'Estrémadure, du nouvel an 2020 à la guerre d'Espagne... Un conte, en somme, avec ses sortilèges - et ses violences. Et Antioche, dans tout cela ? Disparition, réapparition, expiation... Oui, Antioche pourrait bien être la clef de ce jeu de piste, d'une arène à l'autre, un jeu de piste en quête de soi-même, pour se retrouver après s'être perdu. Quand Antioche réapparaîtra, alors sous l'eau Ré s'enfoncera, dit un proverbe local.

  • élégies de Duino

    Rainer Maria Rilke

    En 1943, François-René Daillie rencontre Maurice Betz, l'un des grands traducteurs de Rilke, et entreprend lui-même ses premières traductions du poète. C'est en 1948 qu'il s'engage dans la traduction des Elégies...
    Voici donc le résultat de cinquante années de travail et de perfectionnements. Les dix Élégies n'ont jamais, à notre avis, atteint cette force poétique en version française. C'est à une lecture réellement nouvelle de ce chef-d'oeuvre que nous convie ce livre.

  • Le don des oiseaux

    Karen Dutrech

    Voici un petit livre rare par la simplicité, le charme et l'émotion. Depuis une quinzaine d'années, Karen Dutrech se trouve amenée à recueillir et soigner des moineaux, des étourneaux, des martinets.
    Une relation se noue entre chacun de ces oiseaux en convalescence et celle qui le soigne, jusqu'à la douleur pour celle-ci de voir son protégé, au bout de quelques mois, s'envoler guéri.
    Dotée d'une merveilleuse empathie pour ces petits êtres restés sauvages parmi les hommes, elle découvre chez chacun un caractère original et parvient à traduire leur singulière et radieuse présence.
    Ce recueil tissé d'air et de terre, de mots et de plumes, de coups de bec et de coeur, d'éclats de chant et d'envol, est le récit d'une aventure qui a profondément transformé la relation que l'auteure entretient avec le monde qui l'entoure. «Le chemin de l'émerveillement passe pour moi par celui du Vivant, écritelle, et l'oiseau est un précieux guide, le plus éminent (et énergique) des éveilleurs ».

  • Vin

    Mohamed Bennis

    Bennis n'a pas de comptes à rendre à quelque instance, il souhaite seulement que le vin ne soit pas maudit, ni exalté, tout aussi bien, dans ses mauvaises torpeurs, ses misérables miracles, mais qu'il chasse les sortilèges de l'inachevé, qu'il embellisse de mille volutes le silence, qu'il le déchire à la fin, qu'il donne lieu à la parole fondatrice, au poème. (Claude Esteban) À côté d'Adonis et de Mahmoud Darwich, Mohammed Bennis a construit une oeuvre qui ne doit qu'à la recherche patiente de sa propre justesse d'être devenue exemplaire au

  • Leurs problèmes conjugaux respectifs contraignent deux amis d'enfance à cohabiter, malgré "? une incompatibilité presque parfaite ? "... Leurs chamailleries continuelles mais aussi des rencontres inattendues, comme celle d'une migrante syrienne, vont faire renoncer à ses préjugés machistes l'animateur de radio divorcé, et à sa peur des étrangers le comptable pantouflard. Satire ironique et affectueuse, où rôdent l'amour et l'humour, ce délicieux roman dans la lignée de Robert Benchley et Woody Allen fait à la fois beaucoup rire et beaucoup songer.

  • L'encre des rues

    Stuart Dybek

    Deux recueils de nouvelles, Les quais de Chicago et L'Histoire de la brume ont déjà été publiés en France. L'Encre des rues est la première traduction intégrale dans notre langue d'un recueil de poèmes paru en 2004 aux États-Unis. Le foisonnement de thèmes (souvenirs d'enfance, misère et violence urbaine, premières amours, philosophie et religion) et de tonalités (lyrisme, humour, cruauté) mène Stuart Dybek à développer une écriture poétique d'une incessante inventivité.
    Profondeur humaine, nostalgie mais aussi combat pour exister dans le monde contemporain, font toute la richesse de ce recueil traduit par le poète Philippe Biget.

  • Alberto Manguel a réuni, pour sa collection, ces textes sur la littérature française que Virginia Woolf a écrits pour des revues ou des journaux et qu'elle n'a jamais publiés en volume.
    On retrouvera, tout au long de ces brefs essais, l'humour qui caractérise V. Woolf, ainsi que la culture qui traverse la « bonne » société londonienne de cette époque.
    On appréciera, en outre, la qualité de la traduction de Christine Le Boeuf (traductrice habituelle d'Alberto Manguel).

  • Le Crépuscule des vainqueurs est un premier roman très actuel, qui montre combien la littérature peut faire écho aux enquêtes ou essais sur le développement vertigineux des grandes organisations capitalistiques et mondialisées (on pense à un livre récent du journaliste Benoît Berthelot qui dénonce l'emprise croissante d'Amazon et de «ses machines à vendre» sur les consommateurs...) Il peint avec un humour féroce le consumérisme mimétique, les communicants cyniques, la perte de sens dans le travail et la digitalisation massive des interactions humaines mais c'est aussi une histoire d'amour et de pouvoir, à partir d'une incroyable manipulation qui se révèle malheureusement assez plausible pour donner froid dans le dos.
    L'auteur a une connaissance étonnante de tous les objets technologiques qui nous sont devenus indispensables et du pouvoir des marques sur nos modes de vie.
    Terminé en août 2018, quelques mois avant la crise des gilets jaunes et les émeutes parisiennes, ce texte drôle et inquiétant recèle quelques passages qui résonnent curieusement aujourd'hui.

  • Père Semper

    Christine Payeux

    Après Elle hurle, nous jouons, où elle dessinait en creux un superbe portrait de sa mère, Christine Payeux poursuit ici son aventure à travers la forêt énigmatique des siens, soumettant cette fois le père à son regard aigu d'enfant. D'une écriture à la fois lyrique et cruelle, familière et intemporelle, elle s'attache à cerner, par progression concentrique, les ambiguïtés de la relation père-fille, ce mélange de vénération muette et d'indifférence, d'élans et d'amour déçu.
    Le lecteur y reconnaît, comme dans le précédent ouvrage, son art d'observation des menus gestes, des expressions (il y a du Sarraute dans cette approche) et des postures qui tissent la trame d'une famille. C'est aussi le portrait paradoxal d'un mari dominateur, apparemment sûr de lui mais jaloux jusqu'à la folie, miné dans le fond par la solitude.
    Surtout, ce qui s'écrit puissamment ici, c'est la douleur secrète des filles, leur difficile accession à l'âge de femme, et le parfum de liberté qu'elles découvrent alors. On ressort profondément ému de cette exploration de vérités contradictoires, au bout de laquelle luit une déraisonnable espérance.

  • Celle qui vient

    Allain Glykos

    L'Escampette a décidé en 2019 de fêter 25 ans de publications d'Allain Glykos. Après une édition augmentée de Parle-moi de Manolis en début d'année, voici un inédit récent de cet auteur qui a consacré l'essentiel de son oeuvre à une fresque familiale où la mélancolie et parfois la cruauté se teintent d'un humour très personnel.
    Il s'agit ici d'une méditation au chevet d'un être cher, simple et émouvante, où tout l'art de l'écriture consiste, par une évocation sensuelle de la vie, à négocier avec la mort qui vient.
    Car on sait qu'elle viendra, écrit Allain Glykos, on feint de ne pas l'attendre, on tente de lui résister, et puis un jour, elle entre sans frapper, vous laisse dans le couloir, referme la porte et s'en va en emportant l'être cher. Ce sont ces dernières heures passées avec un ami d'enfance que l'auteur retient ici, comme autant de larmes qui ne coulent jamais.

  • Zoppot

    Catherine Ternaux

    Court roman au charme bizarre. Tout commence par une déclaration à faire auprès de l'administration pour pouvoir déposer le manuscrit d'un roman. L'auteur découvre qu'il doit enregistrer son personnage comme on le fait d'une personne à l'état-civil. L'histoire entre alors dans une dérive implacable qui peut évoquer Kafka pour l'absurdité des situations ou Borges pour la confusion entre auteur et personnages, mais où la grâce de l'écriture donne au vertige une troublante séduction.

  • La signature

    Allain Glykos

    La journée d'un écrivain invité à s'installer derrière une pile de livres pour le difficile, voire douloureux, exercice de la signature.
    En plein mois d'août, dans un lieu touristique, l'écrivain, accoudé à sa " table de formica beige modèle cantine scolaire ", retiendra-t-il l'attention ? Provoquera-t-il l'hilarité ? Déclenchera-t-il des moqueries ? Ou restera-t-il invisible ? Plus utilement, il se transformera en observateur de la molle humanité en vacances et deviendra le chroniqueur du temps qui passe, en plein mois d'août, dans un lieu touristique.
    Un récit désopilant !

  • En première lecture, ce livre est un essai sur le film de james whale (1935), ses origines (le célèbre roman de mary shelley), l'écriture de son scénario, le choix de ses acteurs, la relation avec la censure, etc.
    Mais, plus profondément, c'est un essai sur la création, sur les relations du créateur avec sa création, sur la prédominance de l'acte de création sur tout autres considérations philosophiques, religieuses ou morales. c'est aussi un essai sur le mal, sur la tentation de puissance, sur le vertige des interdits. a sa première apparition, le visage du monstre est présenté par manguel comme l'une des icônes de notre temps, au même titre que le visage de greta garbo.
    Cela fait partie des nombreuses réussites de ce livre provoquées par ces rapprochements inattendus oú nous entraînent l'intelligence et la culture de manguel. la comparaison, du point de vue de la création pure, entre la fiancée créée par frankenstein et la mariée mise à nu par ses célibataires créée par duchamp est un grand moment d'analyse et de jubilation ! enfin, et d'une façon assez classique dans la littérature et le cinéma fantastiques, la monstruosité n'est peut-être pas là oú on le penserait.
    Le monstre n'aspire qu'à une harmonie que la société des hommes " normaux " lui refuse. l'instant de bonheur que connaît le monstre en compagnie d'un vieillard aveugle est une scène magnifiquement décrite.

  • "L'abattoir d'Echeverría est le portrait digne de foi d'un tyran, mais aussi un témoignage contre toute tyrannie. De même que le Waterloo partiel de Fabrice éclaire la banalité et le chaos de toute guerre ou que l'inexplicable procès de K accuse le cauchemar métaphysique de la bureaucratie judiciaire, de même cet infernal abattoir illustre l'abus de pouvoir et la stupidité que cet abus encourage. (...) La tyrannie n'admet pas les critiques. Quiconque s'oppose à l'abattoir devient sa victime, car l'abattoir ne souffre ni interlocuteur ni adversaire. Le lecteur contemporain pense aux tyrannies classiques du siècle passé - l'Allemagne du Troisième Reich, la Russie de Staline, le Cambodge des Khmers rouges - mais aussi aux contaminations plus discrètes, plus particulières, comme celles qui ont lieu quotidiennement en Chine ou en France aujourd'hui, où le besoin d'imposer une discipline civique prétend justifier les abus d'une violence étatique de plus en plus impunie." (Alberto Manguel).
    Précédé de Esthétique de l'abattoir par Alberto Manguel.

  • Parle-moi de Manolis

    Allain Glykos

    Elle parle de la terre rouge.
    La poussière qui, d'est en ouest, brûle les yeux quand le vent souffle. Elle ne connaît même pas les extrémités de la Crète, l'île où elle a dû commencer une autre vie, avec sa mère, avec ses frères, loin du père resté à Smyrne. Elle ne connaît de la Crète, ni Zakros, ni Falasarna. Elle me dit qu'elle n'a plus besoin d'aller nulle part pour savoir que c'est beau. Elle sait que Dieu n'a fait que de belles choses.
    Ce sont les hommes qui démolissent, salissent, bâtissent n'importe où. Pas Dieu! Mais l'ânon a besoin d'aller voir, de se rendre compte par lui-même que ce que Dieu a fait est beau. Quand il revient, il comprend que tout était là, qu'il suffisait d'ouvrir les yeux. Pendant ce temps, sa vieille mère prend des rides et des cheveux blancs, les jours passent, s'en vont. Et quand l'ânon revient - quand il revient ! -, la vieille mère est trop vieille pour le reconnaître.
    Elle dit cela et mon regard rencontre le sien.

  • Il suffit parfois de pas grand-chose (le regard asiate d'un bisaïeul dans son cadre de bois, une tache de naissance, les propos d'une grand-mère indiquant une probable ascendance extrême-orientale), pour que s'ouvrent les vannes et que se trouve lancée la quête, peut-être illusoire, des origines. On se dit alors qu'il y a un millénaire ou deux, des cavaliers mongols las d'avoir traversé l'Asie ont dû se perdre quelque part trop à l'ouest de chez eux, y demeurer, et y abandonner quelques chromosomes .. à moins qu'un ancêtre navigateur n'ait ramené des côtes de Chine ou du Japon, outre un service à thé et quelques subtiles poteries, une beauté silencieuse qu'il aurait séduite là-bas. Alors on part à leur recherche : d'abord dans les livres, puis en allant voir sur place. Et comme à l'horizontalité de la géographie se superpose toujours la verticalité de l'Histoire, c'est autant dans la réalité physique du monde que dans le passé qu'on voyage .. de la même manière qu'on aura préalablement voyagé dans les noms, qui brillent de mille feux et attirent, par leurs sonorités et l'imaginaire qu'ils déploient, vers de lointains rivages, jamais vus et pourtant familiers. C'est ainsi que, des rues de Shanghai à celles d'Irkoutsk, en passant par les jardins de Kyoto, les contreforts de l'Himalaya, les steppes de Mongolie, le lac Baïkal, Hiroshima, Oulan-Bator, Hokkaido, Xian ou Pékin, les territoires arpentés à pied, en bateau, en autobus ou en transsibérien dessinent dans Carnet d'Orient un autoportrait en mouvement, sur fond de recherche d'un « lieu propre », qui recule peut-être au fur et à mesure qu'on s'en approche. Ces récits, qui dessinent une cartographie intime dans laquelle se mêlent l'immensité géographique et la réalité humaine des territoires traversés, sont organisés en trois parties qui correspondent aux trois livres publiés entre 2002 et 2010 aux éditions L'Escampette : Itinéraire chinois, Du Baïkal au Gobi et Carnet japonais.

  • Cinq petites solitudes

    Allain Glykos

    Allain Glykos est bien connu des lecteurs de L'Escampette. Il y a publié 12 ouvrages (romans, récits et poésie) salués par de nombreux critiques, tels que Jérôme Garcin (L'Observateur), Josyane Savigneau (Le Monde), Alain Nicolas (l'Humanité), Philippe Lefait (Des mots de minuit) ou Claude Villers (France Inter). Certains ont fait l'objet de traduction ou d'adaptations théâtrale et cinématographique.
    Depuis de nombreuses années, Allain Glykos explore les possibilités qu'offre l'écriture pour mettre en perspective, en collusion parfois, la langue de la famille et celle de la littérature. La famille est en effet son terrain de prédilection, son « champ de bataille », se plaît-il à dire. Mais au-delà de textes qui frôlent souvent l'autofiction, s'expriment des sentiments que chacun de nous peut ressentir à l'occasion de la mort d'un proche ou d'un différend fraternel.
    Cette fois-ci, Allain Glykos nous convie à une confrontation avec lui-même dans des circonstances où il a pu ressentir la solitude, celle qui oblige à un dialogue de l'âme avec ellemême.
    Nous avons tous des souvenirs de solitude. Solitudes d'enfance que nous avons subies souvent sans recours, sans secours. Solitudes d'adulte que nous avons tant bien que mal apprivoisées, mises à distance par des subterfuges.
    Dans ces cinq nouvelles, l'auteur nous raconte avec humour, tendresse et autodérision des moments où il a dû affronter des solitudes de jeunesse et de maturité. Être témoin à douze ans d'une mort violente, vivre l'éloignement de la mère ou découvrir un milieu qui vous est étranger par la culture, la religion, la classe sociale. Puis, devenu adulte, affronter l'incompréhension, l'humiliation et en rire pour ne pas en pleurer. Mais l'adulte n'est-il pas un enfant couvert de cicatrices ?

  • Galway Kinnell (1927-2014) est une grande voix de la poésie américaine. Dans la lignée de Walt Whitman, sa poésie s'accomplit non dans l'imaginaire mais dans une relation passionnée à la vie des gens, à leurs douleurs, à leurs plaisirs. Elle est traversée d'un sentiment puissant de la beauté ordinaire et de la solitude. Personne n'écrirait de poésie si le monde semblait parfait, disait-il. Ses textes ont l'étrange propriété, au-delà de la forte émotion qu'ils suscitent, d'inquiéter et rassurer à la fois, comme la voix d'un mineur fraternel au fond d'un boyau sombre.
    Prix Pulitzer de poésie, entre autres distinctions aux Etats-Unis, ce grand voyageur né en Providence (Rhode Island) s'est beaucoup engagé dans le mouvement des droits civiques et contre la guerre au Vietnam. Il était l'ami et le traducteur d'Yves Bonnefoy et a traduit en anglais de grands poètes aussi différents que François Villon et Rainer Maria Rilke.
    Son oeuvre est peu traduite en français (des Poèmes choisis chez Aubier en 1988 et un roman, Lumière noire, au Mercure de France en 1994).
    Ce recueil inédit en français, dans une traduction à la fois élégante et fidèle, fait surgir, des vivants douloureux que nous sommes, une beauté poignante, que révèle peu à peu, en les faisant venir à la lumière, le bain des mots.

  • De frêles embarcations chargées d'hommes, de femmes et d'enfants, dans le désespoir de l'exil et l'angoisse du naufrage. Manolis, le père d'Allain Glykos, a huit ans en 1922 lorsqu'il quitte les côtes turques avec 1 500 000 Grecs chassés de leur terre natale par les troupes musulmanes de Mustafa Kemal. Sur leurs traces, dans Parle-moi de Manolis, l'auteur mène une enquête de la mémoire en Crète, où son père a vécu ses premières années d'exil. Ce livre, paru en 1997, a touché un large public.
    En 2015 (Manolis aurait eu cent ans), l'auteur fait un nouveau voyage en Grèce, sur la côte est de l'île de Chio, à huit kilomètres de la Turquie. Là, il se trouve soudain confronté à l'arrivée massive de zodiacs chargés de migrants syriens. Parmi eux, il croit reconnaître Manolis, vêtu d'un gilet de sauvetage. Il a toujours huit ans, mais il est musulman. La roue de l'Histoire fait tourner la tête. Un exil en chasse un autre, sauf que les fantômes sont tenaces.

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