Littérature générale

  • C'est une lectrice encore plus redoutable et avisée que Stefan Bollmann et Laure Adler introduisent dans ce deuxième volume des Femmes qui lisent, tout en poursuivant l'exploration du thème de la lecture féminine et de sa représentation. La lecture de romans, méprisée par les hommes et considérée par eux comme une perte de temps, commence à porter ses fruits pour les femmes. Des siècles durant, leur addiction à la lecture a été blâmée parce qu'elle était considérée comme une activité désordonnée, manquant de discernement, les incitant à négliger d'abord leurs tâches domestiques, puis leurs devoirs publics : en d'autres termes, c'était une activité immorale, impudique et dépravée. Les femmes qui lisaient non seulement se mettaient en danger, mais elles étaient dangereuses. En réalité, par leur désir effréné de lecture, elles ont acquis une grande connaissance des hommes et une subtile intelligence de la vie.
    Paisible dans un intérieur bourgeois sous le pinceau de Gustave Caillebotte, solitaire dans l'entrée d'un hôtel chez Edward Hopper, dénudée chez Félix Valloton, la femme, un livre à la main, se pose en militante. De courtes notices incisives accompagnent une très belle sélection de peintures, dessins et photographies présentant des lectrices de toutes les conditions et de toutes les époques.

  • A l'origine était la femme, plurielle par nature, tour à tour objet d'amour, de fascination et de crainte.
    De la Vénus de Willendorf, image d'un idéal féminin tout-puissant, à la Mariée de Niki de Saint-Phalle, offrant le regard de la femme artiste sur sa propre destinée, la quête de l'éternel féminin jalonne l'histoire de l'art depuis les temps les plus anciens. Figures mythiques et tutélaires, les héroïnes amoureuses, d'Eve à Rita Hayworth et de Bethsabée à Camille Claudel, se révèlent brutales ou tendres, ambitieuses parfois, mais toujours ensorceleuses : dangereuses pour les autres et pour elles-mêmes.
    Parcourant cette galerie des amantes fatales, Laure Adler et Elisa Lécosse proposent un décryptage passionnant d'une histoire trop longtemps laissée aux seuls mains et regards des hommes. Explorant les archétypes, les codes de l'histoire de l'art et leur détournement au fil des époques, elles analysent le lent basculement des femmes vers l'autonomie amoureuse et la reconnaissance du corps et du désir.


  • L'auteur poursuit la réflexion qu'il avait initiée avec«Le sexe et l'effroi». En s'appuyant sur des sources iconographiques variées (Bosch, Dürer, Monsu Desiderio, Raphaël, Titien, Rembrandt, Rubens...), il pose la question des origines de l'être et exprime l'indicible.


  • Léonard de Vinci, ou l'incarnation mythique, presque effrayante, du génie, et du génie universel : « aucun homme ne vint au monde qui en sût autant que Léonard », disait François Ier, guère démenti par la postérité, même si elle a consacré l'artiste avant de découvrir le savant, à la fin du XVIIIe siècle.
    Mais le mythe n'a pas tué l'homme, tant Léonard a laissé de traces de ses pérégrinations dans l'Italie de la Renaissance. De cet enfant naturel, natif du village de Vinci, devenu un maître auquel les puissants font leur cour, nous découvrons jour après jour les espoirs, les projets, les toquades, mais aussi les contradictions : prodigue avec ses amants, Léonard tient la comptabilité de ses dépenses quotidiennes avec la précision d'un usurier. Ardent promoteur de la liberté intellectuelle, il se met pourtant au service de tyrans qu'il abandonne à la hâte lorsqu'ils tombent en disgrâce. Et quand il s'attaque à de grandes fresques murales promises à l'éternité, il expérimente des techniques nouvelles qui conduiront ces oeuvres à la ruine.
    C'est peut-être là le fil rouge de cette vie de Léonard : toujours rêver, toujours perfectionner, toujours inventer, au service de la peinture ou des mathématiques, de l'art de l'ingénieur ou de celui du poète.
    Jusqu'à sa mort, il n'a guère le temps de peaufiner l'inachevé, comme cette ultime démonstration géométrique qui clôt ses carnets, interrompue, écrit le vieil homme, « parce que la soupe refroidit ».

  • Cet album a pour ambition de revisiter la vie et l'oeuvre d'André Gide (1869-1951), si indissolublement liées, à travers un thème qui les sous-tend et les organise toutes deux : le voyage. Gide ne fut pas un bourlingueur, mais un être en perpétuel mouvement, qui n'avait de cesse, " posé " quelque part, que de repartir ailleurs. Comme chez lui une chose et son contraire cohabitaient, généraient des tensions qui finissaient par nourrir l'oeuvre, il aimait aussi les maisons, les siennes ou celles d'amis proches, où ce contempteur des familles traditionnelles se retrouvait avec la sienne, d'élection, recomposée selon son coeur. Les Van Rysselberghe, sa fille Catherine, Marc Allégret, Pierre Herbart, Roger Martin du Gard, Jean Schlumberger... De 1888 à 1950, on suivra donc Gide à travers ses périples, proches (Italie, Suisse, Allemagne...) ou plus lointains (Afrique du Nord, bassin méditerranéen...). Avec, en guise de sommets, ses deux grands voyages " politiques " : en Afrique noire (1925-1926) et en U.R.S.S. (1936).

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