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Lettre Volee
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FIGURES DU DEUIL ET DU PHOTOGRAPHIQUE : Formes du film-essai chez Naomi Kawase, Alain Cavalier et David Perlov
Isabelle Rèbre
- La Lettre volée
- 21 Novembre 2025
- 9782873176631
Cet essai développe une réflexion autour du photographique dans son lien à la mémoire
et au deuil, qu'il soit intime ou d'ordre historique. Il montre que la photographie est une
figure de deuil, autrement dit, elle fait à la fois coupe et lien. À travers un corpus restreint
de trois films-essais, cet ouvrage analyse des figures de deuil et des gestes filmiques
singuliers. Dans
La Danse des souvenirs
(2002), Naomi Kawase est confrontée à une mort
intime. L'imbrication de clichés photographiques dans le film produit une suspension qui
provoque un renversement dans cette trajectoire dont l'issue semblait fatale. La cinéaste
use de la photographie comme une figure de lien qui permet de relier les vivants et les
morts. Dans
Ce répondeur ne prend pas de messages
(1978), Alain Cavalier, incarne un
homme endeuillé. Le cinéaste reprend un grand nombre de clichés photographiques
tirées de ses archives personnelles, parmi lesquelles des coupures de journaux
représentant des cadavres de la guerre. Dans ce geste de reprise, la problématique prend
une dimension historique. À l'instar de la photographie devenue ici figure de coupe, le
film déploie un ensemble de figures où la rupture insiste, participant d'un jeu de deuil.
Avec
Le Journal
(1973-1982) de David Perlov, qui est enserré entre deux guerres, le texte
aborde la problématique dans sa dimension politique. Le cinéaste israélien, qui est aussi
photographe, utilise différents formats de photographies. Par ces gestes de reprises et de
répétitions, le photographique permet une transformation de la figure qui autorise la
séparation avec un passé traumatique -
De quoi le curating est-il le nom? : Métamorphoses d'une profession dans le champ de l'exposition
Julie Bawin
- La Lettre volée
- Essais
- 5 Mars 2025
- 9782873176440
Le mot « curating » est, depuis une quinzaine d'années, un mot de code particulièrement en vogue dans l'univers des expositions d'art contemporain, mais à quelles pratiques se rapporte-t-il exactement et pour quelle raison cet anglicisme a-t-il fini par supplanter, dans la langue française, le terme « commissariat » ? Répondre à ces questions ne revient pas seulement à mettre en lumière le rôle que les artistes, conservateurs de musée, auteurs et « faiseurs » d'expositions ont joué, dès les années 1960-1970, dans le renouveau apporté au champ de l'exposition. L'idée sur laquelle repose cet ouvrage est que le curating, loin d'être un phénomène récent, se rapporte à des à des (r)évolutions plus anciennes et successives, tant dans le domaine de l'accrochage et de la scénographie que dans la sphère professionnelle et institutionnelle au sein de laquelle évoluent les organisateurs d'exposition. Aussi verra-t-on que, depuis le milieu du XIXe siècle, l'activité curatoriale est passée entre les mains de protagonistes toujours plus nombreux et qu'elle oscille désormais entre une hyper-professionnalisation et une déprofessionnalisation toujours plus tangible. Il semblerait en effet que de nos jours, le métier - reconnu comme tel - soit à la portée de tout un chacun, et en particulier à ceux que l'autrice appelle les « curateurs outsiders ».
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LES SCÉNARIOS DE CHARLES SPAAK : L'écrivain derrière la toile
Jacqueline Van Nypelseer-Wolfowicz
- La Lettre volée
- 4 Avril 2025
- 9782873176471
Cette étude approfondie de l'écriture des scénarios de Charles Spaak est l'une des rares études dédiées à un scénariste de langue française. Elle dresse le portrait d'un scénariste belge méconnu qui est pourtant l'auteur de scénarios célèbres écrits pour des réalisateurs de renommée internationale comme Le Grand Jeu et La Kermesse héroïque pour Feyder, La Grande Illusion pour Renoir, Le Ciel est à vous pour Grémillon, Nous sommes tous des assassins pour Cayatte ou Les Tricheurs pour Carné. Le lecteur découvrira pas à pas l'écrivain qui initia les grandes tendances du cinéma français, du muet à la Nouvelle vague. Avec Jacques Prévert, Charles Spaak est un des plus importants scénaristes du cinéma français des années 1930 et 1940. Précurseur du réalisme poétique avec Feyder et très impliqué dans les problèmes de son temps qui déboucheraient sur la Deuxième Guerre mondiale, on lui doit aussi le prototype de l'homme du peuple au grand coeur capable de se défendre contre les importuns, qui, mis en scène par Duvivier et personnifié par Jean Gabin, deviendrait le héros incontesté du genre.
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Je trace
rassemble vingt années de dessins de Laurence Skivée autour du monde animal.
Creuser le monde animal avec des mots est pour elle une façon d'aborder le monde de
l'enfance ; l'enfant qu'elle est en dessinant, l'adulte qu'elle est en écrivant se contentant
de passer, comme un animal, semblable à un trait... L'autrice et artiste tente, à travers cet
univers propre à son enfance, d'évoquer son trait, de traduire ce monde de façon
poétique. Une manière d'aborder son travail, de l'effleurer telle une ligne, dit-elle. -
Pasolini, poète et romancier : de la pulsion de régression à la crise de la représentation
Philippe Di Meo
- La Lettre volée
- Palimpsestes
- 12 Janvier 2024
- 9782873176235
Dès ses premiers poèmes, l'essentiel de l'oeuvre de Pier Paolo Pasolini s'articule autour de la figure de Narcisse. C'est travers l'évocation de ce mythe qu'il assouvit un impérieux besoin de confession publique. Mais Narcisse livre une lutte perdue d'avance contre le passage du temps. Pasolini mène ce combat en faisant un usage immodéré de l'analogie pour essayer de concilier instant et durée. Bientôt ce jeu acrobatique se révèle intenable. Il remet alors en cause l'idée même de représentation qui avait été initialement la sienneà travers deux oeuvres majeures : La Meilleure Jeunesse (1975) et Pétrole (posthume, 1992), mais également dans un court-métrage comme Que nous disent les nuages ?(1968). Il invente alors des formes nouvelles comme malgré lui et contre ce en quoi il avait longtemps cru : un univers fondé sur l'éternel retour.Philippe Di Meo est écrivain, critique et traducteur. On lui doit notamment des traductions françaises couronnées de plusieurs prix des oeuvres de Giorgio Manganelli, Andrea Zanzotto, Carlo Emilio Gadda, Bartolo Cattafi, Pier Paolo Pasolini, Giorgio Caproni, Giuseppe Bonaviri, Federigo Tozzi, Edgardo Franzosini, etc. Il a en outre écrit denombreux essais sur la littérature française et italienne, la peinture et le cinéma et collabore à de nombreux sites et revues littéraires.
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« Le poème migre / Il s'appelle / Chant sans Terre / il est serpent et dragon / tout à la fois sol des Migrants et Mer / Sans racine de terre, / Ulysse de justesse ? » Laure Gauthier poursuit ici son travail poétique sur l'énonciation et la polyphonie. Ainsi les dialogues de la première suite chorale intitulée Le terme des lamentations sont de véritables chants tenus par des protagonistes où se découvrent à la fois l'évocation de personnages classiques de la culture prémoderne (Abélard, Héloïse...) et la projection d'une sensibilité à fleur de voix. La deuxième suite poétique intitulée Le serpent b nous entraîne sur les hautes terres de l'Asie afin d'évoquer la légende chinoise des deux serpents vivant dans la montagne, et qui, après mille ans d'existence et de méditation, se transforment en femmes. Ces deux suites ne sont pas étrangères l'une à l'autre, elles inscrivent un même terrain de l'expérience du monde et de la relation à l'autre, plus singulièrement, de la relation amoureuse au sens le plus large et profond qui soit.
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Mario Luzi (1914-2005), l'un des plus grands poètes italiens du XXe siècle, est aussi l'auteur d'une oeuvre importante d'essais sur la littérature et son histoire. Si l'essentiel de son oeuvre poétique est désormais traduit en français, il n'en va pas de même pour ses essais. Ce livre est la première traduction de son étude sur Stéphane Mallarmé, publiée en 1952. En Italie, pour sa génération, le poète français avait été un modèle d'autonomie spirituelle à opposer à la rhétorique du régime fasciste. Luzi y revient après la guerre, dans un moment de crise et de régénération de son pays et de sa poésie, et le réinscrit dans un contexte européen : au-delà des filiations évidentes, françaises, il retrouve les échos de Mallarmé chez Yeats, George, les Espagnols, mais surtout chez Eliot, Rilke et Ungaretti. C'est à partir de leur expérience radicale du langage et de la poésie, qui est aussi la sienne propre, que Luzi relit le corpus poétique de Mallarmé. Par des analyses denses et rapides, il retrace une « biographie intellectuelle » du poète, où le contexte n'est plus séparable des significations intérieures. La finesse de son analyse esquive certaines alternatives trop simples de l'histoire littéraire (continuité / discontinuité, influence / invention) et rend à l'histoire et à l'expérience de la poésie la complexité qui leur revient.
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Nouveau monde : L'Art contemporain à l'époque de la post-mémoire
Antonio Pinto Ribeiro
- La Lettre volée
- Essais
- 17 Octobre 2025
- 9782873176341
Les artistes descendants des générations qui ont vécu les processus de décolonisation, comme de nombreux citoyens non-occidentaux vivant en Occident, soulignent la nécessité d'une réécriture des histoires croisées de l'Afrique et de l'Europe. Nombreux sont ces artistes qui interrogent les canons et les non-dits de cette mémoire, les objets hérités de vies et de territoires antérieurs, l'hégémonie de la modernité européenne et les récits des collections muséales qui évoquent les fantômes de l'entreprise coloniale. Du cinéma à la musique, des arts visuels au théâtre, de la danse à la photographie, ces artistes revisitent les archives familiales et redéfinissent la culture européenne héritée de la tradition gréco-romaine autant que celle de la Mitteleuropa. À travers leurs oeuvres, Amalia Escriva, Margarida Cardoso, Teatro Griot, Francisco Vidal, Louise Narbo, Délio Jasse, Dino d'Santiago, Nuno Nunes-Ferreira, John K. Cobra, Katia Kameli, Aimé Mpane et Ana Mendes sont les protagonistes d'une vision transnationale des arts, jouant un rôle incontournable dans le cosmopolitisme européen du XXIe siècle.
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L'oeuvre poétique de François Rannou s'impose comme une oeuvre exigeante explorant
plusieurs domaines de l'expérience de la vie. Ce temps nôtre écru questionne un monde
bouleversé, fluctuant, où l'Homme, en guerre perpétuelle contre ce qui fonde son
humanité et son lieu (son habitation), peine à être, parfois, une conscience éveillée. Peut-
on imaginer que le poème puisse donner corps à cette inquiétude, à cette nécessaire
espérance teintée de cruelle lucidité ? Pour arriver à ce point de bascule, le livre est
construit en 33 moments - comme le nombre de vertèbres de l'être humain, c'est dire le
désir par la poésie de se tenir toujours debout. On avance dans cet ouvrage par facettes
successives, faisant parfois remonter du puits de notre histoire des indices de notre
présent, l'éclairant comme une lumière qui viendrait de derrière les mots, en projetant
leur ombre fraîche -
« Avec les arts plastiques, je n'ai pu que m'engager en terrain ennemi », disait Marcel Broodthaers. Quel est le sens de cet engagement ? Quel est l'enjeu du combat qui le conduit à la douloureuse décision de délaisser le champ de l'écriture poétique ? Son oeuvre multiforme déjoue les interprétations. Plusieurs fils s'y tressent, selon une logique originale que déploie cet Éloge. Les références essentielles en sont Mallarmé, qu'il tient pour « l'inventeur de l'espace moderne », Magritte, à qui il fait crédit d'un « resserrement de la notion de sujet » et Lacan, pour qui « la vérité a structure de fiction ». Une poétique de l'objet et de l'absence d'objet s'en déduit, ainsi qu'une pratique ironique des équivoques de la communication. S'y dessine la figure d'un artiste génial, qu'on n'a pas fini de découvrir.
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C'est ainsi : Vérène, Toinon, Ulrich et Cécile voient sans cesse la misogynie ordinaire se rejouer dans leur vie?; constamment, il et elles en subissent la logique. La haine des femmes s'y double de l'horreur du féminin - le féminin en chacune et en chacun. Le féminin comme marque d'un certain penchant, d'un goût plus ou moins prononcé pour ce qui reste ouvert, ce qui fuit, ce qui ne se suffit pas. Autant dire que Vérène, Toinon, Ulrich ou Cécile ne sont plus à l'abri de rien, quand celles et ceux qui préfèrent les formes closes et les ensembles pleins croisent leur chemin. Tôt ou tard - c'est certain -, on leur décochera un énoncé mortifiant. Alors, la flèche fusera et, se fichant dans leur chair, les projettera au bord de l'abîme où on les verra vaciller. Avec une encoche dans l'âme - encore une -, quelque part entre le coeur et l'abdomen.
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RUSES À L'OEUVRE : Modes d'agir avec l'art contemporain
Katrin Gattinger
- La Lettre volée
- 14 Février 2025
- 9782873176433
Parce que dans un monde injuste, régi par des luttes d'intérêt, on a parfois besoin de jouer des tours, cet essai pose la question : que peut l'art ? Mais plutôt que de regarder les oeuvres du point de vue de l'efficience, il s'agit d'observer leur inventivité, de saisir la complexité de leurs modes opératoires. Les ruses - qui font croire et agir tout en restant elles-mêmes dissimulées, qui enthousiasment par leur capacité à mener une cause perdue au triomphe - sont au coeur de ce livre, préfacé par le philosophe Pierre-Damien Huyghe. Par l'étude de « l'intelligence pratique » des procédés et logiques de cinq oeuvres des artistes Peter Rosel, Made in Éric, Olive Martin et Patrick Bernier, Judith Deschamps, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, cet essai explore leurs résistances en s'appuyant sur des stratagèmes observés par ailleurs (camouflage militaire, système de l'art, actions politiques sur la justice, arnaques sur internet) et les théories qui leurs sont consacrées. Ces oeuvres desquelles émanent des connaissances, savoirs-faire et astuces, invitent à regarder comment ces gestes artistiques peuvent nous aider à penser les conflits du réel et imaginer des modes d'agir rusés.
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Cet ouvrage s'inspire de l'acte d'écriture de Rimbaud qui, à la fin du XIXe siècle, prit la plume pour dire ce que de l'adolescence il pensait être banal. Toutes ces choses de l'adolescence, le poète, de sa position d'exception qui fut la sienne, su mieux qu'aucun autre en saisir le moment qu'il qualifia de révolte logique tout en témoignant que cela l'avait conduit dans une position d'exil, d'abord de son enfance puis de sa langue maternelle, l'amenant à y ressentir ses souffrances modernes, puis à quitter cette langue occidentale qui l'ennuyait pour trouver le repos dans sa pensée. Ce lieu de l'exil de l'enfance, il le nomma printemps - cet éveil du printemps revisité par Lacan. Voilà pourquoi Rimbaud incarne le poète adolescent mais aussi l'adolescence de la langue. Ainsi Rimbaud a-t-il précédé le psychanalyste en venant éclairer si bien l'adolescence pour nous qui cherchons le fil paradoxal de cette révolte logique. Philippe Lacadée est médecin psychiatre, psychanalyste, membre de l'école de la cause freudienne, de l'association mondiale de psychanalyse et de la New Lacanienne School. Il est l'auteur de très nombreux ouvrages consacrés à l'enfance et à l'adolescence, à la psychanalyse et à l'école, mais aussi à Robert Walser, François Augiéras et à présent Arthur Rimbaud.
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Herstory : féminisme, minorité et visualité
Maryam Kolly
- La Lettre volée
- Essais
- 5 Mai 2023
- 9782873176013
Ce livre rassemble des récits de féministes minoritaires du début du vingt-et-unième siècle en Europe. À travers des auto-ethnographies de la sororité, l'ouvrage répond à un objectif : celui de réécrire l'histoire du point de vue des dominées - en mettant l'accent sur l'utilité des images à cette fin. Un terme issu des sciences sociales anglosaxonnes traduit ce geste que l'on reprendra à notre compte ici, en disant que l'ensemble des contributrices sont ici les instigatrices d'une HERstory iconique intersectionnelle et décoloniale. Contributions de Salwa Boujour (journaliste multimédia, assistante chargée d'exercices à l'ULB, conférencière et formatrice), Maja-Ajmia Yde Zellama (réalisatrice, directrice de casting, DJ, event-manager et travailleuse sociale), Manal Yousfi (fonfatrice de la plateforme Soeur Muz qui concerne les femmes musulmanes), Souhaïla Amri (coordinatrice de projets socio-culturels à Ras El Hanout et chargée de formations chez TYN), Fatima-Zohra Ait El Maâti (artiste, programmatrice d'art et curatrice), Samira Hmouda (curatrice et manager culturelle), Malika Hamidi (enseignante suppléante du cours Islam en Europe contemporaine du Master en Sciences Politiques à l'Université Libre de Bruxelles), Benedikte Zitouni (sociologue à l'Université Saint-Louis de Bruxelles), Nadia Fadil (Professeur au département d'anthropologie culturelle et sociale à la Katholieke Universiteit Leuven). Maryam Kolly est sociologue, enseignante-chercheuse à l'USL-B, membre du GECo à l'ULB et conférencière à l'École de Recherche Graphique, après une trajectoire d'intervenante sociale jeunesse d'une dizaine d'années. Licenciée en Philosophie et Lettres et Docteure en sciences sociales et politique, elle a publié deux monographies, Diplomate au pays des jeunes (Academia, 2019) et De la religion que l'on voit à la religion que l'on ne voit pas (Presses USL-B, 2018) issues de recherches doctorales et postdoctorales sur les politiques de prévention et le travail social, les jeunesses urbaines, les masculinités et féminités marginales postcoloniales, l'épistémologie pragmatique.
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Comment peser l'incalculable ? Quelle est l'alliage d'un fait social ? Notre système nous impose de plus en plus
de chiffres au sein de la langue et de nos approches ; que ce soit au travers de la santé, la météo, les cours en
bourse, l'accumulation de sondages et de promotions. Il élargit notre sémantique, falsifie le réel par la création
de nouveaux mythes et de nouvelles nécessités de subsistance. Trois pour cent sauvages décortique une vie en se
concentrant sur les pourcentages. Il s'agit ici se de frayer une poésie en rapportant tout au calcul, jusqu'aux
ambivalences de la personnalité même : l'émotion, la raison et l'insouciance. -
Né à Privas le 4 mars 1927 et disparu le 27 octobre 2012 à Paris, Jacques Dupin offrit à ses lecteurs, par des livres rares et intenses, de Gravir (1963) à Dehors (1975) jusqu'à Contumace (1986]) ou Discorde (2017), la traversée d'expériences âpres, toujours tendues vers ce qu'elles ignoraient d'elles-mêmes. La tâche à laquelle le poème de Jacques Dupin se doit est celle d'un dehors à affronter. Dépassionnée et comme à distance, tout autant qu'exposée à ses pulsions contradictoires, son écriture se mesure à cette ironie, à ses affres, autant qu'aux embardées réitérées dont elle fit son moteur. ce livre rassemble tous les textes (essais, portraits, chroniques, etc.) d'emmanuel Laugier sur l'oeuvre de Jacques Dupin écrits entre 1993 et 2017. ces textes, dont certains inédits, ont tous été revus, même s'ils conservent intacts l'élan et la tonalité qui les motivèrent. c'est d'ailleurs la variation des voix qui a présidée à l'agencement de l'ouvrage. Ainsi l'ensemble du livre dit l'attention fidèle portée à l'oeuvre de Jacques Dupin, tout autant que les mouvements internes qui en animent la lecture. « ils esquissent puis précisent le parcours du lecteur que j'ai été depuis plus de vingt ans et que je ne cesse d'être vis-à-vis du poète et de l'ami », dit l'auteur.
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Conçu comme un album de bande dessinée classique, mais où les phylactères libérés de leur fonction et érigés au rang de personnages et de signes souverains s'en donneraient à coeur joie à revisiter toute l'histoire de l'art moderne, cette théorie des bulles de l'artiste plasticien Emilio López-Menchero emprunte aux techniques les plus radicales pour dynamiser les traits essentiels du langage de la bande dessinée. Ce faisant, le livre en accroît aussi le potentiel critique. La « théorie » du titre ne signifie en rien quelque souhait de rester en marge de la pratique. Elle vise au contraire une façon de mieux construire des armes pour rebondir dans les débats et enjeux de tous les jours. Telle quête conduit l'auteur vers l'essence de son médium - qui n'est nullement l'horizon ultime du travail créateur mais le tremplin que se donne Emilio López-Menchero pour intervenir dans le monde plus large de l'art et, plus largement encore, de l'action sociale. L'essence en question est ce que le philosophe belge Henri Van Lier a nommé le « multicadre », terme aussi simple que juste, à mille lieues des idées que l'on continue à se faire sur la bande dessinée,comme l'écrit Jan Baetens dans sa postface.
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Ce livre rassemble trois textes écrits à la mémoire d'une disparue et d'une morte. Un journal, une pièce de théâtre et le parcours d'une courte exposition. L'imaginaire du monde des morts agite l'esprit du monde des vivants, les fantômes du réel deviennent des images de boucles temporelles qui s'entrelacent en l'absence de toute autre finalité que celle du temps qui ne passe pas. Le journal ante-mortem est écrit par un schizophrène si conscient de l'être qu'il ressemble à l'histoire d'une fracture de l'inconscient. L'interrogation perpétuelle sur la mort découvre sans cesse des traces d'origine comme si la mort avait déjà eu lieu. La pièce de théâtre est composée à partir de lettres adressées à une amante défunte, jetées à la rivière ou portées sur sa tombe par une amie. Le récit de l'exposition raconte comment les relations amoureuses intimes se projettent sur le territoire en fabriquant les liens entre le temps qui fait semblant de passer et l'espace qui se circonscrit en lieux de mémoire. Ces textes sont bouleversants, magnifiques à bien des égards car ce témoignage d'outre-tombe est surtout prétexte à dévoiler des pans entiers de la vie vécue qui refont surface comme un bréviaire.
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L' art imprimé de Gérard Collin-Thiébaut
Océane Delleaux
- La Lettre volée
- Palimpsestes
- 22 Août 2025
- 9782873176549
Ouvrir la fabrique de l'art imprimé de Gérard Collin-Thiébaut à un large public : telle a été la motivation pour l'écriture du présent essai monographique. Depuis le début des années 1980, l'artiste déploie en effet une vaste pratique à partir d'images accessibles, qui s'inscrit dans l'histoire du phénomène de l'édition d'artiste contemporaine : une production n'ayant, à ce jour, fait l'objet d'aucune véritable enquête, pourtant nécessaire compte tenu de son ampleur et des enjeux qu'elle soulève au sein de l'art contemporain. À cet égard, en retenant comme cadre les diverses formes d'investigation éditoriales de Gérard Collin-Thiébaut, l'ouvrage convie à interroger la manière dont l'artiste combine une certaine visée démocratique de l'art avec les exigences du milieu artistique, contribuant ainsi au façonnement d'une période historique de l'édition d'artiste.
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« Refaire mille fois d'ouest en est le trajet La Panne-Knokke afin de vérifier qu'aucun tiroir des souvenirs n'a été oublié, que nul objet nul talisman n'a été égaré dans les dernières heures passées de cette chambre de l'hôtel Regina Maris aujourd'hui désaffecté. / Collectionner des pans d'histoire, des chars à voile à lire, des plages à écrire, reprendre quelques croquettes aux crevettes avant de fendre les flots, courir les rues, battre les polders. Croiser Ensor, Spilliaert, Delvaux, Magritte, Louis Artan mais aussi Roger De Vlaeminck, Willy Vandersteen, New Order et Echo and the Bunnymen au détour d'une digue. / La marée ramenant chaque jour sans cesse sur la plage, dans ses flux, reflux et ressacs, en un rêve récurent, des bibelots, un jouet, une sirène empaillée, une friture, un hôtel, un casino, une dune, un séjour à la Mer comme un voyage sur la Lune. / Parcourir ces soixante-sept kilomètres de nostalgie à la recherche de détails aperçus dans les cartes postales anciennes. C'est le voyage dans le temps et l'espace que propose l'auteur en ces poèmes en vers libres et aux assonances maritimes. » (F. L.)
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Plates-bandes à part ; esthétique de la bande desinée
Collectif
- La Lettre volée
- 14 Février 2013
- 9782873173760
Au début des années 1960, un universitaire américain dénonçait la piètre estime dont jouissaient les enseignements artistiques à l'Université. "L'art en soi apparaît comme une matière dénuée d'utilité et n'est trop souvent considéré que comme une fioriture du programme, une futilité tout juste bonne pour les étudiants inaptes aux études techniques, un dépotoir pour athlètes, un training thérapeutique pour paraplégiques." A cette époque, les bandes dessinées n'avaient même pas droit de cité dans les sphères académiques.
En pensant à Mad, Mac Luhan remarque pourtant que l'art populaire auquel il rattache les bandes dessinées - "est un clown qui nous rappelle toute la vie et toute la liberté dont nous nous privons dans notre routine quotidienne". Aujourd'hui, alors que le "neuvième art" fait l'objet de cours, de colloques et de publications universitaires, "liberté" est bien le maître mot permettant de comprendre l'intérêt que nous pouvons porter à son univers hétéroclite, non pas seulement parce que la bande dessinée nous donnerait à son contact l'illusion de rester en marge de la culture officielle, mais surtout parce que ses recherches plastiques et narratives témoignent, dans le meilleur des cas, d'une liberté radicale de création, rebelle au formatage de l'industrie culturelle, étrangère à l'ordre de la communication et à ses codes élémentaires. -
Fiction territoriale (art, jeu, scène, territoire)
Raya Lindberg
- La Lettre volée
- 20 Novembre 2023
- 9782873175689
L'ouvrage de Raya Lindberg, à la fois essai esthétique et archives, est composé de trois parties : les propositions de la plateforme de recherche et d'expérimentation artistique espace potentiel fondée en 2018 ; des essais de l'autrice avec un abstract en anglais et quatre entretiens avec les artistes invités. Le livre envisage ainsi la création artistique contemporaine dans son articulation au document et selon la notion élargie de dramaturgie. Il regroupe une vingtaine d'artistes belges, français et internationaux invités à exposer et à dialoguer à partir de ces approches. La forme et les enjeux de l'exposition y sont abordés selon une expérience critique permettant une compréhension renouvelée du monde actuel. Artistes convoqués : Agnès Adam, Louisa Babari, Tatiana Bohm, Eve Bonneau, Delphine Bretesché, Philippe Calandre, Claude Cattelain, Effi & Amir, Gary Farrelly, Michel François, Gary Hill, Gilles Hellemans, Mikhail Karikis, Daphné Le Sergent, Thy Nguyên Truong Minh, Kika Nicolela, Ben Rivers, Robert Suermondt, Simon Whetham.
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Détentrice, récit de chair soufflé comme un chant, un corps déterminé, une mémoire tourné vers le ciel. Ce grand cri éblouissant à l'allure poétique est fidèle au style minimaliste de son autrice qui poursuit ici son travail de fouille intérieure dans les territoires de la mémoire.
« Laurence Skivée nous écrit depuis un espace où elle n'est pas détentrice des mots, elle nous parle depuis un silence qui longe et troue son récit. Aucune posture, aucun faste sonore mais une quête d'existence qui emprunte le chemin du verbe. Il s'agit de se faire advenir à partir des coupures, des errances, de la survivance. Il s'agit d'écrire comme la mer roule son écume blanche. Au plus près du non-savoir et des vents de l'enfance, à l'affût d'un creuset de langue où se blottir. » Véronique Bergen (extrait de sa préface) -
Katrin Gattinger : Plan B : Arts et Ruses, Animaux et Milieux. Tome 2
- La Lettre volée
- 12 Août 2025
- 9782873176525
Arts et ruses, animaux et milieux s'attache aux réponses, adaptatives ou résistantes, rusées ou résignées, que des animaux opposent à des milieux artificialisés ou contraints. Cette approche interroge la responsabilité humaine quant à l'exigence éthique et la nécessité vitale d'une cohabitation interspécifique, mais fournit également des pistes pour l'inventer. Deux tomes composent l'ouvrage : Inventions animales d'espaces habitables, constitué d'articles interdisciplinaires (art, philosophie, éthologie, géographie) et Katrin Gattinger : Plan B, la première monographie de l'artiste. Les textes critiques des philosophes Véronique Brière, Chiara Palermo et Chris Younès et de la chercheuse en arts plastiques Séverine Cauchy concourent à une étude approfondie de l'approche artistique récente (2019-2024) de la plasticienne des possibilités, notamment animales, pour faire monde. À cet égard, qu'avons-nous à apprendre des comportements animaux ? Traversée par des ruses animales et artistiques, des gestes de « collaboration » interspécifique et des formes inattendues d'adaptation, l'oeuvre suggère des manières alternatives d'être ensemble.