• Peu de régions auront autant que l'Andalousie sollicité l'imagination et le rêve. Peut-être même est-elle la région d'Europe où les vérités et les légendes ont fait le plus de ravages dans les esprits parfois les plus éminents. On a fini par attribuer à toute l'Espagne certains de ses traits : les patios, le flamenco, Carmen, les gitans, les courses de taureaux, l'architecture hispano-mauresque, la fiction d'un lieu où chrétiens, juifs et musulmans auraient vécu en harmonie au Moyen âge... Paré des charmes exotiques d'un Orient lui aussi fabriqué, ce pays attachant, étranger à l'Europe et quasi africain, est une invention, l'envers de la« légende noire » de l'Espagne, des écrivains romantiques français et anglais, ce qui n'a pas empêché le national-catholicisme franquiste, avec son rejet des Lumières et du monde moderne, d'entretenir à sa façon ce même cliché d'un paradis perdu. Aujourd'hui encore, la nostalgie d'une Andalousie supposée« communautariste » ne manque pas de rencontrer quelques échos. L'histoire réelle, elle, nous raconte que les délimitations ne remontent pas au-delà du XIXe siècle et qu'il est difficile de soutenir que l'Andalousie ait jamais connu l'unité. Le passé s'y articule autour de trois pôles, Grenade, Cordoue et Séville (mais pas Cadix, ville moderne qui se prête mal à l'exotisme...), aux destins bien différenciés. Quant à faire de la conversion/expulsion des juifs et plus tard des moresques l'épisode le plus significatif de la politique intolérante de la monarchie espagnole, c'est commettre un anachronisme que la recherche historique la plus récente a mis en évidence.

  • Créée à l'origine pour résoudre le problème que posait la présence de milliers de juifs en Espagne, l'Inquisition pris de multiples formes pour imposer un pouvoir qui s'éteindra définitivement en 1834.
    En 1480, l'Espagne crée l'Inquisition, destinée à expulser les juifs et les nouveaux convertis dont on pense qu'ils n'ont pas renié leur foi hérétique. Elle s'attaquera donc successivement aux juifs, aux luthériens, aux Illuminatis, aux protestants, aux sorcières et aux personnes soupçonnées de mauvaises moeurs. Pour cela elle met en place sous l'impulsion de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille, un véritable appareil d'État, avec à sa tête l'inquisiteur général assisté de son conseil qui missionne des inquisiteurs dans les districts où l'accusateur public, les personnels subalternes et bénévoles mettent en place la répression. Elle aboutit à l'arrestation, à la suite de laquelle la torture est utilisée de façon quasi systématique et au procès.
    Au-delà de cette action brutale sur les personnes, l'Inquisition agit sur l'économie en expulsant d'Espagne une partie des forces vives, sur la pensée en mettant à l'index et en détruisant les livres consacrés aux religions autres que catholique ou les traités scientifiques au cours d'autodafés.
    Si les rois d'Espagne ont utilisé l'Inquisition comme un instrument de leur pouvoir, elle fut tout autant au service de la Papauté. Cette confusion du temporel et du spirituel fera de l'Inquisition le complément du pouvoir politique.

  • Il suffit d'énumérer quelques dates pour se convaincre du rôle fondamental joué par les Rois Catholiques dans l'histoire de la péninsule Ibérique (et de l'Europe) : 1469, par leur mariage, l'Espagne se trouve unifiée, bien que leurs royaumes, l'Aragon de Ferdinand et la Castille d'Isabelle, conservent une large autonomie ; 1480, l'Inquisition, arrachée à la tutelle romaine, devient pour le pouvoir un instrument de contrôle de la société ; 1492, la prise de Grenade marque la fin définitive de la présence musulmane et le début de l'expulsion des Juifs ; 1492 encore, un Génois nommé Colomb, investi de la confiance des souverains, découvre l'Amérique ; 1492 toujours, la publication de la Grammaire de Nebrija confère ses lettres de noblesse au castillan qui devient l'espagnol et bientôt une langue parlée dans le monde entier...
    Autant dire que la majeure partie des traits - qu'ils soient ou non à leur gloire... - qui feront, et pour longtemps, de l'Espagne une puissance de premier plan et lui donneront une culture et des moeurs spécifiques ont été mis en place alors qu'ils gouvernaient. Il y aurait pourtant quelque excès à voir, comme on l'a longtemps fait, dans ce double règne la seule cause de la prééminence espagnole au Siècle d'Or, car le hasard d'une part et la situation politique, sociale et économique d'autre part leur ont donné leur chance ; mais ils ont su, ensemble, la favoriser...

  • « Ce livre n'est pas une nouvelle biographie de la carmélite d'Avila. Ce que propose l'auteur, c'est de replacer cette femme d'action dans l'Espagne de son temps. Comment une femme a-t-elle pu s'imposer dans un monde masculin si méfiant à l'égard d'idées et de pratiques religieuses qui s'écartaient de la norme commune ? La réussite de Thérèse tient à sa personnalité et au refus de se laisser enfermer dans les cadres mentaux d'une société dynamique mais inquiète. Thérèse d'Avila se croyait appelée à de grandes choses ; elle refusait la médiocrité. Selon elle, cette ambition n'est pas incompatible avec la vertu d'humilité. C'est à un effort d'intelligence, de lucidité et de volonté qu'elle invite ses contemporains et, au-delà, les lecteurs du XXIe siècle. » J. P. Joseph Pérez est Professeur émérite de civilisation de l'Espagne et de l'Ibéro-Amérique à l'Université de Bordeaux III-Michel de Montaigne. Fondateur et premier directeur de la Maison des pays ibériques, il est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels, chez Fayard, une Histoire de l'Espagne (1996), La légende noire de l'Espagne (2009) et, dans la collection « Pluriel », L'Espagne de Philippe II.

  • L'espagne de philippe ii

    Joseph Pérez

    • Pluriel
    • 4 Septembre 2013

    La personnalité de Philippe II (né en 1527 et mort, il y a tout juste quatre siècles en 1598) ne laisse pas indifférent ; il n'a, à vrai dire, pas bonne presse et la "légende noire" forgée de son vivant par ses adversaires français, anglais et hollandais lui colle à la peau. Le présent ouvrage n'entend pas réhabiliter sa mémoire en offrant une nouvelle biographie, mais plutôt montrer comment quarante ans de gouvernement ont durablement engagé le destin de l'Espagne et de ses possessions. C'est sous l'égide de Philippe II qu'ont pris forme les grandes orientations politiques, économiques et idéologiques qui ont eu des effets profonds dans la péninsule et en Amérique.La définition qu'on donne souvent de l'Espagne de ce temps - un empire au service de la Contre-Réforme - est à l'évidence trompeuse et réductrice. Ce qui la caractérise en effet ce n'est pas la défense acharnée du catholicisme, mais une volonté obstinée de puissance, l'obsession chez le roi de garder sa réputation d'homme le plus puissant de la chrétienté ; s'il a été intolérant, Philippe II ne l'a pas été davantage que les autres monarques de son temps. En revanche, pour protéger ce qui à ses yeux constituait un ensemble de droits patrimoniaux inaliénables - aux Pays-Bas, au Portugal et même en France -, il a compromis voire sacrifié les intérêts bien compris de l'Espagne.Mettant en oeuvre une ample documentation et surtout faisant la synthèse de nombreuses recherches inédites en France, Joseph Pérez revient sur les idées recues et propose une appréciation radicalement nouvelle du règne de Philippe II.

    Joseph Pérez est professeur honoraire de civilisation de l'Espagne et de l'Amérique latine à l'université de Bordeaux-III. Fondateur et premier directeur de la Maison des pays ibériques à Bordeaux, ancien directeur de la Casa de Velasquez de Madrid, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire et la culture espagnoles, en particulier d'Isabelle et Ferdinand, Rois Catholiques d'Espagne (Fayard, 1988) et de l'Histoire de l'Espagne (Fayard, 1996).

  • Charles Quint et Philippe II recueillent et exploitent l'héritage des Rois Catholiques et lui ajoutent des territoires nouveaux le Mexique, le Pérou, les Pays-Bas, le Portugal... Cet empire immense fait impression, mais il manque d'unité ; ce qu'on appelle la monarchie hispanique est plutôt une confédération de royaumes et des principautés autonomes qui ont le même souverain, mais n'ont pas le sentiment de faire partie d'une patrie unique. En réalité, c'est presque exclusivement à la Castille qu'on demande de financer une politique étrangère ambitieuse. On comprend qu'elle s'y soit épuisée, malgré sa prospérité, son dynamisme, sa richesse, malgré aussi les «  trésors  » américains qui arrivaient tous les ans à Séville en quantités croissantes.L'auteur retrace les grandes lignes de cette histoire pour y chercher une explication. Il laisse ensuite très largement la parole aux contemporains de cette époque, ainsi qu'aux écrivains et historiens actuels qui ouvrent des voies nouvelles à la recherche.Joseph Pérez est professeur de civilisation de l'Espagne et de l'Amérique latine à l'université de Bordeaux III et ancien directeur de la Casa de Velázquez. Il est auteur de nombreux ouvrages sur l'Espagne dont Charles Quint, empereur des deux mondes (Gallimard, 1994), Histoire de l'Espagne (Fayard, 1996), L'Espagne de Philippe II (Fayard, 1998).
    Économie et société. L'empire hispanique. Le rayonnement intellectuel de l'Espagne. Choix de textes : Le XVIe siècle vu par les écrivains. Le XVIe siècle vu par les contemporains. Le XVIe siècle vu par les historiens du XXe.

  • Histoire de l'espagne

    Joseph Pérez

    • Fayard
    • 1 Décembre 1996

    Invasion musulmane de 711, découverte et conquête de l'Amérique, avènement de Charles Quint, trois événements qui seraient révélateurs de la spécificité de l'Espagne et qui l'auraient marginalisée par rapport à la civilisation européenne. Depuis l'Inquisition et l'expulsion des Juifs jusqu'à la guerre civile et la dictature franquiste, la légende noire a la vie dure, comme si l'Angleterre, la France, l'Allemagne et quelques autres pays avaient pratiqué constamment la tolérance, ne s'étaient jamais déchirés en querelles intestines et avaient traité les peuples qu'ils avaient colonisés avec mansuétude... A la lumière des travaux des nouvelles générations _ mal connus de ce côté-ci des Pyrénées _, on sait aujourd'hui qu'il y a eu aussi de l'humanisme dans l'organisation et la mise en valeur de l'Amérique espagnole, que les Lumières furent présentes dans la péninsule et que le décollage des années 1960 fut précédé, tout au long du XXe siècle, d'une réelle modernisation de l'économie et de la société. L'adoption d'une constitution démocratique, en 1978, l'intégration réussie dans l'Union européenne et le retour de l'Espagne sur la scène internationale ne sauraient surprendre l'historien de la longue durée.

    C'est donc à une approche très neuve du passé de l'Espagne, des origines à nos jours _ jusqu'à l'alternance politique de 1996 _ que cet ouvrage, nourri aux recherches les plus récentes, invite le lecteur.

    Joseph Pérez est professeur de civilisation de l'Espagne et de l'Amérique latine à l'Université de Bordeaux III. Fondateur et premier directeur de la Maison des pays ibériques, ancien directeur de la Casa de Velázquez, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire et la culture espagnoles, en particulier d'Isabelle et Ferdinand, Rois Catholiques d'Espagne (Fayard, 1988).

  • Il suffit d'énumérer quelques dates pour se convaincre du rôle fondamental joué par les Rois Catholiques dans l'histoire de la péninsule Ibérique (et de l'Europe): 1469, par leur mariage, l'Espagne se trouve unifiée, bien que leurs royaumes, l'Aragon de Ferdinand et la Castille d'Isabelle, conservent une large autonomie; 1480, l'Inquisition, arrachée à la tutelle romaine, devient pour le pouvoir un instrument de contrôle de la société; 1492, la prise de Grenade marque la fin définitive de la présence musulmane et le début de l'expulsion des Juifs; 1492 encore, un Génois nommé Colomb, investi de la confiance des souverains, découvre l'Amérique; 1492 toujours, la publication de la Grammaire de Nebrija confère ses lettres de noblesse au castillan qui devient l'espagnol et bientôt une langue parlée dans le monde entier...

    Autant dire que la majeure partie des traits _ qu'ils soient ou non à leur gloire... _ qui feront, et pour longtemps, de l'Espagne une puissance de premier plan et lui donneront une culture et des moeurs spécifiques ont été mis en place alors qu'ils gouvernaient. Il y aurait pourtant quelque excès à voir, comme on l'a longtemps fait, dans ce double règne la seule cause de la prééminence espagnole au Siècle d'Or, car le hasard d'une part et la situation politique, sociale et économique d'autre part leur ont donné leur chance; mais ils ont su, ensemble, la favoriser...

    Joseph Pérez est professeur de civilisation de l'Espagne et de l'Amérique latine ainsi que directeur de la Maison des Pays ibériques à l'Université de Bordeaux-III. Comme en témoignent ses ouvrages précédents, il s'est plus particulièrement intéressé à la formation de l'Etat moderne en Espagne à la charnière des XVe et XVIe siècles.

  • Aspect structural des polymères. Mobilité moléculaire dans les polymères amorphes solides. Déformations non-élastiques des polymères amorphes solides. Approche théorique de la déformation non élastique des polymères amorphes solides. Essais mécaniques : pour une interprétation unitaire des résultats. Vieillissement physique des polymères amorphes. La transition vitreuse. Faut-il conclure ? Annexes.

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