• Situé à la charnière de l'histoire intellectuelle, de l'histoire de l'antijudaïsme et de celle de l'enfance, ce livre n'est pas une « histoire scolastique » des conversions forcées, non plus qu'une histoire du baptême forcé des enfants juifs du Moyen Âge à nos jours. L'enquête prend pour point de départ une controverse théologique née, à la fin du XIII e siècle, d'une question précise :
    Fallait-il baptiser les enfants des juifs contre le gré de leurs parents ?
    Si la doctrine établit la nécessité et l'efficacité du baptême des enfants juifs, le problème de l'effectivité du sacrement met le rapt des enfants au coeur d'un débat dont le pouvoir du prince et les droits des juifs forment les principaux termes. Les représentations du péril juif pour l'enfance qui affleurent dans ce débat touchent un point névralgique de l'historiographie des relations entre juifs et chrétiens.
    Elles étayent le motif de longue durée des « arrachements sauveurs », qui témoigne de ce que l'enjeu constitué par le salut des enfants juifs s'est formulé au Moyen Âge dans un idiome chrétien contingent et transposable.

  • La scolastique a mauvaise réputation. C'est pourtant dans l'université médiévale et en particulier à la faculté de théologie de Paris, au XIIIe siècle, que se forgèrent et s'échangèrent les opinions savantes sur des questions d'actualité fort concrètes, qui intéressaient la société dans son ensemble, marges comprises : les mérites des docteurs, l'obligation de la dîme, le voeu de religion, le devoir conjugal, le profit commercial, la fiscalité royale, la législation contre l'usure, le baptême forcé des enfants juifs, la légitime défense en cas de viol ou la fuite du condamné à mort étaient débattus dans le cadre de disputes « extraordinaires », publiques et facultatives, appelées Quodlibets.
    Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, certains maîtres s'adonnèrent plus que d'autres à cet exercice difficile. C'est le cas de Thomas d'Aquin, de son contemporain (et adversaire) Gérard d'Abbeville, d'Henri de Gand et de Godefroid de Fontaines.
    L'ampleur et la diversité des questions suggèrent la compétence des maîtres à critiquer, à proposer, voire à juger en tous domaines ; leurs emprunts multiples aux sources et aux modes de résolutions juridiques, combinés au dénigrement des juristes, confirment cette prétention à exercer une véritable « juridiction intellectuelle » sur la société.
    À partir de l'analyse des débats scolastiques, l'auteur montre comment les maîtres ont construit leur statut d'autorité et l'idée de leur propre nécessité sociale. Savoir et pouvoir s'articulent ici dans la pratique même de l'activité intellectuelle.

  • À travers une grande variété de documents - livres de pèlerinage, lettres de grâce, statuts synodaux, hagiographies. -, la norme est ici appréhendée en diverses « fabriques » traitées au travers d'institutions, d'images et de discours. Outrepassant les frontières chronologiques et disciplinaires communes, ce volume associe à une réflexion historiographique sur la normativité des études précises de cas. Il manifeste la réelle productivité historique de l'étude des normes.

  • La fabrique de la norme au Moyen-Âge.
    Les sociétés médiévales appliquaient déjà de nombreuses normes et réglements. Cette situation générait des conflits, ponctuellement ou structurellement. Les normes entraient en concurrence à l'échelon de l'individu comme du corps social, religieux, politique. Médiévales analyse certains de ces conflits normatifs et en mesure la portée pour les sociétés médiévales.

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