• En forme de triptyque, cet essai explore les voies théologiques distinctes et cependant solidaires qu'emprunte l'oeuvre d'art.
    Placée sous la garde du transcendantal du vrai, la poésie mystique est, chez amine et satiété pour s'accomplir dans l'inclusion réciproque de Dieu et de l'âme. Gouverné par le transcendantal du bien, le roman de Michel Henry intitulé Le Fils du roi est régi par le concept de messianité : l'afflux permanent de la vie dans les profondeurs de Soi incite l'individu à se charger d'autrui en payant le prix fort.
    Entre ces deux volets, un panneau central est consacré à la beauté comme envisagement : l'Icône de la Trinité d'Andreï Roublev manifeste comment le beau recueille en sa grâce et sa sublimité l'union mystique et le geste messianique à la manière d'un double mandat à remplir.

  • Les soufis connaissent des états d'extase qu'ils comparent volontiers à l'ivresse. Pour le plus poète d'entre eux, Ibn al-Fârid, le symbole prend une ampleur inégalée puisqu'il fait du breuvage même une réalité divine et complexe à la fois : "Nous avons bu en mémoire de l'Aimé le vin qui nous enivra avant que fût créée la vigne". Tel est le premier vers de l'ode qu'il a consacrée au vin éternel et qui fait l'objet de ce livre.

  • De l'éminent poète catalan, Joan Vinyoli, la suprême ambition s'est exprimée dans le recueil intitulé Le Livre d'ami, présenté ici, en édition bilingue, traduit pour la première fois en français. L'oeuvre se publie ensemble avec l'étude que lui a consacré le philosophe libanais Jad Hatem, accompagné d'une notice biographique du poète.
    Prend-on en considération l'emprunt du titre de Joan Vinyoli au chef-d'oeuvre de Raymond Lulle, le Livre d'ami est manifestement un livre sans l'Aimé comme si c'était l'amour, comme réalité impersonnelle, qui était l'objet de la quête ou soi- même, l'homme et le poète. Les quinze poèmes dessinent un itinéraire initiatique vers un inaccessible absolu qui, s'il prend figure en les guises de la femme et de la nature, ne le fait jamais qu'à titre d'intermédiaires.
    Jad Hatem, qui a consacré déjà plusieurs travaux à la littérature catalane et à Vinyoli en particulier, livre ici un essai qui tient compte de l'apport de diverses disciplines et pratiques, dont la philosophie, la théologie mystique, la psychologie complexe (de Jung), l'approche alchimique et la critique symbolique.

  • Une philosophie de l'ange réfléchit sur l'individu le plus proche de la divinité. Proximité qui tient à trois facteurs : la génération, les multiples fonctions à remplir, les drames qu'il est susceptible de provoquer au ciel comme sur la terre. - Cet essai est centré sur Suhrawardî, Qâshânî et la philosophie ismaélienne. Il donne également la parole à deux éminents mystiques, Hallâj et Ibn 'Arabî sur le sujet de la tolérance religieuse.

  • L'amour pur en cela qu'il se veut tout à fait désintéressé paraît impraticable. Que dire de sa variante hyperbolique qui trouve dans les impasses et les situations impossibles, comme la non réciprocité, la damnation, la folie, le sacrifice de soi et l'amour de l'ennemi, les critères de son authenticité ?

    On cerne en priorité la notion d'amour pur en vue d'établir son échelle pour ensuite examiner le mouvement d'excédence vers l'hyperbolique et en configurer la gradation. Un sort est fait à la notion de perversité permettant à l'amour simple d'émettre un jugement sur l'amour pur dans la mesure où il se porte aux excès. Bien que le présent ouvrage soit consacré à la mystique musulmane, les vues de Fénelon ont été convoquées comme un cadre général (quoique non contraignant) pour la systématicité de son propos, et des comparaisons ponctuelles avec les mystiques juive et chrétienne ont été proposées.

  • Cet essai consacré à cinq poètes catalans du XXe siècle, Carles Riba, Màrius Torres, Joan Vinyoli, Joan Margarit et Pere Gimferrer, prend comme fil directeur la notion du temps. C'est que la poésie possède le privilège de penser la naissance de la durée humaine et ses principaux rythmes : l'amour et la mort. S'il n'est pas nécessaire qu'un poème porte franchement sur le devenir pour qu'il apparaisse comme une dimension essentielle de tous les poèmes, il reste qu'il fait le thème explicite de plusieurs. C'est à l'interprétation de certains d'entre eux que l'auteur s'est appliqué.

  • Dieu est un abîme, l'âme ne l'est pas moins. Ce recueil d'études porte sur le croisement de ces deux réalités. Comment l'énigme de l'une se réfléchit dans le mystère de l'autre et agit sur elle, par quoi chacune s'assure de l'autre dans le don de soi et l'hospitalité, voici les interrogations auxquelles tente de répondre cet essai sur quatre figures de la mystique carmélitaine : Thérèse d'Avila, Thérèse de l'Enfant-Jésus, Elisabeth de la Trinité et Edith Stein, ainsi que la romancière Gertrude Von Lefort.

  • Le poète arabe Qays ibnal-Mulawwah, devenu le Fou de Laylâ par excès d'amour, a été progressivement annexé par la mystique musulmane, dans le champ arabe puis essentiellement persan, afin de figurer deux modalités particulières du rapport à Dieu : l'amour en dépit de la séparation damnante et l'union à travers ou même grâce à l'absence. Au-delà du motif de l'excès, l'identification et l'expulsion amoureuse expliquent aussi la métaphorisation en laquelle Majnoun désigne le parfait adorateur tandis que son aimée symbolise l'inaccessible divinité.

  • Barbey qui a vu en Schelling un grand poète en métaphysique, s'en est inspiré pour étayer sa conception de la création artistique. La présente monographie, la seule à avoir jamais traité du sujet, un sujet insoupçonnable pour la plupart, s'attache à examiner la portée de l'impact de la lecture de Schelling par Barbey critique et, surtout, par Barbey romancier. C'est que le Français a été vivement frappé par la sentence de l'Allemand qui veut que « les passions auxquelles notre morale négative fait la guerre, sont issues d'une même racine avec les vertus qui y correspondent. L'âme de toute haine, c'est l'amour, et la colère la plus violente n'est que le calme troublé et excité dans son centre le plus intime ». L'essai a donc été tenté d'une interprétation de l'ensemble de l'oeuvre romanesque en fonction de la dialectique schellingienne du bien et du mal.

  • L'auteur entend formuler la théorie d'un fantastique génétique général : le surnaturel est en rapport direct avec le moi ; ou spécial : il est un acte du moi. Pour la mise en évidence de la signification subjective (notamment clinique, freudienne et jungienne) de la littérature fantastique, cet ouvrage a choisi d'aborder le thème à travers l'étude d'oeuvres précises : L'Ève future de Villiers de L'Isle-Adam, La Maison d'André Maurois, La Vénus d'Ille de Mérimé, Malpertuis de Jean Ray, des Nouvelles de Maupassant, Le Procès de Kafka, La Veuve de la Joie de Ghâdat as-Sammâne.

  • Le mal, chez Marx, relève pour l'essentiel de la conjonction de trois catégories : l'inversion, le vampirisme et le destin. L'inversion agit aux niveaux intersubjectif, intrasubjectif, ontique, sémiotique, politique et idéologique. Le vampirisme, cette métaphore centrale de la critique de l'économie politique, et qui illustre tout le schéma de l'exploitation, appelle une comparaison avec le Dracula de Bram Stocker qui apparaît comme le roman du Capital. Le destin, selon Marx, définit la saisie du vif par le mort, travail vivant par le travail mort.

  • Sélim Abou, recteur de l'université Saint-Joseph (Beyrouth), est l'auteur d'une oeuvre marquante dans les domaines de la linguistique, de l'anthropologie et de la philosophie. A l'intersection de ces disciplines, son apport décisif porte sur l'interaction des cultures: choc et passage de l'une à l'autre, dialogue et complémentarité, fusion originale et rejet. Une première partie s'articule autour de l'oeuvre de Sélim Abou dont elle explore les divers champs et atteste l'unité. La deuxième partie est centrée sur le débat actuel de la culture tant en anthropologie qu'en philosophie. La troisième concerne le dialogue des langues: plurilinguisme, traduction, essence de la parole. Dans la quatrième, sont examinés la quête de soi et les rapports du même et de l'autre.

  • Si l'amour est un excès, il se donne à comprendre comme extase, décentrement et aliénation. Le discours de l'amour a confié à la poésie le soin de décrire ces élancements. L'auteur a ici convoqué des poètes de plusieurs aires culturelles, le tout étant placé sous l'égide de Shakespeare et Louise Labé auxquels deux chapitres sont consacrés.

  • Au XVIII siècle, Hindiyyé, la plus grande mystique chrétienne en Orient, voit l'amour sacré entre l'homme et le Christ comme un amour charnel. Rome a condamné la moniale et dissolu sa congrégation. Mais l'auteur tente de cerner la personnalité de cette femme exceptionnelle, en étudiant les textes qu'elle a écrits.

  • Marx est essentiellement un philosophe de l'interhumain. Il lui revient d'avoir envisagé la présence originaire de l'autre non seulement par sa parole qui sollicite réponse et adhésion, par son acte ou par son sentiment, mais aussi par son travail. Ce dernier est le lieu, ou d'une rencontre qui signifie un surcroît d'être, ou d'une relation corrompue par la médiation de l'argent et l'appropriation qui aboutit à la chosification de la personne. A cet univers inhumain Marx opposera le paradigme goethéen de l'homme total.

  • Le premier oeil

    Jad Hatem

    "La lumière dans l'émeraude enclose depuis l'origine, le temps la répand sur le corps de morte-saison perclus de souvenirs. Mon trébuchement est devenu pour moi une puissance éternelle. Toute chair qui se trouvait à proximité, à cause de cela expira. Lorsque toutes les âmes furent avalées par le Dragon, il retourna sa queue dans sa gueule, les enfermant à jamais, Ô phénix, ô phénix, combien ta vertu dégénère!"

  • "Le présent essai s'applique à dégager les linéaments de la complexe christologie druze qui distingue deux personnages (là où les Évangiles et le Coran n'en constatent qu'un) et à évaluer le rapport du druzisme et de la philosophie hindoue dans son expression védantine."

  • "Parmi les grands thèmes qui animent la matière de cette « recherche de la Vérité » que constitue l'oeuvre majeure de Proust, le mal sous de multiples formes et dans des représentations contrastées n'est pas le moindre. D'entre ses nombreuses formes, c'est sur la perversion que le narrateur attachera sa constante attention. Ce qui invite à concevoir le mal par-delà la simple détermination du sensible, entreprise pour laquelle les Recherches philosophiques sur l'essence de la liberté humaine de Schelling ne sont pas d'un mince apport."

  • Cet ouvrage prend son départ dans la phénoménologie radicale de Michel Henry qu'il applique à une interprétation phénoménologique de philosophes orientaux comme Suhrawardi, el Hage et Lahbabi. Il s'oriente ensuite vers une confrontation avec Sartre tel que perçu par Henry et surtout avec Levinas dont on montre l'influence qu'a exercée L'Essence de la manifestation sur Autrement qu'être. Une réflexion est poursuivie concernant le sous-bassement théologique de la dernière philosophie d'Henry. L'analyse se prolonge avec l'examen de la pertinence de l'anthropologie privative de Renaud Barbaras et de l'apport de la phénoménologie matérielle à l'interprétation de la poésie.

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