• Forgée dans le Paris des années 1960, en opposition à l'abstraction qui domine alors la scène artistique et en réponse au Pop art américain, la Figuration narrative n'a jamais constitué une avant-garde structurée. Les peintres qui s'y rattachent - Rancillac, Télémaque, Monory, Saul, Klasen, Arroyo, Adam, Erro, Fahlström, Fromanger, Cueco, des collectifs tels qu'Equipo Cronica ou les Malassis - brisent avec insolence les bonnes manières, non sans dérision et autodérision, pour inventer un art de peindre au présent, à hauteur d'homme, qui bouscule les références ou les hiérarchies culturelles obligées. Avec l'ambition de décrypter un monde accablé de représentations affligeantes, ils affûtent leur manière de peindre au contact du cinéma, de la bande dessinée et de la publicité, dont ils recyclent l'énergie et détournent les usages. La Figuration narrative offre ainsi au regard une peinture à dimension politique et, aux images, cette part de l'intelligence du monde qui attise le désir de voir.

  • Un guide qui présente l'ensemble des artistes et des mouvements qui illustrent l'art contemporain.

  • Dada avant, pendant et après dada, francis picabia (1879-1953) avance masqué, préfère la volte-face au fond des impasses aux voies toutes tracées.
    Manipulateur éclectique, inclassable, laissant voisiner les chefs-d'oeuvre et les croûtes, il désespère les spécialistes. clown et dandy, " intoxiqué, dit-il, par l'abus d'automobiles ", collectionneur de femmes et de yachts, agent double de l'art à l'ère de sa reproduction mécanique, esthétiquement et politiquement parfaitement incorrect, accumulant les succès faciles et les échecs retentissants, picabia, lucide, pessimiste et prolifique, volontiers chic et toc, profanateur et martyr, bataille à dépecer la peinture, s'emploie à décevoir et ruine sa réputation d'élégance et de virtuosité.
    Déshonneur des beaux-arts, ses mauvaises manières et ses surenchères cyniques réjouissent aujourd'hui les artistes. l'art n'est décidément pas un long fleuve tranquille, mais une formidable course d'obstacles encombrée de faux-semblants et piégée de chausse-trapes, le contraire d'un parcours sans faute, les éclats du miroir brisé, les écarts d'un semeur d'étoiles.

  • La figuration narrative s'est imposée à la suite dune exposition collective internationale, "mythologies quotidiennes organisée au musée d'art moderne de la ville de paris en 1964 par gérald gassiot-talabot.
    Exposition décisive, elle manifestait avec éclat, au lendemain du déferlement de la vague pop en europe et aux états-unis, l'originalité et la richesse intellectuelle du foyer artistique cosmopolite parisien, animé par des peintres tels qu'arroyo, télémaque, rancillac, erra, klasen, monory, raysse. art contemporain, la figuration narrative renoue avec la temporalité, l'histoire et les histoires, conjugue la peinture au présent.
    Il s'agissait d'en finir avec une avant-garde formaliste jugée apolitique et de réintroduire la narration dans la peinture pour que l'art échappe à nouveau au champ spécifique qui l'avait peu à peu enfermé dans l'auto-référence de " l'art pour l'art ". la figuration narrative est aussi un réalisme de seconde main qui, à rebours des vieux moyens de la peinture, travaille et détourne l'image déjà faite, formatée et popularisée par la reproduction, la photographie, le cinéma, la télévision, les médias, la bande dessinée ou la publicité.
    La figuration narrative revendique ainsi le droit d'interroger la société de consommation, " la société du spectacle ", la vie par procuration proposée par l'extraordinaire développement des moyens de communication ! depuis près de quarante ans, elle occupe la scène d'une représentation largement désertée avec autant d'ironie que de fureur, afin de restaurer la subjectivité de l'artiste face à l'objectivité du monde, et le commerce des images mémorables contre l'aveuglement amnésique.
    Cet ouvrage retrace l'histoire et les créations de ce mouvement à travers l'itinéraire de sept artistes qui, à paris, ont constitué le noyau dur de la figuration narrative, de ses origines dans les années soixante, jusqu'à nos jours : valério adami, né en 1935 à bologne, eduardo arroyo, né en 1937 à madrid, erra, né en 1932 à olafsvik (islande), peler klasen, né en 1935 à lybeck (allemagne), jacques monory, né en 1934 à paris, bernard rancillac, né en 1931 à paris et hervé télémaque, né en 1937 en haïti.

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