• Cet ouvrage présente une analyse très complète de la relation entre islam et politique. Les différentes approches présentent la sécularisation comme un pur produit de l'Occident et lient le destin de la modernité à un phénomène de "désenchantement du monde" (Weber) qui n'a pu avoir lieu en islam, resté prisonnier des schèmes religieux et qui n'a pu franchir le seuil de la modernité politique. La faiblesse du droit dans la tradition de l'islam classique et son incapacité à mettre des limites au pouvoir pourraient expliquer la raison pour laquelle certains régimes transforment l'état d'exception en mode normal de gouvernement. Néanmoins, la pensée politique de l'islam classique a réalisé des manières d'appréhender le politique : certains penseurs ont mis l'accent sur la pluralité des formes de rationalité qui doit guider l'action de l'homme politique, des juristes ont élu le maintien de la cohésion de la communauté comme critère majeur de l'action de l'État, des philosophes ont insisté sur les possibilités de l'amélioration de l'homme tel qu'il doit être et non tel qu'il est.
    Makram ABBÈS enseigne la philosophie à l'École normale supérieure.

  • Dans une première partie, l'auteur réfute l'idée d'une loi unique et transcendante en Islam, d'origine religieuse, que le sujet devrait appliquer mécaniquement. Il existe au contraire un pluralisme normatif que l'on ne peut connaître qu'en explorant les corpus extra-juridiques (histoire, belles lettres, poésie, médecine, philosophie) et en abordant l'Islam comme un monde doté d'historicité. Apparaît alors, comme principale source de normativité, l'adab - terme polysémique désignant à la fois les règles de conduite, les bonnes manières et les savoirs permettant à l'homme de réussir sa vie - qui permet de penser le champ des normes dans leur immanence. L'auteur étudie 3 exemples (le vin, le voile et la représentation figurative) pour lesquels la shari'a ne permet pas de rendre compte des pratiques effectives dans l'histoire de l'Islam.
    L'auteur revient ensuite aux textes spécifiquement juridiques pour en dégager une philosophie du droit et une hiérarchie de ses sources. L'étude de l'opposition traditionnelle entre théologiens mu'tazilites - reconnaissant à la raison humaine la capacité, conférée par Dieu, de connaître le bon et le mal - et ash'arites - refusant à la raison le rôle de source fondatrice des normes - permet d'interroger la présence de principes du droit naturel dans le droit musulman. L'étude des ruses juridiques et des contournements des règles permet d'identifier les rationalités qui animent les traités juridiques.
    Enfin, l'auteur s'interroge sur la « porosité » de la Loi religieuse, en s'intéressant notamment à l'idée d'intérêt général (maslaha) qui permet la sécularisation du droit et, inversement, à la canonisation du hadith qui fait entrer l'histoire dans la Loi.

  • Enfant palestinien né en 1935 à Jérusalem, Edward W. Said endura à l'âge de douze ans la Nakba, la « catastrophe » de 1948 qui propulsa des centaines de milliers de Palestiniens vers les pays voisins lors des violences perpétrées à la suite de la création de l'État d'Israël. Sa famille trouva refuge au Caire, et, en 1951, il se retrouva aux États-Unis, son père ayant décidé de l'éloigner d'une région de plus en plus secouée par des crises politiques (Égypte, Syrie et Iran). Orientalism, livre paru en 1978, valut à Edward Said une renommée internationale. L'ouvrage eut un formidable retentissement, en particulier aux États-Unis, suscitant parfois des excès critiques et des réceptions contraires à l'esprit que Said voulait donner à son essai magistral. Ce volume rend hommage à l'homme, au penseur et au critique littéraire. Il est consacré à la réception de l'oeuvre de Said, à ses audaces méthodologiques, à ses positions au sujet de l'islam et de l'islamisme, et à la portée politico-épistémologique de son travail  littéraire.

     

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