Littérature générale

  • « À cumuler la posture du chercheur qui étudie les phénomènes avec celle de l'acteur qui tente d'agir sur eux, on ne fait que de la recherche au rabais et de la politique de campus. » Nathalie Heinich.

    Nous pensions en avoir presque fini avec la contamination de la recherche par le militantisme. Mais le monde académique que nous dessinent les nouveaux chantres de l'identitarisme communautarisme n'a rien à envier à celui que s'étaient jadis annexé les grandes idéologies. Nos « universitaires engagés », trouvant sans doute que voter, manifester, militer dans une association ou un parti ne sont pas assez chics pour eux, tentent de reconquérir les amphithéâtres et leurs annexes. Obnubilés par le genre, la race et les discours de domination, ils appauvrissent l'Université de la variété de ses ressources conceptuelles. Qu'il soit la source ou l'écho de cette nouvelle dérive, décrite ici dans toutes ses aberrations, le monde social que ces chercheurs-militants s'attachent à bâtir s'avère à bien des égards invivable, habité par la hargne et le désir insatiable de revanche.

  • Jeune fille à marier, épouse et mère, maîtresse, vieille fille : ces états offerts à la carrière féminine, la littérature occidentale comme l'expérience du monde vécu nous les ont rendus familiers.
    Pourtant, la lecture de quelque deux cent cinquante oeuvres, classiques ou plus confidentielles, du XVIIIe siècle à nos jours - romans, nouvelles, contes, pièces de théâtre et films -, réserve une étonnante surprise. La fiction ne se contente pas de refléter la réalité historique et ses lentes évolutions ; à partir de ce petit nombre, très stable, d'états dûment structurés, régis par des règles précises, définis par le mode de subsistance économique et la disponibilité sexuelle, elle révèle un état particulier : le «complexe de la seconde».
    Cet état, qui ne s'observe pas semblablement dans la vie commune, est l'équivalent féminin et romanesque du complexe d'oedipe : comment, maîtresse, prendre la place de la femme mariée ? Comment, seconde épouse, remplacer la première ? Il hante la fiction, noble ou sentimentale, de Charlotte Brontë à Georges Ohnet, d'Honoré de Balzac à Marguerite Duras, de Thomas Hardy à Delly, d'Henry James à Daphné Du Maurier.
    Telle, dans ses structures, apparaît l'identité féminine à un «regard éloigné», celui que peut porter l'anthropologue sur les romans de la culture occidentale.

  • Lieux secrets, lieux uniques, les maisons que nous avons aimées, puis perdues, ne cessent de hanter nos rêves. Que nous disent-elles ? Et se pourrait-il que le murmure de ces lieux de mémoire, si personnels, trouve un écho en nous tous ?
    Explorant minutieusement cette topographie intime et ses résonances familiales, amicales, amoureuses, Nathalie Heinich ne restitue pas seulement sa propre histoire : elle dessine en creux la forme que prennent les âges de la vie, le passage des générations, les fantômes de l'Histoire, le paysage intérieur et sentimental de notre époque.
    Une « autobiographie par les toits », donc, des années 1950 à nos jours, qui rend justice à la grâce des maisons et à la douleur de leur perte.

  • Livre d'entretiens entre la sociologue de l'art Nathalie Heinich et Harald Szeemann (1933, Berne - 2005, Tegna), qui aura représenté de manière emblématique cette position longtemps atypique de commissaire d'exposition "auteurisé".
    Jeune directeur de la Kunsthalle de Berne, commissaire de l'exposition mythique : Quand les attitudes deviennent formes, en 1969, "secrétaire général" de la Dokumenta de Kassel jusqu'en 1972..., H. Szeemann a marqué son époque comme peu de spécialistes d'art contemporain l'ont fait, notamment en inventant ce statut d'"auteur d'exposition".

  • Les neuf articles reproduits dans ce volume furent, à l'origine, des comptes rendus de livres, publiés de 1983 à 2007 dans des revues spécialisées - à l'exception de deux courts textes relevant de l'hommage nécrologique.
    Ils ne procèdent pas d'une affiliation inconditionnelle à des maîtres mais, plutôt, d'un examen critique de leurs travaux, indissociable de tout " exercice d'admiration ", selon le beau titre de cioran : comptes rendus " à " des auteurs, en règlement d'une dette intellectuelle, ils sont en même temps des comptes rendus " de " leurs contributions, ne s'interdisant pas une certaine irrévérence. car s'ils ont été choisis d'abord en raison de l'importance de l'ouvrage en question, ils l'ont été aussi pour ce que le compte rendu, plutôt que de s'en tenir à la simple description ou à la paraphrase, explicite un non-dit du texte commenté.
    Mais parce que le non-dit ne résulte pas forcément d'une volonté maligne de dissimulation, le dévoilement ne prend pas toujours une forme critique. on s'en apercevra dans ces textes, où il se décline sous des modes variés : renversement, soulignement, explicitation, extension, interprétation, complément, éclairage... sociologie de l'art, sociologie des sciences, anthropologie de l'identité ; cinq sociologues, un philosophe, un historien d'art, un anthropologue ; trois français, trois allemands, un autrichien, un américain (dont cinq émigrés) : voilà qui dit bien le caractère trans-frontalier, à tous les sens du terme, de la discipline sociologique, à partir de laquelle ont été produites ces lectures, en forme de " comptes " rendus à quelques chercheurs qui, pour l'auteur de ce recueil comme pour beaucoup d'autres lecteurs, " comptent " et, sans doute, compteront durablement dans la vie intellectuelle.

  • La polémique sur la valeur de l'art contemporain ne cesse de mettre aux prises ses partisans, qui sont pour l'essentiel des professionnels de l'art, et des adversaires qui se réclament souvent des jugements bien sentis du « grand public ». Cela va de la surprise lors de l'emballage du Pont Neuf par Christo en 1985 à la violente controverse autour des colonnes de Buren en 1986, en passant par les procès intentés à Pinoncelli à propos de l'urinoir de Duchamp à Nîmes et d'autres affaires hautes en couleurs.
    Dans ce livre, Nathalie Heinich étudie les réactions du public aux oeuvres d'art contemporain et met en évidence, au-delà de la polémique, l'hétérogénéité des registres d'argumentation utilisés : peu invoquent le beau, tandis que la morale, le patrimoine ou encore la signification sont le plus souvent mis en avant.

  • S'interroger sur l'identité d'écrivain, c'est comprendre à quelles conditions un sujet peut dire : " Je suis écrivain.
    " À travers les thèmes de la subsistance matérielle et de l'engagement dans l'écriture, de la solitude et des liens avec autrui, de l'inspiration et de la publication, des modèles de vie et de la présentation de soi, ce livre tente de dégager la spécificité de l'écriture, et de la création en général, par rapport à d'autres types d'activités susceptibles de définir une identité. Il repose sur une trentaine d'entretiens avec des romanciers, des poètes, des auteurs de théâtre, que complètent des autobiographies, des journaux intimes, des correspondances.
    Dans la tradition d'une " sociologie compréhensive ", l'auteur reconstitue l'espace des possibles imparti aux écrivains et en dégage les " idéal-types ", ainsi que leurs critiques par les acteurs et leur mise en perspective par les historiens. On découvre alors que loin d'être homogène, l'identité d'écrivain comporte des dimensions multiples, voire contradictoires, tout en possédant sa propre cohérence.
    Nathalie Heinich prolonge ici ses précédents travaux, faisant de l'art un moyen privilégié d'explorer des problématiques générales - la reconnaissance et l'admiration, la transgression et l'interdépendance, l'identité et la profession - à travers lesquelles se dévoile peu à peu une sociologie de la singularité.

  • Entre les années 1920 et les années 1940, un nombre conséquent de philosophes, historiens, écrivains, poètes, traducteurs, économistes, mathématiciens de très haut niveau séjournèrent sur le Plateau.
    Dans un petit territoire d'une dizaine de kilomètres de rayon, entre les communes du Chambon-sur-Lignon, du Mazet-Saint-Voy, de Saint-Jeures, de Tence et de Saint-Agrève.
    Certains d'entre eux se connaissaient.
    Nathalie Heinich et Sophie Ott ont reconstitué les itinéraires qu'empruntèrent pour se rendre visite, à pied ou en bicyclette, Raymond Aron, Albert Camus, Georges Canguilhem, André Chouraqui, Louis Comte, Charles Gide, Jacob Gordin, Jules Isaac, Georges Levitte, Léon Poliakov, Francis Ponge, Gilbert Simondon, Georges Vajda...
    Un parcours en voiture relie tous les sites concernés, incluant d'autres personnalités : Alexandre Grothendieck, Marcel Pagnol, Paul Ricoeur et Pierre Vidal-Naquet.

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