Le Seuil
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L'impératif de dignité s'est imposé ces dernières années au coeur de nombreux mouvements (des Printemps arabes à Black Lives Matter) et débats de société (discriminations, travail, condition animale...). Mais simultanément les atteintes à la dignité se sont multipliées dans les institutions et les pratiques sociales (hôpitaux, EHPAD, prisons...). La promesse de dignité que la modernité annonçait semble ainsi avoir été trahie de façon répétée.
Face à cette menace d'un « devenir indigne » de nos sociétés, Cynthia Fleury pose les jalons d'une clinique de la dignité, pour établir un diagnostic philosophique et des solutions thérapeutiques au chevet des « vies indignes ». Convoquant aussi bien les écrits de James Baldwin, les théories du care ou les approches postcoloniales, cet essai invite à ne pas se résigner à l'inaction ou à la déploration. Il appelle à refonder le concept de dignité à partir de ses marges.
Passée au crible de la psychanalyse, de la littérature et des sciences sociales, l'exigence de dignité retrouve toute son actualité, et sa radicalité. Cette réflexion signe ainsi l'ouverture d'un nouvel agir politique, entièrement dédié à la reconquête d'une dignité en action à l'âge de l'anthropocène.
Cet essai est discuté et prolongé par une contribution inédite de Claire Hédon, Défenseure des droits, et par les regards de Benoît Berthelier, Benjamin Lévy et Catherine Tourette-Turgis. -
Longtemps, les femmes n'ont été que des corps, définies par leurs fonctions sexuelle et maternelle. La révolution féministe les a délivrées de ce carcan, mais elle a aussi dévalorisé le corps féminin. N'est-il pas pourtant le noeud singulier de notre rapport à nous-même et au monde ?
À partir d'une relecture de Simone de Beauvoir, la philosophe Camille Froidevaux-Metterie propose de le saisir sous ses deux aspects : lieu de la domination masculine et vecteur d'une pleine émancipation. Sa pensée progresse au fil d'une exploration de ces événements corporels qui scandent la vie des femmes, de l'enfance empêtrée à la ménopause invisibilisée, de la honte adolescente à la découverte de la jouissance, de l'épreuve du réel maternel aux ravages de la violence sexuelle. Au fil de ces étapes, où l'écriture en première personne résonne avec les voix plurielles des femmes, l'autrice pose les jalons qui leur permettront de reprendre possession de leurs corps, jusqu'au plus intime d'elles-mêmes. Son féminisme incarné s'attaque au socle même du patriarcat et renouvelle, à l'écoute des luttes les plus contemporaines, les fondements théoriques du féminisme.
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Beautés de l'éphémère : Apologie des bulles de savon
Pierre Zaoui
- Le Seuil
- La Couleur Des Idées
- 15 Mars 2024
- 9782021558852
Tous les enfants aiment les bulles de savon, ce jeu qui assume le caractère transitoire de tout ce qui est beau et précieux. Les adultes ne devraient pas qu'en sourire, mais aussi s'en réjouir : elles font réapprendre à aimer ce qui brille sans lendemain.
Pierre Zaoui propose un petit traité sur la vacuité de l'existence, nourri du regard des artistes qui se sont emparés du motif exprimant tantôt la nullité de toute chose ici bas, tantôt le sceau de l'éternelle souffrance. Loin de la Vanité à laquelle la tradition philosophique et théologique l'a souvent réduit, il voit dans cet objet parfait et éphémère, transparent et iridescent, la possibilité d'une très soutenable légèreté de l'être.
La bulle n'est pas luxe dérisoire, elle interroge ce que désirer veut dire. Elle n'est pas déni de la mort, mais une manière de l'envisager autrement que sur le mode du pari ou de la tragédie. Car chaque bulle de savon célèbre les noces immémoriales de l'homme et de son ombre. -
L'irréalisable : Pour une politique de l'ontologie
Giorgio Agamben
- Le Seuil
- L'Ordre Philosophique
- 14 Novembre 2025
- 9782021565737
Nous sommes tellement habitués à distinguer le possible et le réel, l'existence et l'essence, que nous ne comprenons plus que ces distinctions sont le résultat d'un long et difficile processus qui a conduit à scinder l'être, la « chose », de la pensée, en deux fragments tout à la fois opposés et étroitement imbriqués.
L'hypothèse de ce livre est que la machine ontologico-politique de l'Occident se fonde précisément sur cette scission de la « chose », sans laquelle ni la science ni la politique ne seraient possibles. Si nous n'étions pas capables de cesser de nous concentrer exclusivement sur ce qui existe immédiatement (comme semblent le faire les animaux), pour penser et définir l'essence, la science et la technologie occidentales n'auraient certainement pas connu le développement qui les caractérise. Et si la dimension de la possibilité venait à disparaître entièrement, on ne saurait plus faire ni plans ni projets. La puissance incomparable de l'Occident trouve dans cette machine ontologique un de ses présupposés les plus essentiels.
À travers une patiente enquête généalogique, ce livre reconstruit la naissance de cette scission qui est au fondement de la chose de la pensée ainsi que le processus de ses articulations ultérieures dans la philosophie et la politique de l'Occident.G. A. -
Moins ! La décroissance est une philosophie
Kohei Saïto, Jean-Christophe Helary
- Le Seuil
- 20 Septembre 2024
- 9782021544862
Il fait de plus en plus chaud, on n'arrête pas de travailler, tout est transformé en marchandise.En quête de survie et de liberté, un jeune philosophe japonais, né en 1987, lit les carnets d'un vieux philosophe allemand, mort en 1883. Il y découvre une pensée qui aurait tout pour sauver le monde entier et la partage dans le livre que vous tenez entre vos mains. Rien de plus, tout au moins.S'appuyant sur les carnets tardifs inédits de Marx et voyant dans le pacte vert le nouvel opium des masses, Kohei Saito déconstruit le désastre social et écologique du capitalisme, dénonce le mode de vie des pays développés, et prône une société fondée sur les communs. Radical et urgent, cet essai fixe un objectif politique et civilisationnel apparemment incompatible : le communisme de décroissance. Il aspire à la transformation du travail, à la démocratisation du processus de production, à la démarchandisation progressive, et à la mise en valeur des services essentiels.Multiplier les espaces de liberté, miser sur les communs, l'autolimitation, la confiance et l'entraide, c'est dire si Kohei Saito assume sa responsabilité sociale et croit en ses lecteurs.Kohei Saito est docteur en philosophie de l'Université Humboldt de Berlin et professeur associé à l'Université de Tokyo. Il participe à l'édition des oeuvres complètes de Marx et Engels (MEGA). En 2018, il est devenu le plus jeune lauréat du Deutscher Memorial Prize. Il est l'auteur de La nature contre le capital. L'écologie de Marx dans sa critique inachevée du capital (Syllepse, 2021). À l'origine d'un débat inédit sur les changements climatiques au Japon, Moins ! La décroissance est une philosophie, déjàtraduit dans 12 pays, est un bestseller international.
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« Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison », disait Albert Camus, et nous sommes nombreux à ressentir la même chose aujourd'hui, tant l'air devient proprement irrespirable. Les réseaux sociaux sont un théâtre d'ombres où le débat est souvent remplacé par l'invective : chacun, craignant d'y rencontrer un contradicteur, préfère traquer cent ennemis. Au-delà même de Twitter ou de Facebook, le champ intellectuel et politique se confond avec un champ de bataille où tous les coups sont permis. Partout de féroces prêcheurs préfèrent attiser les haines plutôt qu'éclairer les esprits.
Avec ce livre, Jean Birnbaum veut apporter du réconfort à toutes les femmes, tous les hommes qui refusent la «brutalisation» de notre débat public et qui veulent préserver l'espace d'une discussion aussi franche qu'argumentée. Pour cela, il relit les textes de quelques intellectuels et écrivains qui ne se sont jamais contentés d'opposer l'idéologie à l'idéologie, les slogans aux slogans. Renouer avec Albert Camus, George Orwell, Hannah Arendt, Raymond Aron, Georges Bernanos, Germaine Tillion ou encore Roland Barthes, ce n'est pas seulement trouver refuge auprès de figures aimées, qui permettent de tenir bon, de se tenir bien. C'est surtout retrouver l'espoir et la capacité de proclamer ceci : dans le brouhaha des évidences, il n'y a pas plus radical que la nuance.
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Témoigner : Séminaire (1992-1993)
Jacques Derrida
- Le Seuil
- Bibliothèque Derrida
- 21 Novembre 2025
- 9782021591590
Des fantômes hantent ces pages, les fantômes de témoins disparus. Leur passage est annoncé par un propos du poète Paul Celan : « Nul ne témoigne pour le témoin. » C'est à partir de ces vers que Jacques Derrida demande ce que « témoigner » veut dire dans un séminaire de l'année 1992-1993. Poursuivant la problématique ouverte l'année précédente ayant pour motif l'affaire du « secret », le philosophe questionne ici l'expérience de ce qui est pour lui l'acte le plus quotidien des êtres parlants - car « chaque fois que je parle je témoigne dans la mesure où tout énoncé implique «je te dis la vérité, je te dis ce que je pense, je témoigne devant toi» ».
Témoigner devant un tribunal ne serait donc qu'un cas particulier de ce principe de fiabilité ou de crédibilité, d'engagement envers l'autre fondé sur la foi en l'autre, sur la structure du serment, que le nom de Dieu soit prononcé ou non, que cela ait lieu dans une situation judiciaire ou dans un engagement passionnel, voire une banale conversation. Le principe sera testé dans des circonstances diverses qui vont du grand paradigme qu'est la Shoah (représenté tant par la poésie de Celan que par le film de Claude Lanzmann) au procès de Rodney King (qui avait lieu à Los Angeles à l'époque), de l'énoncé « je t'aime » à des discussions sur Descartes, Husserl, Heidegger et Blanchot.
Au coeur de ces recherches se trouvent la distinction entre témoigner et prouver, la possibilité « nécessaire » du parjure, et le dilemme d'un moment unique que le témoin doit éprouver puis répéter en le racontant, dilemme retrouvé dans le témoignage vidéo et d'autres médiations modernes qui ne cessent de démontrer la contemporanéité et la pérennité des enjeux abondants du volume.
Édition établie par Peggy Kamuf et David Wills. -
Quand dire, c'est faire
John langshaw Austin
- Le Seuil
- L'ordre Philosophique
- 24 Mai 2024
- 9782021560299
Quand dire, c'est faire est un ouvrage majeur de philosophie contemporaine et fait figure de « classique ». Dans ce texte vif et fondateur, Austin a montré comment le discours peut « faire ». À rebours d'une grande partie de la tradition, il a révolutionné l'approche du langage en introduisant les concepts d'« énoncé performatif » et « d'acte de discours ». Le déplacement théorique qu'opère l'ouvrage en mettant au jour les différentes formes d'actions accomplies par le langage scelle en effet l'originalité et l'importance tant philosophiques qu'historiques de ce texte pour la pensée en général : découvrir ce que le langage accomplit et ainsi ce que nous accomplissons en tant qu'individu parlant, agissant du fait même de parler, au sein d'une société, c'est comprendre la responsabilité de nos paroles.
Cette traduction inédite du texte définitif d'Austin entend rendre en français la subtilité du texte original et tous ses enjeux conceptuels, mais aussi l'humour d'Austin et sa volonté de s'exprimer dans un langage clair et accessible à tous. Voici donc enfin disponible ce qui doit tenir lieu dorénavant d'édition de référence. -
La sagesse expliquée à ceux qui la cherchent
Frédéric Lenoir
- Le Seuil
- Expliqué À ...
- 8 Novembre 2018
- 9782021369595
« Tu aspires sans doute, ami lecteur, à une vie réussie. Non pas nécessairement à réussir dans la vie, mais à mener une existence bonne et heureuse. Depuis toujours, partout dans le monde, des hommes et des femmes nourrissent cette aspiration et travaillent à la mettre en oeuvre. Tous estiment que ce qui donne sens à notre vie, c'est de grandir en humanité. Je suis pour ma part convaincu que cet idéal philosophique de sagesse reste l'objet d'une quête on ne peut plus actuelle, car nous ne sommes pas sur terre seulement pour assurer notre sécurité matérielle, nous divertir et consommer ».
Comment être soi et s'accorder au monde ? Devenir plus aimant et vertueux ? Trouver le chemin de la libération intérieure ? Grandir dans la joie et trouver la sérénité ? Autant de questions auxquelles Frédéric Lenoir, lui-même en quête de sagesse depuis l'adolescence, répond avec sincérité et simplicité, nous conduisant à sa suite sur les traces de ses inspirateurs, tels Épicure, Epictète, le Bouddha, Tchouang-tseu, Montaigne, Spinoza ou Etty Hillesum, s'inspirant même de la sagesse des enfants.
Un livre lumineux et dense comme la sagesse.
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Quelques années après sa greffe du coeur, Jean-Luc Nancy est revenu sur cette expérience dans un texte devenu l'un des ouvrages majeurs de la pensée contemporaine sur l'identité, le corps, mais aussi la relation aux étrangers alors même que les lois anti-immigration étaient déjà d'actualité.
Jouant sur les possibilités de l'écriture à la première personne, l'auteur raconte ce qu'il a vécu, mais aussi ce qui était à la limite, parfois du vivable, parfois du concevable, et comment il est devenu lui-même l'intrus à la suite des complications et des traitements qu'impliquait cette opération. Ainsi sa pensée, vouée à montrer à quel point nous sommes des corps singuliers, sensibles, vulnérables, prend-elle un tour intime qui rapproche cet écrit de la littérature comme du cinéma.
Quatre textes (articles, entretiens) comme autant d'« intrusions », ainsi qu'une postface du philosophe Jérôme Lèbre, complètent cette nouvelle édition. -
Le Tao-tö-king ou « La Voie et sa Vertu » est attribué à Lao-tzeu qui serait, selon la tradition chinoise, un contemporain un peu plus âgé de Confucius. C'est l'un des ouvrages les plus traduits dans le monde. Son obscurité concise et sa force poétique ont suscité d'innombrables commentaires et interprétations inspirées. Terme important de la pensée chinoise ancienne, Tao peut prendre des sens assez différents selon le contexte. L'originalité de Lao-tzeu ou de sa postérité est d'en avoir fait le principe de spontanéité commun à toutes choses, en même temps qu'un idéal de pleine vacuité jamais atteinte.
Ce texte « philosophique » a joué un rôle particulièrement important dans l'histoire de la civilisation chinoise. Aussi, cette nouvelle édition reprend les 81 textes brefs qui composent ce recueil, riches en aphorismes et paradoxes, illustrés d'estampes chinoises minutieusement choisies. -
Trois visées philosophiques traversent cette suite d'études. Selon la première, est cherché pour le soi un statut qui échappe aux alternances d'exaltation et de déchéance qui affectent les philosophies du sujet en première personne : dire soi n'est pas dire je. Tenu pour le réfléchi de toutes les personnes grammaticales - comme dans l'expression : le souci de soi -, le soi requiert le détour d'analyses qui amènent à articuler diversement la question qui ? Qui est le locuteur de discours ? Qui est l'agent ou le patient de l'action ? Qui est le personnage du récit ? A qui est imputée l'action placée sous les prédicats du bon ou de l'obligatoire ?
Deuxième visée : l'identité que suggère le terme «même» est à décomposer entre deux significations majeures : l'identité-idem de choses qui persistent inchangées à travers le temps, et l'identité-ipse de celui qui ne se maintient qu'à la manière d'une promesse tenue.
Enfin, c'est l'antique dialectique du Même et de l'Autre qui doit être renouvelée si l'autre que soi-même se dit de multiples façons ; le «comme» de l'expression «soi-même comme un autre» peut dès lors signifier un lien plus étroit que toute comparaison : soi-même en tant qu'autre.
P. R.
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« J'ai longtemps pensé que l'acte de consentir relevait de l'intimité la plus grande, mélange de désir et de volonté dont la vérité gisait dans un moi profond. Lorsque j'ai entendu ce mot consentement dans des enceintes politiques, Parlement européen, débats télévisuels, discussions associatives, j'ai compris qu'il pénétrait l'espace public comme un argument de poids.
Je voyais bien que la raison du consentement, utilisée pour défendre le port du foulard, ou exercer le métier de prostituée, s'entourait de principes politiques avérés, la liberté, la liberté de choisir, la liberté offerte par notre droit ; et la résistance, la capacité de dire non à un ordre injuste. Car dire « oui », c'est aussi pouvoir dire « non », l'âpreté de l'établissement d'un viol nous le rappelle méchamment.
J'ai beaucoup cherché, des années durant, à identifier les lieux de l'autonomie des femmes contemporaines. Ce travail sur le consentement m'entraîne, désormais, dans la pensée du lien, du mouvement de l'un vers l'autre des êtres, de chacun des êtres que nous sommes. Par là commence, ainsi, la construction d'un monde. »
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L'écriture et la différence
Ce qui s'écrit ici différence marque l'étrange mouvement, l'unité irréductiblement impure d'un différer (détour, délai, délégation, division, inégalité, espacement) dont l' économie excède les ressources déclarées du logos classique.
C'est ce mouvement qui donne une unité aux essais ici enchaînés. Qu'ils questionnent l'écriture littéraire ou le motif structuraliste (dans les champs de la critique, des " sciences de l'homme " ou de la philosophie), que par une lecture configurante ils en appellent à Nietzsche ou à Freud, à Husserl ou à Heidegger, à Artaud, Bataille, Blanchot, Foucault, Jabès, Lévinas, ils n'ont qu'un lieud'insistance : le point d'articulation dérobée entre l'écriture et la différence. À peser sur cette articulation, ils tentent de déplacer les deux termes.
Jacques Derrida (1930-2004)
Philosophe majeur du XXe siècle, initiateur de la " déconstruction ", il est l'auteur d'une œuvre considérable, dont, publiés au Seuil, La Dissémination (1972), Signéponge (1988) et Foi et savoir (2001).
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Il faut défendre la société ; cours au Collège de France, 1976
Michel Foucault
- Le Seuil
- Hautes Études
- 27 Février 1997
- 9782020231695
Dans le cours de 1976, « Il faut défendre la société », Michel Foucault s'interroge sur la pertinence du modèle de la guerre pour analyser les relations de pouvoir.
Michel Foucault en définit deux formes : le pouvoir disciplinaire, qui s'applique sur le corps par le moyen des techniques de surveillance et des institutions punitives, et ce qu'il appellera désormais le « bio-pouvoir », qui s'exerce sur la population, la vie et les vivants. Analysant les discours sur la guerre des races et les récits de conquête (notamment chez Boulainvilliers), Michel Foucault dresse la généalogie du bio-pouvoir et des racismes d'État. La logique des rapports entre pouvoir et résistance n'est pas celle du droit mais celle de la lutte : elle n'est pas de l'ordre de la loi mais de celui de la stratégie. La question est dès lors de savoir s'il convient de renverser l'aphorisme de Clausewitz et de poser que la politique est la continuation de la guerre par d'autres moyens.
Le cours présenté ici a été prononcé de janvier à mars 1976 au Collège de France, c'est-à-dire entre la sortie de Surveiller et Punir et celle de La Volonté de savoir. Il inaugure la publication des cours de Foucault au Collège de France, établie sous la direction de François Ewald et d'Alessandro Fontana, dans la collection « Hautes Études ».
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Philosophie, éthique et politique ; entretiens et dialogues
Paul Ricoeur
- Le Seuil
- La Couleur Des Idées
- 20 Avril 2017
- 9782021353327
On retrouve dans ces entretiens, réalisés entre 1981 et 2003, les grands thèmes ricoeuriens : « l'homme capable », la justice et ses conflits, l'action éthique et politique dans la Cité humaine, le sens de la guerre, la force du compromis, la question du mal, les nouvelles questions politiques et morales (l'écologie, la bioéthique). Une curiosité : l'entretien entre Paul Ricoeur et Michel Rocard quand il était Premier ministre. Il s'agit de questions toujours actuelles, qui se posent et se reposent en permanence dans nos démocraties mal portantes. La méthode fait ici partie du contenu : presque toujours sont noués un contexte politique (la fin des idéologies et la séduction des solutions purement techniques), la mise en avant d'institutions (qui inscrivent les questions dans la durée), l'imagination ou l'utopie d'un avenir meilleur. Comme le dit Michaël Foessel, Paul Ricoeur, éducateur politique, ne cesse de rappeler à tous « la pression constante que la morale de conviction exerce sur la morale de responsabilité ». En ce temps de basses eaux démocratiques et d'expansion des populismes, ce rappel des principes de l'action politique et de leurs raisons n'est pas seulement utile : il est absolument nécessaire.
Paul Ricoeur (1913-2005) est une des grandes figures de la philosophie française contemporaine.
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Le je-ne-sais-quoi et le presque-rien Tome 1 ; la manière et l'occasion
Vladimir Jankélévitch
- Le Seuil
- 1 Janvier 1980
- 9782020053891
Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien1. La manière et l'occasion« Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. Titre énigmatique... Quelque chose - ou presque rien - reste hors prise et remet la pensée en mouvement. »Marcel Neusch, La Croix« Une voix merveilleuse, une des plus précieuses et des plus singulières de notre temps. »Catherine Clément, Le Matin« Jamais on n'a écrit de philosophie comme ça. »Michèle Le Doeuff, Libération« Moraliste actuel, à la mesure des inquiétudes de notre temps, de ses urgences... »Christian Delacampagne, Le MondeVladimir Jankélévitch (1903-1985)Philosophe et musicologue, il est l'auteur d'une oeuvre considérable, traduite dans le monde entier.
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Toutes les intelligences du monde : animaux, plantes, machines
James Bridle, Cyril Leroy
- Le Seuil
- La Couleur Des Idées
- 15 Septembre 2023
- 9782021480078
La fascination pour les progrès fulgurants de l'intelligence artificielle ne nous fait-elle pas passer à côté des autres intelligences avec lesquelles nous cohabitons ? Les animaux, les plantes et les systèmes techniques révèlent en effet petit à petit leur complexité et leur étendue.
Que nous apprennent toutes ces formes d'intelligence ? Comment pouvons-nous donner une plus juste place aux entités auxquelles nous sommes reliés ? Pour répondre à ces questions, James Bridle convoque allègrement tous les savoirs possibles ? biologie, histoire, éthologie, arts, physique, informatique et plus encore. Des oracles grecs aux poulpes, des champignons aux satellites, des ordinateurs hydrauliques aux séquoias, on découvre ainsi les multiples modes d'existence qui dialoguent autour de nous et avec nous.
Explorer ces hybridations et enchevêtrements est l'une des conditions pour changer radicalement de monde. On lira donc ici le récit électrisant de nos temps à venir. -
Les anormaux - cours au college de france, 1974-1975
Foucault Michel
- Le Seuil
- 18 Mars 1999
- 9782020307987
Prononcé au Collège de France de janvier à mars 1975, le cours sur « Les Anormaux » poursuit les analyses que Michel Foucault a consacrées depuis 1970, et surtout dans « Il faut défendre la société », à la question du savoir et du pouvoir : pouvoir disciplinaire, pouvoir de normalisation, bio-pouvoir.
C'est à partir de multiples sources, théologiques, juridiques et médicales, que Foucault aborde le problème de ces individus « dangereux » qu'on appelle, au XIXe siècle, les « anormaux ». il en définit les trois figures principales : les monstres, qui font référence aux lois de la nature et aux normes de la société, les incorrigibles, pris en charge par les nouveaux dispositifs de dressage du corps, et les onanistes, qui alimentent, depuis le XVIIIe siècle, une campagne visant à la mise en discipline de la famille moderne.
Les analyses de Foucault prennent comme point de départ des expertises médico-légales qu'on pratique encore dans les années 1950. Il esquisse ensuite une archéologie de l'instinct et du désir, à partir des techniques de l'aveu dans la confession et dans la direction de conscience. Il pose ainsi les prémisses historiques et théoriques de travaux qui seront repris, remaniés, réélaboré dans son enseignement au Collège et dans les ouvrages ultérieurs. Ce cours représente donc une pièce essentielle pour suivre les recherches de Foucault dans leur formation, leurs prolongements et leurs développements.
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La société punitive ; cours au collège de France 1972-1973
Michel Foucault
- Le Seuil
- Hautes Etudes
- 5 Décembre 2013
- 9782021038033
" L'organisation d'une pénalité d'enfermement n'est pas simplement récente, elle est énigmatique. Qu'est-ce qui pénètre dans la prison ? En tout cas, pas la loi. Que fabrique-t-elle ? Une communauté d'ennemis intérieurs. " C'est en ces termes que Michel Foucault dénonce, dans ce cours prononcé en 1973 - et que viendra compléter, en 1975, son ouvrage Surveiller et punir - le " cercle carcéral ".
La Société punitive étudie ainsi comment les sociétés traitent les individus ou les groupes dont elles souhaitent se débarrasser, c'est-à-dire les tactiques punitives, mais aussi la prise de pouvoir sur le corps et sur le temps et l'instauration du couple pénalité-délinquance.
Michel Foucault retrace l'histoire des " tactiques fines de la sanction " dont il distingue quatre modalités : exiler ; imposer un rachat ; marquer ; enfermer. C'est dans la seconde moitié du XVIIIe siècle que se développe une " science des prisons " à fonction corrective et que se construit un discours sur le criminel et son traitement possible, donnant naissance à un schéma de société qui vise à l'absolu du contrôle et de la surveillance. L'ajustement entre le système judiciaire et le mécanisme de surveillance (l'organisation d'une police), entre l'émergence de la richesse et la pratique des illégalismes, entre la force corporelle de l'ouvrier et l'appareil de production s'accomplit ensuite au tournant du XIXe siècle. Foucault démontre donc que ce sont les instances de contrôle para-pénal du XVIIe et du XVIIIe siècle qui ont abouti, in fine, au fonctionnement de la prison, visant à l'élimination du désordre, au contrôle de la distribution spatiale des individus, de leur emplacement par rapport à l'appareil productif.
La Société punitive finit par poser la question, cruciale aux yeux du philosophe, de la validité intrinsèque de la loi pénale. A-t-elle vocation universelle ou se limite-t-elle à la douteuse applicabilité d'une somme de décrets ?
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Depuis quatre mille ans, la culture chinoise - la plus ancienne aujourd'hui parmi les cultures vivantes - offre l'image d'une remarquable continuité. Pourtant, c'est à travers une histoire faite de ruptures radicales, de profondes mutations mais aussi d'échanges avec d'autres cultures, que la Chine a vu naître des pensées aussi originales que celles de Confucius et du taoïsme, et assimilé le bouddhisme avant d'engager à l'ère moderne un dialogue, décisif pour le temps présent et à venir, avec l'Occident. Force est de constater cependant que la plupart des Occidentaux demeurent dans l'ignorance de cette tradition intellectuelle qui n'a fait l'objet que de présentations partielles ou partiales. On se contente souvent d'en retenir certains aspects religieux ou de la réduire à une simple sagesse.Anne Cheng, qui a déjà publié au Seuil une traduction des Entretiens de Confucius qui fait autorité, nous donne ici une synthèse magistrale, utile au curieux comme à l'étudiant. L'évolution de la pensée chinoise y est retracée depuis la dynastie des Shang au deuxième millénaire avant notre ère jusqu'au mouvement du 4 mai 1919 qui marque à la fois la rupture avec le passé et le renouveau d'une pensée qui n'a pas dit son dernier mot.
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Nietzsche : Cours, conférences et travaux
Michel Foucault
- Le Seuil
- Hautes Études
- 31 Mai 2024
- 9782021452853
« Nietzsche et Heidegger, ça a été le choc philosophique ! Mais je n'ai jamais rien écrit sur Heidegger et je n'ai écrit sur Nietzsche qu'un tout petit article ; ce sont pourtant les deux auteurs que j'ai le plus lus », dira Michel Foucault à la fin de sa vie. Puis, il précise : « Je crois que c'est important d'avoir un petit nombre d'auteurs avec lesquels on pense, avec lesquels on travaille, mais sur lesquels on n'écrit pas. »
Les Cours, conférences et travaux sont des témoignages inédits du « travail » de Foucault avec Nietzsche. Ces textes datent des deux grandes périodes de sa vie intellectuelle : d'abord le début des années 1950, quand il s'intéresse à Hegel et à la phénoménologie, ainsi qu'au marxisme. Le jeune Foucault expérimente alors de nouvelles approches pour développer une philosophie fondée sur l'expérience et l'analyse du discours. Ensuite, après la publication des Mots et les Choses en 1966, lorsque Foucault revient avec élan à Nietzsche pour élaborer sa propre méthode généalogique, relançant ainsi son projet d'une histoire de la vérité et du dire vrai.
C'est à travers la confrontation avec Nietzsche que Foucault aura construit sa propre manière de philosopher. Ces Cours, conférences et travaux sont indispensables pour comprendre comment Foucault a lu Nietzsche, en particulier au moment décisif où il le découvre. Ils sont essentiels pour saisir le Nietzsche de Foucault. -
Qu'est-ce que la philosophie et quel est son rôle aujourd'hui ? Entre juillet et octobre 1966, quelques mois après la parution des Mots et les Choses, Michel Foucault, dans un manuscrit très soigneusement rédigé mais qu'il ne publiera pas, apporte sa réponse à cette question tant débattue.
À la différence de ceux qui, à l'époque, s'attachent à dévoiler l'essence de la philosophie ou à en prononcer la mort, Foucault l'appréhende, dans sa matérialité, comme un discours dont il convient de dégager l'économie eu égard aux autres discours (scientifique, fictif, ordinaire, religieux) qui circulent dans un contexte donné.
Le Discours philosophique propose ainsi une nouvelle manière de faire l'histoire de la philosophie, qui la décentre du commentaire des grands philosophes. Nietzsche y occupe toutefois une place particulière car il inaugure une conjoncture où la philosophie devient une entreprise de diagnostic du présent. Il revient en effet désormais à la philosophie de dire, à partir de l'« archive intégrale » d'une culture, ce qui en fait l'actualité.
Si L'Archéologie du savoir, consacré aux enjeux méthodologiques d'un tel projet, s'y annonce, nulle part autant que dans Le Discours philosophique Michel Foucault n'aura explicité les ambitions de son programme intellectuel.