GALLIMARD
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Les Irresponsables : Qui a porté Hitler au pouvoir ?
Johann Chapoutot
- Gallimard
- Nrf Essais
- 6 Février 2025
- 9782073061195
Un consortium libéral-autoritaire, tissé de solidarités d'affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias réactionnaires et d'élites traditionnelles, perd tout soutien populaire : au fil des élections, il passe de presque 50% à moins de 10% des voix et se demande comment garder le pouvoir sans majorité, sans parlement, voire sans démocratie. Cet extrême centre se pense destiné à gouverner par nature : sa politique est la meilleure et portera bientôt ses fruits. Quand les forces de répression avertissent qu'elles ne pourront faire face à un soulèvement généralisé, le pouvoir, qui ne repose sur aucune base électorale, décide de faire alliance avec l'extrême droite, avec laquelle il partage, au fond, à peu près tout, et de l'installer au sommet. Cette histoire se déroule en Allemagne, entre mars 1930 et janvier 1933. Elle repose sur une lecture des archives politiques, des journaux intimes, correspondances, discours, articles de presse et Mémoires des acteurs et témoins majeurs. Elle révèle non pas la progression irrésistible de la marée brune, mais une stratégie pour capter son énergie au profit d'un libéralisme autoritaire imbu de lui-même, dilettante et, in fine, parfaitement irresponsable.
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«Le combat ne m'a pas forgé le coeur et l'âme, il m'a simplement rendu lucide. J'en sais désormais suffisamment pour ne pas me croire préservé, par ma simple qualité d'homme, du surgissement de l'animal qui gît en moi.» Dans ce récit à la première personne, le général Lecointre évoque son parcours de jeune officier - de la naissance d'une vocation jusqu'aux terrains de guerre au Rwanda, à Sarajevo ou en Irak - et donne à voir l'expérience d'homme de guerre dans ce qu'elle a de plus concret, unique, et parfois indicible. Jamais un grand chef militaire n'avait évoqué avec autant d'acuité et de lucidité les doutes et les réalités auxquels se confrontent les soldats : le sentiment de vivre des événements qui ne peuvent être compris que d'eux, la peur paralysante qui surgit à tout moment et, surtout, l'interrogation fondamentale sur le sens de l'action. Comment garder son humanité quand, au coeur du combat, la violence gagne de plus en plus les esprits ? On croyait la guerre réservée aux livres d'histoire, et la voici de nouveau. Cet Entre guerres l'appréhende de manière saisissante et profonde, tout comme il évoque avec pudeur la singulière fraternité unissant les hommes qui dédient leur vie au service de la France.
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1966, année mirifique
Antoine Compagnon
- Gallimard
- Bibliothèque Des Histoires
- 8 Janvier 2026
- 9782073130112
«L'année des cheveux longs et de la minijupe», résume le journal rétrospectif des Actualités françaises le 27 décembre 1966. Sommet des Trente Glorieuses, arrivée des enfants du baby-boom à l'âge adulte, début d'une révolution accélérée des moeurs et entrée dans la société d'abondance, 1966 a été une année tournant sur de nombreux fronts - démographique, économique, politique, social et culturel. C'est à restituer le tissu de ses jours que s'attache cette enquête profondément novatrice où se croisent, entre marée structuraliste et Nouvelle Vague, Georges Perec, Michel Foucault, le briquet jetable, André Malraux, les livres de poche, La Grande Vadrouille, la microcassette Philips, ainsi que Marguerite Duras, Aragon, Jean-Luc Godard, Roland Barthes et bien d'autres. Il y est question de choses et de mots, de sons et d'images, mais encore d'histoire et de sociologie, de cinéma et de télévision, de poésie et de musique, de révolte aussi - deux ans avant Mai -, et de mémoire, avec le débat sur les camps d'extermination. Il n'en faut pas moins pour recomposer cet incendie prodigieux qui marque un seuil entre deux époques.
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Pour l'amour du peuple : Histoire du populisme en France, XIXe-XXIe siècle
Marc Lazar
- Gallimard
- Nrf Essais
- 30 Octobre 2025
- 9782070141975
Depuis un siècle et demi que la République s'est installée, la vie politique française est scandée de moments où apparaissent des mouvements «antisystème» atypiques, plus ou moins durables, qu'on rassemble souvent sous le qualificatif de «populistes». De prime abord, l'emploi de ce terme peut paraître problématique. Qu'ont en commun le général Boulanger et Marine Le Pen, les maoïstes et les Gilets jaunes, Jean-Luc Mélenchon et Bernard Tapie ? Ces formations comme leurs dirigeants sont dissemblables et leurs objectifs politiques sont contradictoires. Cependant ils partagent ce qui forme le coeur de leur discours : une exaltation du peuple, uni dans la même volonté, ainsi qu'un rejet affiché des élites. Il ne sera pas ici question de juger les populismes, d'en décrire les contours sous les traits d'une «maladie» ou d'en rester à une approche strictement théorique. Dans cet essai érudit, Marc Lazar s'attache à définir le phénomène populiste, analyse chacune de ses manifestations et met ainsi en lumière comment son charme opère, aujourd'hui plus que jamais. Cette histoire du populisme contribue aussi à notre connaissance de la démocratie en France.
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La monumentale Histoire en 12 tomes d'Arnold Toynbee a assuré à son auteur une place à part parmi les historiens contemporains. Ce volume réunit ses textes principaux sur le militarisme, des Assyriens jusqu'aux conquérants Mongols, en passant par Sparte. Toynbee scrute avec angoisse ce problème capital pour l'histoire du monde et aussi pour notre époque. Il cherche à tirer des leçons des enseignements du passé qui lui permettraient de définir notre avenir. Ses conclusions, sans être d'un optimisme absolu, restent réconfortantes. Les forces pacifiques peuvent triompher de celles de la guerre, nous dit Arnold Toynbee, grand historien et brillant écrivain qui sait évoquer et ressusciter les grandeurs et les souffrances d'un monde révolu.
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De Gaulle, la France et le monde : Trente ans d'histoire par la caricature ; 1940-1970
Alya Aglan, Julian Jackson
- Gallimard
- Albums Beaux Livres
- 2 Octobre 2025
- 9782073071569
Pendant les trente ans de sa carrière politique, du 18 juin 1940 à sa mort le 9 novembre 1970, le général de Gaulle a autant fasciné que divisé, en France comme dans le monde entier. D'innombrables caricatures tour à tour féroces, drôles, bienveillantes, acerbes ou tendres, ont contribué à façonner la légende de ce géant de l'histoire. Alya Aglan et Julian Jackson commentent ici plus de 150 dessins de presse, publiés dans des journaux américains, anglais, allemands, dans ceux de Chine, d'Israël ou d'URSS, d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique latine. A travers le regard des illustrateurs qui scrutent les faits et gestes du Général et s'interrogent sur ses ambitions pour la grandeur et le rang du pays, c'est une autre histoire de la France gaullienne qui s'écrit.
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Préférence nationale : Leçon d'histoire à l'usage des contemporains
Gérard Noiriel
- Gallimard
- Tracts
- 14 Mars 2024
- 9782073074829
La loi «Asile et immigration», votée le 19 décembre 2023 et en partie censurée par le Conseil constitutionnel, a placé au centre du débat une nouvelle polémique sur la «préférence nationale» - et rappelé que la majorité de nos concitoyens pensent qu'il est normal que celles et ceux qu'ils ont élus défendent en priorité leurs intérêts. Le «problème» de l'immigration s'est imposé dès les débuts de la IIIe République et il a ressurgi à chaque fois que notre société a été en crise. L'histoire montre que la fuite en avant dans une politique de plus en plus répressive à l'égard des migrants, menée au nom de la «préférence nationale», met en péril à la fois les valeurs humanistes de notre République et les principes démocratiques de l'État de droit. Après avoir mis en lumière ces leçons de l'histoire, Gérard Noiriel propose quelques pistes pour s'opposer plus efficacement au risque de dérive xénophobe du corps social.
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Les sorcières et leur monde
Julio Caro baroja
- Gallimard
- Bibliotheque Des Histoires
- 28 Mars 1972
- 9782070282012
Le monde change et les sorcières sont toujours les mêmes. Julio Caro Baroja, dans sa jeunesse, avait rencontré des personnes dotées d'une mentalité spéciale, la mentalité magique. Il avait tout appris des sorcières du Pays basque:leur pullulement, révélé par un document officiel de 1466; les grands procès d'inquisition du XVII? siècle; les autodafés, comme celui de 1610 où périrent les sorcières de Zugarramurdi; les superstitions que les paysans basques entretenaient encore à la fin du XIX? siècle et dont on lui parlait dans son enfance. Puis il lut les livres sur la sorcellerie, en d'autres temps, en d'autres lieux; et partout la sorcière était égale à elle-même. Alors, il écrivit ce livre. Livre de structuraliste écrit au temps où le structuralisme était une méthode scientifique et non une mode, qui, à travers la description des cérémonies et des rites, des sabbats et des maléfices, atteint une psychologie archaïque, celle de la mentalité magique. Livre d'anthropologue et de sociologue qui étudie une base commune aux comportements et aux croyances d'hommes éloignés dans le temps et l'espace, et analyse la psychologie collective de sociétés dominées par la peur. Livre d'historien qui a compris que ce qui change, c'est l'environnement historique des sorcières et le regard que jettent sur elles les sociétés et les systèmes de pensée qui se succèdent autour d'elles, de l'Antiquité gréco-romaine au positivisme des Lumières et du scientisme du XIX? siècle, du christianisme médiéval à la psychiatrie contemporaine, de saint Augustin à Michelet, de saint Thomas à Freud, de Gassendi à Goya. Des études souvent profondes, parfois brillantes, ont commenté tel ou tel dossier de sorcellerie. Ici la sorcière est présentée à travers les explications changeantes d'un monde qui n'en finit pas d'exorciser Satan.
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Biographie de Tocqueville
Françoise Mélonio
- Gallimard
- Nrf Biographies
- 25 Septembre 2025
- 9782070126057
Il est le plus profond penseur de la démocratie, l'observateur le plus aigu de la société américaine et l'interprète indépassable de la transition inachevée en France des temps aristocratiques à l'ère démocratique. L'oeuvre de Tocqueville échappe à l'organisation ordinaire de nos savoirs. Elle est, autre singularité, inséparable de sa situation personnelle, familiale, historique. L'une se lit dans l'autre. La Démocratie en Amérique, L'Ancien Régime et la Révolution, les Souvenirs sur la IIe République, comme son immense correspondance avec les grands esprits de son époque mobilisent la puissance de sa pensée au service de l'action politique. Né sous le Premier Empire, mort sous le Second, il ne cesse, dès sa jeunesse, de sonder les bienfaits et les pathologies d'une démocratie qu'il sait inévitable.Cette biographie est la première à nouer le lien intime entre l'homme privé et l'acteur politique, son enracinement aristocratique et son consentement à la démocratie, une sensibilité romantique et une intelligence théorique des passions humaines, moeurs et lois mêlées. Elle reconstitue l'unité d'une vie sans cesse agitée par les résurgences révolutionnaires, les menaces d'un individualisme délétère et la hantise du déclin de la France auquel il imagine, un moment, trouver le remède dans la colonisation.On découvre, au fil des pages, un homme attachant, attentif à ses compatriotes normands, fidèle à ses amis, amoureux infidèle de sa femme, rebelle à toute espèce de dogmatisme, mélancolique mais jamais désespéré... Et, pour finir, un des maîtres de la prose française.
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"J'ai besoin d'exprimer ma rage, un besoin violent, et inexorable."
C'est d'abord le cri d'un témoin en colère qui traverse ces cahiers rédigés à la fin de l'été 1944. Très vite, cependant, apparaît la capacité d'analyse du jeune historien de vingt-sept ans, assistant depuis l'Auvergne à la reconquête du territoire par les forces alliées : il entreprend de retracer, en même temps qu'un cheminement intérieur, ce qu'il appelle "l'histoire morale" de la France du début des années 1940, une histoire faite d'humiliation, de frustration et de honte, sentiments qui cèdent lentement le pas à une fierté renouvelée.
Réquisitoire implacable et exercice d'introspection, ce texte inédit de Jean-Baptiste Duroselle (1917-1994), l'un des fondateurs de l'école française de l'histoire des relations internationales, constitue, huit décennies plus tard, un document précieux et sans concession pour comprendre Vichy et l'Occupation. -
Claude Lanzmann : Un hommage personnel
Marc Sagnol
- Gallimard
- Hors Série Littérature
- 20 Novembre 2025
- 9782073141279
L'amitié entre Claude Lanzmann et Marc Sagnol, alors directeur de l'Institut français d'Ukraine, s'est nouée en septembre 1998, à l'occasion d'une invitation du cinéaste à Kiev et à Odessa pour y présenter Shoah. Claude Lanzmann a ensuite proposé à son ami germaniste, familier de l'Europe centrale et de la culture juive, de l'accompagner sur le tournage de Sobibor, entre Pologne et Biélorussie, avant de l'accueillir au comité de rédaction de la revue Les Temps modernes en 2000. D'autres invitations ont suivi, en Allemagne ou en Russie, tantôt pour des projections de Shoah, tantôt pour la présentation du Lièvre de Patagonie. À l'occasion du centenaire de la naissance de Claude Lanzmann (1925-2018), Marc Sagnol revient ici sur vingt ans de proximité et de fidélité, avec le récit très humain et personnel d'une collaboration intellectuelle et cinématographique amicale, où les enjeux de mémoire de la Shoah s'entrecroisent avec ceux de l'héritage critique de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, tel qu'accompli par Les Temps modernes.
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Devant l'ampleur et le caractère inédit des crimes nazis - qu'ils soient collectifs ou individuels -, les historiens butent sur leur causalité profonde, qui reste obscure. Ces comportements monstrueux s'appuient pourtant sur des fondements normatifs et un argumentaire juridique qu'il faut prendre au sérieux. C'est ce que fait ici Johann Chapoutot dans un travail de grande ampleur qui analyse comment les philosophes, juristes, historiens, médecins ont élaboré les théories qui faisaient de la race le fondement du droit et de la loi du sang la loi de la nature qui justifiait tout : la procréation, l'extermination, la domination.
Une profonde intimité avec une immense littérature publique ou privée - correspondances, journaux intimes -, avec la science et le cinéma du temps, rend sensible la manière dont les acteurs se sont approprié ces normes qui donnent un sens et une justification à leurs manières d'agir. Comment tuer un enfant au bord de la fosse peut relever de la bravoure militaire face à l'ennemi biologique. Si le métier d'historien consiste à comprendre et non à juger, ou à mieux comprendre pour mieux juger, ce livre jette une lumière neuve et originale sur le phénomène nazi.
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Désert, déserts : Du Moyen Âge au XXIe siècle
Marie Gautheron
- Gallimard
- Bibliothèque Des Histoires
- 15 Mai 2025
- 9782073080653
Pourquoi et depuis quand les vastes pays arides fascinent-ils l'Occident ? Ce livre raconte l'histoire sensible, esthétique et politique de nos images de déserts, entre créations et stéréotypes, fantasmes et savoirs positifs. Car l'image du désert n'a pas toujours été celle de ces sables à laquelle nous l'identifions souvent aujourd'hui. Née dans l'Orient judéo-chrétien, c'est d'abord celle, paradoxale, d'une expérience intérieure, et de tout espace abandonné de Dieu et des hommes. L'Occident médiéval la réinvente dans des clôtures ou des lieux d'ascèse et d'isolement, île ou forêt. Au fil des siècles, les déserts affreux de la verte Europe se muent en beaux déserts, tandis qu'un flux croissant d'Occidentaux parcourt les déserts d'Orient. Le vaste pays aride est alors promu paysage - sublime parfois, essentialisé souvent. Dans l'imaginaire hexagonal, la «pacification» du Sahara fait de l'empire du vide un champ de bataille, et une terre où rêver d'altérité. Espaces immersifs d'expériences extrêmes, les déserts sont l'objet d'enjeux géopolitiques majeurs au XXe siècle, et le lieu de mutations radicales. Mondialisées, nos images de déserts s'ouvrent à de nouveaux lieux de mémoire. Figure de déréliction et d'exaltation, icône postmoderne de nos non-lieux, souvent déceptive et plus que jamais paradoxale, l'image du désert prête aux utopies, aux dystopies, et résonne encore d'antiques rémanences.
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Figures du Palestinien : Identité des origines, identité de devenir
Sanbar Elias
- Gallimard
- Nrf Essais
- 21 Octobre 2004
- 9782070759361
De la chronique du conflit palestino-israélien, de l'histoire séculaire de chaque camp, des enjeux stratégiques ou des négociations de paix, de l'actualité aussi, il n'est pas question dans ce livre. Voici pourtant un des ouvrages les plus éclairants sur la question, car il livre, grâce à une approche d'anthropologie historique, les clés fondamentales de l'identité palestinienne. Peuple expulsé de sa terre en 1948, les Palestiniens, sans jamais oublier ou négliger leur histoire, se définissaient d'abord par leur géographie si particulière, celle de la Terre sainte. Trois figures retracent leur identité de devenir. Gens de la Terre sainte : du temps de l'Empire ottoman, les Palestiniens, plus encore qu'Arabes occupés, se définissent par le pays où coexistent communautés et religions et dont les paysages sont marqués par les fusions des lieux de culte et de pèlerinage des monothéismes. Arabes de Palestine : du temps du Mandat britannique, lorsque se bâtit le «Foyer» sioniste qui prétend appuyer ses droits sur une antériorité des Juifs sur les Arabes, au point que la «montée» vers la Palestine est un retour et non une venue, les Palestiniens, pris dans la double tourmente des colonialismes britannique et juif, deviennent, malgré résistance et révoltes, graduellement des étrangers sur leur propre terre. L'Absent ou le Palestinien invisible : après l'expulsion de 1948, alors que le nouvel État d'Israël gère les biens des expulsés comme «biens des absents» et qu'il efface ou modifie méthodiquement, au fil des années, toponymie et topographie, les Palestiniens, parqués par villages entiers dans les camps de réfugiés, cultivent la mémoire des lieux et nourrissent l'idée du retour. Un rapport à l'histoire, évoluant en pure nostalgie, aurait peut-être permis que les Absents se dissolvent dans les pays arabes voisins, confirmant les voeux longtemps émis à travers le monde : «Les Palestiniens, ça n'existe pas.» Mais le rapport à une terre exilée dont on enseigne les paysages originaires aux nouvelles générations explique cette survie, contre les vents de l'histoire et les marées des guerres. Après des siècles de présence chez lui, le peuple palestinien réclame un État, puisque la communauté et le droit international ont érigé l'État-nation en seule forme possible, pour un peuple, de présence libre et souveraine sur sa terre.
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Composition française ; retour sur une enfance bretonne
Mona Ozouf
- Gallimard
- Blanche
- 19 Mars 2009
- 9782070124640
La France a toujours vécu d'une tension entre l'esprit national et le génie des pays qui la composent, entre l'universel et le particulier. Mona Ozouf se souvient l'avoir ressentie et intériorisée au cours d'une enfance bretonne. Dans un territoire exigu et clos, entre école, église et maison, il fallait vivre avec trois lots de croyances disparates, souvent antagonistes. À la maison, tout parlait de l'appartenance à la Bretagne. L'école, elle, au nom de l'universelle patrie des droits de l'homme, professait l'indifférence aux identités locales. Quant à l'église, la foi qu'elle enseignait contredisait celle de l'école comme celle de la maison.
En faisant revivre ces croyances désaccordées, Mona Ozouf retrouve des questions qui n'ont rien perdu de leur acuité. Pourquoi la France s'est-elle montrée aussi rétive à accepter une pluralité toujours ressentie comme une menace ? Faut-il nécessairement opposer un républicanisme passionnément attaché à l'universel et des particularismes invariablement jugés rétrogrades ? À quelles conditions combiner les attachements particuliers et l'exigence de l'universel ? En d'autres termes, comment vivre heureusement la « composition française » ?
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Montaillou, village occitan de 1294 à 1324
Emmanuel Le Roy Ladurie
- Gallimard
- Bibliotheque Des Histoires
- 23 Avril 1982
- 9782070209514
En 1320, Jacques Fournier, évêque de Pamiers, plus tard pape d'Avignon, enquête comme inquisiteur sur un village de haute Ariège à 1 300 mètres d'altitude : Montaillou, 250 habitants, petite communauté occitane et pyrénéenne de montagnards et de bergers.
Simple épisode de la lutte contre le catharisme ? Mais la conscience ethnologique et policière de l'enquêteur est telle que, Maigret avant la lettre, il finit par déterrer tous les secrets du village, petits ou grands. Et Dieu sait s'il y en a ! Rien n'échappe à cet évêque fureteur, ni la vie intime et ambulatoire du berger Maury, ni les nombreux amours du truculent curé de la paroisse, mouchard paillard et cathare, ni les passions romantiques de la châtelaine Béatrice de Planissoles.
Mais ce sont aussi les drames et la vie quotidienne de Montaillou, opprimé par un clergé dominateur et par le clan tyrannique des Clergue, qui forment la trame de cette étude à la fois monographique et globale ; l'enfance et la mort, la culture et la famille, les luttes des mafias paysannes, l'obsession du salut et la magie, l'irréligion et l'hérésie rustiques, la morale et le crime, le folklore, les mythes et les revenants.
Utilisant cet extraordinaire document qu'est le " registre d'Inquisition " de Jacques Fournier, sorte de roman vrai du petit peuple du xtve siècle, ce Montaillou ressuscite, dans l'esprit des méthodes historiques et ethnographiques les plus actuelles, la réalité cathare et occitane d'il y a six cent cinquante ans, avec la fraîcheur et le tremblement du vécu.
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Penser contre son camp : Itinéraire politique d'une intellectuelle de gauche
Nathalie Heinich
- Gallimard
- Témoins
- 15 Mai 2025
- 9782073112392
Querelle de l'art contemporain, neutralité des sciences sociales, mariage homosexuel, féminisme, islamisme, censure, wokisme, gauche radicale : autant de sujets qui, depuis une vingtaine d'années, ont beaucoup agité le monde intellectuel français et, en particulier, la gauche, de plus en plus éclatée, voire bouleversée, par des retournements rompant avec ses valeurs historiques - protection des plus faibles, universalisme, laïcité, rationalité, liberté d'expression. Cet essai propose un retour réflexif sur les prises de position de l'auteur depuis la fin du XXe siècle, controversées par une partie de la gauche et qui, en cela même, témoignent de mutations allant bien au-delà d'opinions personnelles. Ne pas «penser comme nous» : telle est, parfois, la condition pour rester fidèle aux valeurs fondatrices d'une famille politique.
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Anne d'Autriche : La régente absolue
Joël Cornette
- Gallimard
- Nrf Biographies
- 10 Avril 2025
- 9782073018496
Fille d'un roi d'Espagne, elle partit à quatorze ans épouser un roi de France, sans autre mission que de lui donner un héritier ni autre liberté que de cultiver sa grande dévotion. Le destin en décida autrement : Anne d'Autriche sera la dernière régente de l'Ancien Régime - une «régente absolue», dira Voltaire - et la dernière femme à gouverner la France. Tenue à distance par un Louis XIII soupçonneux et un Richelieu toujours aux aguets, elle allait s'éveiller à la politique, à quarante-deux ans, sous l'empire de la nécessité, pour sauver le trône de son fils, l'enfant roi Louis XIV. Durant son bref «règne» (1643-1651), la monarchie faillit sombrer sous les coups de multiples révoltes, les guerres domestiques de la Fronde, moment explosif, le plus périlleux que connut la royauté avant 1789. Face à des événements inopinés, des affronts, des trahisons, comme celle de Condé, premier prince du sang, elle sut faire preuve, secondée par Mazarin, d'une grande intelligence politique, mélange de pragmatisme, de persuasion et d'indomptable courage. Avant de rétablir coûte que coûte la paix intérieure, antichambre du grand règne de guerre et de gloire auquel son fils allait associer son nom. Anne d'Autriche incarne le pouvoir au féminin : une reine éminemment politique, percluse de piété, que le hasard des circonstances destina à piloter sans faiblesse dans la tempête le navire malmené de l'État. Par-delà les polémiques et les dénigrements dont on l'a souvent accablée, cette biographie la restitue telle qu'elle fut. En majesté.
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On célèbre en 1986 le bicentenaire de la conquête du mont Blanc, l'événement fondateur de l'alpinisme moderne. Pourtant, avant d'être découvert puis vaincu, le mont Blanc a dû être inventé. Philippe Joutard raconte ici la longue histoire de la haute montagne dans la sensibilité des hommes. Longtemp domaine maudit, interdit à leurs entreprises, la montagne entre dans l'imaginaire européen à la fin du Moyen Âge : curiosité scientifique, goût du risque, esthétique de la démesure mêlant des sentiments d'horreur et de beauté font d'elle, désormais, un lieu d' investissement privilégié. Des abîmes aux glaciers, des glaciers aux sommets, voici l' invention d'un paysage affectif et moral.
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Le noeud démocratique : Aux origines de la crise néolibérale
Marcel Gauchet
- Gallimard
- Bibliotheque Des Sciences Humaines
- 10 Octobre 2024
- 9782073085313
Le désenchantement du monde n'avait pas livré tous ses secrets. Il comportait une suite que l'on n'attendait pas. On le croyait achevé. Il n'en était rien. Il est allé silencieusement à son terme au cours des quatre ou cinq dernières décennies. La sortie de la structuration religieuse des sociétés a libéré cette fois toutes ses potentialités en engendrant un «nouveau monde» déconcertant. L'étrange crise de la démocratie qui affecte le monde occidental en est un des aspects les plus troublants. Elle est l'opposé exact de la crise totalitaire qui a ravagé le premier XX? siècle. Celle-ci avait pour moteur l'aspiration à détruire la démocratie dite «bourgeoise» pour lui substituer des régimes supérieurs. La crise actuelle, à l'inverse, touche une démocratie dont les principes sont plébiscités, mais dont le fonctionnement n'en suscite pas moins une immense frustration et des fractures profondes au sein des peuples. Cette «crise de la réussite», comme il y eut un «vertige du succès» stalinien, est liée, montre Marcel Gauchet, à une lecture trompeuse de la nouvelle structuration collective née de l'effacement complet de l'empreinte sacrale. Elle induit une vision réductrice de la nature de la démocratie, aveugle au noeud qui tient ses éléments ensemble. Il faut la dire «néolibérale», dans un sens qui va bien au-delà de l'économie, même si elle consacre le règne de l'économie, puisqu'elle concerne tous les domaines de l'existence collective et en propose même un modèle global. Mais à l'exemple de l'expérience totalitaire en son temps, cette expérience qui en prend le contrepied a la vertu de mettre en lumière des conditions jusqu'alors mal identifiables de la bonne marche de nos régimes. C'est en fonction de ses enseignements que devra se repenser la démocratie de l'avenir.
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Chronos : L'Occident aux prises avec le Temps
François Hartog
- Gallimard
- Bibliotheque Des Histoires
- 1 Octobre 2020
- 9782072893070
«Omniprésent et inéluctable, tel est Chronos. Mais il est d'abord celui qu'on ne peut saisir. L'Insaisissable, mais, tout autant et du même coup, celui que les humains n'ont jamais renoncé à maîtriser. Innombrables ont été les stratégies déployées pour y parvenir, ou le croire, qu'on aille de l'Antiquité à nos jours, en passant par le fameux paradoxe d'Augustin : aussi longtemps que personne ne lui demande ce qu'est le temps, il le sait ; sitôt qu'on lui pose la question, il ne sait plus.Ce livre est un essai sur l'ordre des temps et les époques du temps. À l'instar de Buffon reconnaissant les «Époques» de la Nature, on peut distinguer des époques du temps. Ainsi va-t-on des manières grecques d'appréhender Chronos jusqu'aux graves incertitudes contemporaines, avec un long arrêt sur le temps des chrétiens, conçu et mis en place par l'Église naissante : un présent pris entre l'Incarnation et le Jugement dernier. Ainsi s'engage la marche du temps occidental.On suit comment l'emprise du temps chrétien s'est diffusée et imposée, avant qu'elle ne reflue de la montée en puissance du temps moderne, porté par le progrès et en marche rapide vers le futur.Aujourd'hui, l'avenir s'est obscurci et un temps inédit a surgi, vite désigné comme l'Anthropocène, soit le nom d'une nouvelle ère géologique où c'est l'espèce humaine qui est devenue la force principale : une force géologique. Que deviennent alors les anciennes façons de saisir Chronos, quelles nouvelles stratégies faudrait-il formuler pour faire face à ce futur incommensurable et menaçant, alors même que nous nous trouvons encore plus ou moins enserrés dans le temps évanescent et contraignant de ce que j'ai appelé le présentisme ?»François Hartog
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Le sabbat des sorcières
Carlo Ginzburg
- Gallimard
- Bibliotheque Des Histoires
- 3 Novembre 1992
- 9782070727414
Du XIV? au XVII? siècle, dans toute l'Europe, des femmes et des hommes accusés de sorcellerie ont raconté s'être rendus au sabbat : là, de nuit, en présence du diable, on se livrait à des festins, à des orgies, à l'anthropophagie, à la profanation des rites chrétiens.D'où vient le sabbat ? Les accusés se sont-ils laissé extorquer, souvent sous la torture, le récit que leurs juges attendaient d'eux ? Selon Carlo Ginzburg, pas toujours. Dans quelques cas, l'écart entre les questions des juges et les réponses des accusés laisse affleurer des éléments liés à une couche plus profonde. Partant de ces anomalies, appuyé sur un immense matériel documentaire, il a entrepris de retrouver et de recomposer les pièces dispersées de cette histoire nocturne. L'enquête conjugue plusieurs approches auxquelles correspondent autant d'hypothèses : une approche historique qui, des lépreux aux juifs, aux hérétiques et aux sorciers, dessine à la fin du Moyen Âge la place du complot ourdi en son sein par les ennemis de la chrétienté ; une approche morphologique, qui rassemble les éléments disjoints d'une très ancienne culture à fond chamanique, largement attestée dans le monde eurasiatique ; une dernière hypothèse, plus ambitieuse encore, lie l'identification de formes générales de l'expérience essentielle de la mort et de l'au-delà et les structures élémentaires du récit.Un programme immense, mais aussi une rigoureuse leçon de méthode qui veut, à chaque moment, rappeler les exigences, les limites et les possibilités du métier d'historien.
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Âge de pierre, âge d'abondance ; l'économie des sociétés primitives
Marshall Sahlins
- Gallimard
- Folio Histoire
- 16 Mars 2017
- 9782072711787
Qu'en est-il de l'économie dans les sociétés primitives ? À cette question fondamentale, l'anthropologie économique répond classiquement : l'économie archaïque est une économie de subsistance et de pauvreté, elle parvient au mieux à assurer la survie du groupe incapable de sortir du sous-développement technique et sans cesse guetté par la famine. Travestissement théorique et idéologique des faits, réplique ici tranquillement un anthropologue et économiste américain de réputation internationale dans un ouvrage devenu très vite un classique contemporain. Passant des chasseurs australiens et bochimans aux sociétés néolithiques d'agriculteurs primitifs telles qu'on pouvait encore les observer en Afrique ou en Mélanésie, au Viêt Nam ou en Amérique du Sud, relisant sans parti pris les textes connus et y ajoutant des données chiffrées, Marshall Sahlins affirme que non seulement l'économie primitive n'est pas une économie de misère, mais qu'elle est la première et jusqu'à présent la seule société d'abondance. L'homme primitif ne rentabilise pas son activité, non pas du fait qu'il ne sait pas le faire, mais parce qu'il n'en a pas envie. À partir de cette remise sur pied, tout le dossier de la question de l'origine de l'État et des stratifications sociales a été repris et débattu.
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La destruction des Juifs d'Europe
Raul Hilberg
- Gallimard
- Folio Histoire
- 23 Janvier 1992
- 9782070327096