Langue française

  • Dans une première partie, l'auteur réfute l'idée d'une loi unique et transcendante en Islam, d'origine religieuse, que le sujet devrait appliquer mécaniquement. Il existe au contraire un pluralisme normatif que l'on ne peut connaître qu'en explorant les corpus extra-juridiques (histoire, belles lettres, poésie, médecine, philosophie) et en abordant l'Islam comme un monde doté d'historicité. Apparaît alors, comme principale source de normativité, l'adab - terme polysémique désignant à la fois les règles de conduite, les bonnes manières et les savoirs permettant à l'homme de réussir sa vie - qui permet de penser le champ des normes dans leur immanence. L'auteur étudie 3 exemples (le vin, le voile et la représentation figurative) pour lesquels la shari'a ne permet pas de rendre compte des pratiques effectives dans l'histoire de l'Islam.
    L'auteur revient ensuite aux textes spécifiquement juridiques pour en dégager une philosophie du droit et une hiérarchie de ses sources. L'étude de l'opposition traditionnelle entre théologiens mu'tazilites - reconnaissant à la raison humaine la capacité, conférée par Dieu, de connaître le bon et le mal - et ash'arites - refusant à la raison le rôle de source fondatrice des normes - permet d'interroger la présence de principes du droit naturel dans le droit musulman. L'étude des ruses juridiques et des contournements des règles permet d'identifier les rationalités qui animent les traités juridiques.
    Enfin, l'auteur s'interroge sur la « porosité » de la Loi religieuse, en s'intéressant notamment à l'idée d'intérêt général (maslaha) qui permet la sécularisation du droit et, inversement, à la canonisation du hadith qui fait entrer l'histoire dans la Loi.

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