Religion & Esotérisme

  • Les prêtres sont des anges gardiens très discrets. Il est indispensable de leur donner la parole afin de prendre conscience de leurs états d'âme, leurs analyses, leurs espoirs comme leurs doutes. En nous parlant d'eux-mêmes, de leur façon de nous voir et de nous aimer, ils nous parlent de nous. Ils ont tant de choses à dire sur les rapports humains, sur la vie, sur la mort, sur le bonheur et la souffrance. L'Église, traversée par des séismes liés au comportement pédocriminel et sexuel de certains de ses bergers, broie parfois les âmes qu'elle voudrait sauver. Elle a trop longtemps nié cette évidence malheureuse. Tout groupement humain renferme un pourcentage d'individus qui se comportent en barbares, se laissant dominer par le mal dont nous sommes tous porteurs et que nous sommes libres de choisir en renonçant à lui résister. Mais il n'est pas possible de résumer la communauté de nos prêtres à la minorité capable du pire alors même qu'ils avaient décidé de consacrer leur vie et leur pouvoir de bienveillance à leur prochain. De la même manière, l'Église n'a pas de leçons à donner aux autres cultes, à ceux qui ont préféré d'autres symboles que celui de la croix. Paroles de prêtres est nourri par des textes contemporains : témoignages, lettres, journaux intimes ; s'y rajoutent des textes restituant l'évolution du ressenti des prêtres depuis l'Inquisition ainsi que quelques écrits intimes de gens d'Église qui ont marqué l'histoire, que leurs noms aient été médiatisés ou non. Paroles de prêtres n'est pas un témoignage à charge ou à décharge, c'est une pièce à conviction précieuse sur une institution et sur des hommes qui vivent entre deux mondes.

  • Entretiens

    Confucius

    Les Entretiens de Confucius (Lunyu) sont, avec le Livre de la Voie et de la Vertu, l'ouvrage de la Chine ancienne le plus célèbre et le plus traduit en français.
    Il se donne pour les propos du Maître recueillis par ses disciples et fournit un témoignage de son enseignement. Ce qu'il y a de remarquable dans cet ouvrage, c'est qu'il transmet moins une doctrine que ce que l'on pourrait appeler une « chorégraphie existentielle » qui a des résonnances éthiques et politiques. D'où l'usage très particulier du langage où le véritable contenu du message est en dehors des mots, dans le halo vague d'émotions suscitées par des paroles pour ainsi dire vides de sens. La traduction et les notes s'emploient à mettre en exergue cet aspect trop souvent négligé.
    Les Entretiens ne sont pas l'oeuvre de Confucius lui-même. Ils n'en demeurent pas moins le document qui nous permet le mieux d'appréhender ce qu'a pu être la relation pédagogique - pratique tout à fait inédite et unique en son genre - instaurée par le Maître avec ses disciples à l'orée du Ve siècle avant notre ère. Il convenait donc d'en fournir une version qui permettait de restituer au plus près la figure de Confucius, alors même que celui-ci est l'objet d'une double tentative de récupération et de déni. D'un côté les autorités de Chine populaire, depuis un certain nombre d'années, s'emploient à le remettre sur son piédestal de Saint, légitimant ainsi leurs prétentions à l'hégémonie mondiale ; et de l'autre, la nouvelle école de sinologie américaine s'acharne à démontrer que Confucius n'a jamais existé et que les Entretiens sont une fabrication tardive datant de la seconde moitié du deuxième siècle avant notre ère.

  • Deux mille ans de monothéisme nous ont habitués à croire que Dieu ne pouvait être qu'unique, exclusif, vrai. En revanche, les polythéismes antiques envisageaient la possibilité de faire correspondre entre eux dieux et déesses provenant de différentes cultures (l'Artémis grecque et la Diane romaine, l'Égyptienne Isis et la Grecque Déméter), ou même d'accueillir des divinités étrangères dans leur propre panthéon. Cette disposition à l'ouverture a fait que le monde antique, même s'il a connu les conflits, voire les carnages, est resté étranger à la violence de nature religieuse qui a, au contraire, ensanglanté les cultures monothéistes et continue de le faire. Serait-il possible aujourd'hui de puiser aux ressources du polythéisme pour rendre plus faciles et sereines les relations entre les différentes religions? Si l'on part du principe que les dieux sont nombreux, il n'est plus nécessaire d'affirmer que ceux des autres sont de faux dieux ou des démons... On peut dès lors se demander si l'adoption de certains cadres mentaux propres au polythéisme ne contribuerait pas à réduire, au sein de nos sociétés, le taux de conflictualité entre les diverses religions monothéistes et entre leurs subdivisions internes.

  • Qui étaient les gnostiques ? Et comment le mouvement gnostique a-t-il influencé le développement du christianisme dans l'Antiquité ? L'Église at- elle rejeté le gnosticisme ? La somme de David Brakke présente une définition inégalée en France sur les gnostiques.
    Ce livre offre une incursion éclairante dans les débats les plus récents à propos du « gnosticisme » et de la diversité du premier christianisme. En reconnaissant que la catégorie « gnostique » est imparfaite et doit être reconsidérée, David Brakke plaide pour un rassemblement plus prudent des preuves sur le premier christianisme, connu comme école de pensée gnostique. Il met ainsi en évidence la manière dont le mythe et les rituels gnostiques se sont adressés à des questionnements humains élémentaires (notamment à propos de l'aliénation et du sens), répandant le message d'un Christ sauveur et permettant aux hommes de regagner leur connaissance de Dieu en tant que source ultime de l'être. Plutôt que de dépeindre les gnostiques comme des hérétiques ou comme les grands perdants de la lutte pour la définition du Christianisme, David Brakke soutient la thèse d'une réelle participation des gnostiques dans la réinvention en cours de la religion monothéiste. Si les autres chrétiens ont pu rejeter les idées gnostiques, ils les ont aussi et surtout adaptés et transformés.

  • Élément décisif de la compréhension juive de l'Histoire, l'attente messianique a connu au cours des temps les expressions les plus diverses. Gershom Scholem étudie dans cet ensemble d'essais les mutations profondes qu'elle a subies, l'apparition des nombreuses utopies qu'elle a suscitées, et s'interroge sur le sens de cette idée dans l'oeuvre des maîtres du judaïsme contemporain, comme Buber ou Rosenzweig. À travers ce thème privilégié, il propose une formidable ouverture à la grande tradition culturelle juive.

  • Moïse

    Martin Buber

    « Si nous voulons apprendre de première main qui était Moïse et quelle a été sa vie, il nous faut recourir à la lecture du récit biblique. Les autres sources n'entrent pas sérieusement en ligne de compte. Nous ne disposons pas ici du moyen le plus important en d'autres circonstances pour obtenir la vérité historique :
    La possibilité de comparer les récits. Ce qui est préservé de la tradition d'Israël concernant les débuts de son histoire est contenu dans ce livre unique ; des peuples avec lesquels Israël est entré en contact au cours de l'exode d'Égypte en Canaan que ce livre relate, aucun fragment d'une chronique remontant à cette époque n'a été conservé, et dans la littérature ancienne de l'Égypte on ne peut trouver aucune allusion à ces événements. Mais le récit biblique lui-même diffère essentiellement dans son caractère de tout ce que nous sommes portés à considérer comme une source historique utilisable ; les événements qu'il rapporte ne peuvent pas s'être passés, tels qu'ils sont rapportés, dans le monde humain avec lequel l'histoire nous a familiarisés. La catégorie littéraire dans laquelle notre pensée historique doit les ranger, c'est la légende, et quand on parle de celle-ci, on admet généralement qu'elle est incapable d'engendrer en nous la représentation d'une succession de faits. » Martin Buber

  • Carnet de guerre d'un officier en première ligne lors du siège le plus long qu'ait connu une capitale à l'époque contemporaine, Vent glacial sur Sarajevo est un témoignage sans concession sur l'ambiguïté de la politique française durant le conflit en ex-Yougoslavie.

    Cette « capitale assiégée que nous n'avons pas su protéger », Guillaume Ancel la rejoint en janvier 1995 avec un bataillon de la Légion étrangère. Sarajevo est encerclée depuis déjà trois ans et sa population soumise aux tirs quotidiens des batteries d'artillerie serbes. L'équipe du capitaine Ancel a pour mission de guider les frappes des avions de l'OTAN contre elles. Des assauts sans cesse reportés, les soldats français recevant à la dernière minute les contre-ordres nécessaires pour que les Serbes ne soient jamais inquiétés. Sur le terrain, les casques bleus français comprennent qu'on ne leur a pas tout dit de leur mission et se retrouvent pris au piège.

    « Six mois d'humiliation » résume Guillaume Ancel qui dresse un constat sévère des choix faits par le gouvernement d'alors. En témoignant de l'opération à laquelle il a participé, il raconte ces hommes, ces situations, cette confusion et le désarroi qui, jour après jour, ronge ces soldats impuissants.

  • Hermès Trismégiste, d'après la tradition, avant de quitter notre monde, a laissé aux hommes une sorte de concentré de ses doctrines et enseignements de sagesse : la Table d'Émeraude. C'est ce texte infiniment célèbre chez les hermétistes, mais bien peu lu, parce que l'on n'en trouvait aucune édition, que nous entreprenons de donner aujourd'hui.
    On trouvera ici plusieurs versions anciennes du texte, y compris ce qui est le texte le plus ancien accessible actuellement : une version arabe du VIe siècle. Nous lui avons joint divers essais de traductions françaises des XVe-XVIe siècles et plusieurs commentaires d'auteurs aussi prestigieux que Roger Bacon ou Michel Maier, qui témoignent de la fascination que ce texte n'a pas cessé d'exercer depuis qu'il est connu.
    Plusieurs illustrations montrent également que la Table d'Émeraude a été une source d'inspiration pour l'iconographie alchimique.
    Une grande partie des traductions ici présentées est inédite.

  • Comment les catholiques et les orthodoxes, qui partagent la même foi, en sont-ils venus à se séparer oe

    Dans ce livre, l'auteur se donne pour tâche de raconter l'histoire de la rupture entre l'Église de Rome et les Églises d'Orient, en la replaçant dans son cadre historique. On croit généralement que la séparation se produisit en 1054 et eut pour causes des divergences d'ordre politique et doctrinal. Steven Runciman démontre que le schisme fut en réalité le résultat d'un éloignement progressif au cours des siècles précédents des traditions et de l'idéologie des Chrétientés occidentale et orientale, que l'invasion normande en Italie, l'aspiration à la suprématie d'une papauté réformée au onzième siècle et la grande migration des croisades mirent soudain en lumière, et qu'il ne fut réellement consommé qu'au début du treizième siècle, avec le tragique épisode du sac de Constantinople par les Croisés.


  • Le fait juif

    Jean-Michel Salanskis

    Cet ouvrage explique pourquoi l'on a tort, en général, de croire savoir de quoi il retourne dans le judaïsme et l'expérience juive. Il décrit ceux-ci à partir de l'élément central, la loi juive, précisant comment celle-ci détermine une expérience collective caractérisée par son observance et son étude.
    Sur la base d'une telle clarification, l'ouvrage délivre un aperçu sur la place et l'importance dans notre histoire de l'Extermination nazie ; il tente aussi d'éclairer la nature et la fonction de l'Etat d'Israël.
    Jean-Michel Salanskis donne une idée de ce que l'attitude juive privilégie : la mémoire, le concret, l'humain.

  • Mullâ Sadrâ Shirazi (c. 1571-1636) a enseigné dans l'Iran safavide du XVIIe siècle. Fondateur de l'école de Shiraz, il est sans conteste le plus grand penseur de la tradition shiite.
    Son oeuvre, colossale, offre une synthèse de toutes les sources et traditions grecques, iraniennes et islamiques. Partant de la tradition aristotélicienne, nourri des falasifa Farabi (872-950) et Avicenne (980-1037), il intègre à sa réflexion la mystique orientale de Sohrawardi (1155-1191) et celle d'Ibn Arabi (1165-1191). Le Commentaire du Verset de la Lumière se penche sur un passage essentiel du Coran (24 : 35) tout en débordant largement la glose religieuse. Richement annotée, l'édition de Christian Jambet est une somme pour quiconque souhaite être initié à la pensée de Mullâ Sadrâ ou l'approfondir.

  • Le bouddhisme est une composante majeure des religions chinoises dont l'influence a rayonné dans toute l'Asie orientale.
    Le livre de Kenneth Ch'en propose une histoire du bouddhisme en Chine des premiers siècles de notre ère aux premières années de la République populaire. Après avoir résumé les traits essentiels du bouddhisme indien et les principaux aspects de la pensée chinoise sous les Han, l'auteur retrace l'implantation et les débuts hésitants du bouddhisme. Il en raconte ensuite l'évolution, d'une phase d'acclimatation et de croissance entre le IIIe et le VIe siècle jusqu'à l'éclosion d'une véritable maturité aux VIIe et VIIIe siècles, suivie d'un lent déclin à partir du Xe.
    L'auteur a mis à la disposition de ses lecteurs le fruit d'une recherche approfondie appuyée sur la lecture de nombreux ouvrages en langues européennes et orientales. C'est le seul ouvrage général en langue européenne sur cette religion.



    Kenneth Ch'en a été professeur de bouddhisme chinois au Center for Buddhist Studies de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA). Il est également auteur de The Chinese Transformation of Buddhism (1964) et de plusieurs articles ayant trait à la philosophie et l'histoire du bouddhisme chinois ancien.

  • Les quatre traités de "l'Art de l'esprit" sont avec le Laozi et le Zhuangzi les textes fondateurs du taoïsme.
    Ecrits au cours de la période effervescente des Royaumes Combattants, entre le IVe et la fin du IIe siècle avant notre ère, ils mêlent sous forme de strophes versifiées et de prose libre des considérations, conseils et célébrations sur le Tao, la Puissance, l'Essence et le Souffle, ou encore la formation de l'univers et de l'être humain. Ces quatre essais formulent un mode de vie inédit, tourné vers la captation et la concentration des ressources intérieures pour développer un état d'omnipotence permettant au sage, ou au souverain, de régner sur le monde entier sous le Ciel.
    Ce régime implique un art de se nourrir, de s'exprimer ou de combattre précisé dans des termes qui marqueront toute l'histoire des pratiques de soi en Chine. Cet ensemble d'exercices spirituels, respiratoires et gymniques devait permettre de convertir la force physique en énergie spirituelle. La lecture et la méditation de ces traités mêmes de "1'Art de l'esprit" devait à l'époque faire partie intégrante de ces exercices destinés à parfaire le soi et pleinement déployer sa nature.

  • L'histoire du bouddhisme Zen reste relativement méconnue, dans la mesure où l'on s'en tient encore trop souvent à l'image d'un Zen pur, iconoclaste et anti-ritualiste. Dans la réalité, les choses sont infiniment plus compliquées, comme le montre le cas de Keizan Jôkin (1278-1325), l'un des patriarches du Zen japonais. Keizan vivait dans un univers à la fois pragmatique et magique, peuplé d'êtres fabuleux et de divinités locales, et structuré par des forces cosmiques. C'est cet univers que l'auteur s'attache à rendre, en notant sa relation à la fois symbiotique et antagoniste avec l'idéologie épurée du Zen. Son approche, relevant autant de " l'anthropologie historique " que de l'histoire des religions, contribue à remettre en question les interprétations habituelles du Zen, du bouddhisme, et de la religion japonaise.

  • Les Dialogues de Meou-Tseu pour dissiper la confusion auraient été composés par un lettré obscur, maître Meou, vivant dans la partie méridionale de l'empire des Han finissant. Versé à l'origine dans les Classiques et le Laozi, ce maître fait figure de premier lettré converti, et tente, à l'aide d'une rhétorique puisée dans la tradition classique chinoise, de préparer la voie pour l'enseignement, étrange et étranger, du Bouddha.
    Ses dialogues formeront plus tard un modèle pour les nombreuses controverses qui contribuèrent à définir les « trois enseignements », confucianisme, bouddhisme et taoïsme. Au lecteur contemporain, ils permettent de ressentir et de comprendre l'étonnement, l'intérêt, la confusion ou encore l'hostilité qui pouvaient exister au moment de cette incomparable rencontre entre Chine des Han et bouddhisme indien.

  • Un ouvrage fondamental dont la majeure partie fut publiée dès 1942 et complétée en 1953 par la seconde moitié du tome III sur la gnose. Il s'agit d'un travail considérable digne de l'exégète doublé de l'helléniste éminent qui a organisé cette synthèse claire et structurée.
    Trois grandes sections scandent ce volume en tenant compte de l'ajout précité : dans l'axe de l'orphisme et du pythagorisme, un bilan des écrits proprement "hermétiques" touchant surtout l'astrologie, l'alchimie et la magie dans l'Antiquité ; une cosmologie analytique soutenant l'ensemble des textes retrouvés ; et enfin, une psychologie (au sens primordial : le problème de l'âme) qui se dégage de ces écrits souvent parallèles ou occultés volontairement par leurs auteurs.
    En somme, une exploration savante des "révélations" traditionnelles sur lesquelles, en plus et en deçà de la Révélation biblique, s'est constituée la culture occidentale.

  • Le christianisme a-t-il été une menace pour la culture gréco-romaine ? Au-delà de ce questionnement, ce livre engage une réflexion sur le rapport du christianisme naissant avec l'idée même de culture, telle qu'elle existait avant le christianisme et telle qu'elle s'est modifiée par la suite. En passant en revue chacune des disciplines du septénaire constituant les arts libéraux, c'est-à-dire le socle culturel de tout lettré que les Grecs nomment egkuklios paidéia (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie), ce livre montre que, si la culture grecque suscite des oppositions - elle apparaît souvent comme l'expression du polythéisme ou des prétentions des Grecs à atteindre le savoir sans Dieu -, elle peut aussi être défendue par les chrétiens en tant qu'elle forme l'esprit et le rend capable de comprendre les données de la foi. Les auteurs patristiques reprennent ainsi à leur compte une conception ancillaire de la culture qui avait déjà cours dans certains courants philosophiques grecs, mais qui suppose un tri : la culture peut servir d'introduction à la foi, à condition qu'on n'en prenne que ce qui est bon.
    Mais au-delà de cette réflexion qui vise à déterminer ce qui, de la culture, doit être sauvé ou rejeté, les auteurs chrétiens tendent à présenter la doctrine chrétienne comme une culture à part entière, et dissocient pour la première fois dans l'histoire la notion de culture de celle d'hellénisme. Paradoxalement peut-être, ils donnent ainsi corps à une idée de culture globale dont christianisme et hellénisme n'apparaissent en définitive que comme deux composantes possibles. La réflexion des auteurs chrétiens aboutit donc à la fois à une relativisation du concept de culture - passage de la culture, forcément grecque, aux cultures, la grecque et les barbares - et à son extension - passage de telle ou telle culture à la culture en général : devient « culture » tout ce qui contribue à nourrir l'esprit, qu'il soit grec ou non. Le christianisme, à l'issue de cette étude, n'apparaît plus tant comme un obstacle à la transmission de l'idéal grec et romain de culture que comme un vecteur essentiel dans la façon dont la notion de culture s'est frayée un chemin jusque dans la Modernité.

  • Publié en 1958, ce livre de Marguerite Harl marque un progrès majeur dans les études sur Origène. Embrassant l'ensemble des oeuvres connues du grand maître chrétien, il révèle les méthodes suivies dans ses recherches par l'Alexandrin, à partir de l'analyse des textes eux-mêmes, sans préjugés dogmatiques ni apologétiques. Ce livre met en valeur la carrure intellectuelle d'Origène, son attention aux débats philosophiques de son époque ainsi que son recours à la raison jusque dans l'analyse de l'aspiration mystique. Enfin, Marguerite Harl insiste sur la rigueur de sa science exégétique de bibliste, la force de sa pensée engagée dans une quête perpétuelle de clarté, des homélies aux traités en passant par les Commentaires des Écritures.
    Ce livre a été en son temps salué par la critique comme une contribution capitale au renouveau des connaissances sur Origène, sur les Pères de l'Église et sur l'Antiquité tardive mené dans un cadre universitaire sous l'impulsion et à l'exemple de Henri-Irénée Marrou, Henri-Charles Puech et André-Jean Festugière. Il reste aujourd'hui, soixante plus tard, un ouvrage de référence. Le portrait qu'il donne d'Origène au travail n'a pas pris une ride et constitue l'introduction savante la plus sûre à ses oeuvres.

  • En 1939, l'Allemagne nazie, qui projette une recomposition démographique de l'Europe centrale et orientale, entreprend d'expulser les populations juives qui y habitent. À l'automne 1941 est décidée la destruction totale des Juifs. Comment la politique nazie est-elle passée de l'expulsion massive à la destruction massive ? Quels sont les rouages, humains, circonstanciels et intellectuels qui ont mené à la prise de décision ? Quel a été le rôle de Hitler ? Telles sont les questions soulevées dans cette étude magistrale de Christopher R. Browning.
    Le livre, salué par la communauté scientifique mais aussi par le grand public, est l'étude la plus détaillée et la plus complète de cette période complexe et décisive où la politique raciale nazie a " bifurqué " de la persécution et du " nettoyage ethnique " vers la " solution finale " et le génocide juif. Articulant son étude autour de deux dates clefs, l'invasion de la Pologne en septembre 1939 et le début des déportations vers les camps de la mort au printemps 1942, Christopher R. Browning montre comment la Pologne a servi de laboratoire à la politique raciale du IIIe Reich et comment, par la suite, l'offensive contre l'Union soviétique a joué un rôle déterminant dans la radicalisation qui a conduit à la " solution finale ". De cette évolution, Adolf Hitler est le chef d'orchestre sinistre : au débat entre fonctionnalistes et intentionnalistes, le livre apporte de nouveaux arguments et met en lumière les liens inextricables noués entre les hommes, leurs idéologies et les circonstances.

  • Le 18 août 2008, dix soldats trouvent la mort dans l'embuscade d'Uzbin en Afghanistan et les Français prennent conscience qu'ils sont en guerre. 90 morts, 700 blessés, 70 000 hommes engagés depuis 2001. Le terrain afghan ravive les mauvais souvenirs de la guerre d'Algérie : les insurgés se cachent parmi la population. Un homme qui vous salue un soir peut vous tirer dessus le lendemain. La menace est permanente : embuscades répétées, mines artisanales, tirs de roquettes jusque dans les bases militaires de la coalition.
    Cette année-là, Pauline Maucort commence à recueillir les histoires de militaires qui rentrent d'Afghanistan. Elle rencontre des jeunes hommes qui roulent dans de grosses cylindrées rutilantes payées avec leurs primes de risque, mais qui n'ont aucun projet d'avenir. Beaucoup disent s'être engagés spécialement pour "faire l'Afgha" , parce qu'ils imaginaient que ce serait comme "World of Warcraft" .
    Ils reviennent déçus, amers, et ont le sentiment que personne ne veut entendre ce qu'ils ont vécu au nom de la France. Ils parlent de leur dégoût pour l'odeur de viande grillée, de leurs cauchemars, de leur addiction à l'alcool, puis disparaissent sans donner de nouvelles. Pauline Maucort insiste et veut savoir ce qui motive ces jeunes volontaires à s'engager alors que le service militaire obligatoire est supprimé depuis 1997.
    Beaucoup parlent de cette intensité inouïe partagée entre camarades sur le front qui donne envie de repartir dès le retour en France, du dépassement de soi, de l'engagement pour la cause, du besoin d'amour, de la camaraderie, de la jalousie, des fous rires, des colères noires, de la fatigue extrême, des doutes et de l'espoir... Comme un miroir grossissant la guerre révèle le meilleur et le pire de l'âme humaine.
    D'un côté, ce sentiment d'être pleinement vivant au combat, de l'autre, les syndromes de stress post-traumatiques et les suicides. Que se passe-t-il entre le front et le retour ? Puisque l'armée française se tait, Pauline Maucort donne la parole à ses soldats, malgré leurs réticences, leur peur de choquer, d'être jugés. Ces hommes ont vu la mort de trop près, effrayés même à l'idée d'en parler. Elle attend.
    Elle revient. Elle écoute ces revenants buter sur les mots qu'elle recueille un à un. Ils donnent des détails, elle les assemble, cela donne une mosaïque.

  • Les textes du taoïsme ancien ne dissertent pas dans l'abstrait du corps humain.
    Sous la forme de fictions et de fables, ils mettent en scène ses usages possibles, ses ressorts et ses ressources : un ancien condamné, amputé d'un pied pour ses crimes, rudoie le Premier ministre au sortir de leur cours de méditation, et lui en remontre sur la notion de vertu. Un ermite malicieux rembarre un aspirant à la sagesse, en se piquant de refuser les "gueules cassées" produites en série par l'éducation confucéenne.
    Le maussade et concupiscent seigneur de Wei retrouve soudain le sourire à l'écoute des propos d'un reclus des montagnes, venu l'entretenir de chiens et de chevaux galopant librement "dans les steppes du non-être". Les prouesses de l'archer Liè-tseu sont réduites à rien par Comte Obscur, qui lui enseigne "le tir du non-archer". On voit défiler dans les premiers écrits taoïstes, le Tchouang-tseu et le Liè-tseu, les figures les plus admirées et les plus détestées de la société chinoise, du gentleman plein de prestance, rompu aux civilités d'apparat, jusqu'au paria hideux et querelleur.
    Comment l'éthos taoïste parvient-il à discourir du sage en se dispensant de notions morales, en pensant la sagesse comme un régime de puissance, en l'associant à l'ampleur de l'espace, au travail de l'imagination, à l'oeuvre du Ciel ? Par une apparence de paradoxe, ce sont les corps infirmes, les créatures informes, les êtres les plus infâmes qui jouissent d'une affinité de fond avec le Tao, le Principe qui régit le cours des êtres et des choses.

  • Le Kyongmong yogyol (" Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens ") est l'un des textes les plus célèbres du corpus éducatif néo-confucéen coréen.
    Rédigé en 1577 par le haut-fonctionnaire et éminent lettré Yi I (1536-1584), cet ouvrage joua un rôle fondamental dans le processus dit de confucianisation de la Corée qui a constitué un phénomène sans commune mesure en Asie Orientale tant par son ampleur que sa radicalité. De style concis et didactique, le Kyongmong yogyol se présente comme un abrégé de l'éthique confucéenne. Rédigé à l'origine pour un usage privé, il devient peu à peu l'un des textes de référence de l'éducation des élites et du prince héritier à partir du XVIIIe siècle.
    Le texte, divisé en dix chapitres, suit le paradigme de la Grande Etude, l'un des Quatre Livres au statut canonique du néo-confucianisme. Ces dix chapitres sont organisés selon une progression allant de la culture de soi (sphère individuelle) à la participation active et raisonnée à la vie sociale et politique (sphères familiale et sociale). En dépit de nombreuses éditions et rééditions du XVIIe siècle à nos jours, le texte n'a pas été l'objet de modifications significatives.
    En raison de son contenu, de son style et de son histoire, le Kyokmong yogyol est sans conteste un Classique du néo-confucianisme coréen, considéré dans sa dimension de tradition intellectuelle autant que dans sa dimension de phénomène social.

  • La polémique religieuse représente une page importante dans l'histoire des relations entre juifs et chrétiens. L'Antiquité en a laissé de nombreux témoignages littéraires, dont des dialogues mettant aux prises un juif et un chrétien. Ces textes se présentent en général comme des comptesrendus de débats réels. Les deux adversaires discutent sur les points essentiels de désaccord : Jésus est-il le Messie ? L'Évangile s'est-il substitué à la Loi juive ? Qui, des juifs ou des chrétiens, est le peuple de Dieu ? Mais, composés par des chrétiens, ces dialogues ont toujours pour but de montrer la supériorité du christianisme. Ils sont adressés avant tout aux chrétiens et servent à les instruire dans la foi.

    Le Dialogue de Timothée et Aquila, composé par un auteur inconnu, peut-être sous le règne de Justinien (vie s.), constitue, en grec, le témoin le plus important de ce genre littéraire dans l'Antiquité tardive. Le texte se présente comme la relation d'un débat organisé à Alexandrie entre le chrétien Timothée et le juif Aquila. Au terme d'une controverse consacrée avant tout à la question du Christ, le juif admet sa défaite et reçoit le baptême. Reflétant davantage une discussion idéale qu'une controverse réelle, le texte est un témoignage capital sur la façon dont les chrétiens se représentaient leur position par rapport au judaïsme à la fin de l'Antiquité.

    Cet ouvrage offre la première traduction française du dialogue dans sa forme longue, munie d'une introduction et d'un index biblique.

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