Religion & Esotérisme

  • Les Juifs seraient absents de la mémoire historique de la France. À contre-courant de cette idée, ce livre propose de relire le processus de construction de l'histoire des Juifs de France en partant à la recherche de ses sources. Centré sur le XIXe siècle, il prend pour point de départ les ardents débats relatifs à la citoyenneté des Juifs sous la Révolution française.
    Tandis que la recherche historique se voit portée en France, à partir des années 1830, par la volonté politique de mise en ordre du passé archivé au sein des dépôts publics, de nombreux documents se voient identifiés, classés, inventoriés et publiés. Parmi eux, des documents relatifs à l'histoire des Juifs. Certains sont disséminés dans les fonds des archives locales, d'autres au contraire sont retrouvés au coeur même des collections les plus prestigieuses de la royauté française. Parallèlement, la fièvre archéologique qui gagne les élites provinciales cherchant à célébrer les racines chrétiennes de la France, fait émerger, presque par hasard, des inscriptions hébraïques. Celles-ci sont néanmoins intégrées difficilement et marginalement au domaine alors florissant des antiquités nationales.
    Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour qu'un cercle restreint de savants ancre une histoire française des Juifs depuis le Moyen Âge, non pas séparée, mais intégrée à l'histoire de France. Cette histoire « judéo-française », répondant à distance aux attaques antisémites de la presse nationalisted'alors, permet de révéler la part juive insoupçonnée de l'histoire de France. Mais cette reconnaissance a un prix : la perte et la dislocation de nombreuses archives issues des anciennes communautés juives de France, fragilisant à terme la possibilité de reconstituer leur histoire « intérieure ».

  • L'invention des religions

    Daniel Dubuisson

    • Cnrs
    • 15 Octobre 2020

    L'histoire des religions est une discipline au croisement de plusieurs champs, distincte de la théologie et de l'histoire religieuse. Elle appartient en propre à l'univers de la pensée occidentale. Et à ce titre, elle est profondément influencée par le christianisme.
    Ce sont justement les origines et l'histoire chrétiennes de la notion de religion que démontre dans un premier temps cet ouvrage. Les impasses et les contradictions majeures auxquelles sont confrontées les approches traditionnelles de l'histoire des religions sont alors mises au jour.
    Daniel Dubuisson poursuit son parcours critique en introduisant dans un second temps le récent courant anglo-saxon largement méconnu en France des critical studies of religion. Citons parmi les auteurs étudiés?: T. Asad, T. Fitzgerald, R. King, D. Chidester, D. Wiebe, R. T. McCutcheon. Leurs concepts et leurs méthodes, ici présentés, contribuent à déconstruire les arguments pseudoscientifiques circulaires expliquant la religion par la religion (M. Eliade, R. Otto).
    L'homo religiosus est ici démythifié, lui qui se définissait par son instinct religieux inné et son appartenance à la culture occidentale. Parallèlement, la fonction normative du christianisme à l'égard des autres formes de croyance est dénoncée. La question du pouvoir est ici centrale, l'arme religieuse participant à la «?violence épistémique?» propre au colonialisme.
    Daniel Dubuisson ouvre avec cet essai de stimulantes nouvelles perspectives.

  • Ali, gendre et cousin du prophète Muhammad, est au centre de trois événements historiques majeurs indissociables des débuts de l'islam : le problème de la succession de Muhammad, les conflits et guerres civiles entre Musulmans, et enfin l'élaboration du Coran et du Hadith. C'est à lui que Mohammad Ali Amir-Moezzi consacre une étude, au fait des recherches les plus récentes, et ouverte à ses multiples aspects mystiques.
    À partir d'une analyse historique et philologique des sources anciennes ou récentes, cet ouvrage montre que le shi'isme est la religion du Maître comme le christianisme est celle du Christ, et Ali le premier Maître ainsi que l'Imam par excellence des Shi'ites. Le shi'isme peut donc être défini, dans ses aspects religieux les plus spécifiques, comme la foi absolue en Ali. Homme divin, lieu de la manifestation la plus parfaite des attributs de Dieu, en même temps refuge, modèle et horizon spirituels.
    Par-delà les prises de position et les polémiques séculaires, Mohammad Ali Amir-Moezzi nous restitue les multiples facettes de ce personnage de l'islam des origines, le seul des Compagnons du Prophète demeuré jusqu'à nos jours l'objet d'une fervente dévotion pour des centaines de millions de fidèles en terre d'islam, notamment en Orient.

  • Le sort tragique des martyrs chrétiens a entraîné une vénération de leurs dépouilles, qui s'est étendue aux saints moines et moniales et aux fondateurs d'ordres religieux. Peu à peu, une galerie de « grands témoins » s'est constituée, rassemblant des milliers de saints : martyrs et confesseurs, moines et docteurs, pieux laïcs et saintes femmes. Par le témoignage de leur vie, leur prédication ou leurs actes de charité, les saints ont rempli le paysage cultuel du christianisme : lieux-dits, prénoms, patronymes... jusqu'aux gares et aux stations de métro, les noms des saints sont devenus familiers. Entre légende et histoire, ce grand dictionnaire entreprend de les faire mieux connaître avec plus de 300 entrées, d'Aaron à Zénon de Vérone : saints et bienheureux catholiques et orthodoxes, d'Orient et d'Occident, mais aussi grands témoins anglicans et protestants.
    Un dictionnaire monumental et unique afin de mieux comprendre, au plus près de la vérité historique, la personnalité, les écrits et la postérité de ces hommes et de ces femmes dont la vie a été retenue comme exemplaire par leurs contemporains et dont la mémoire est parvenue jusqu'à nous.

  • Les tout premiers siècles de l'islam furent marqués par deux faits majeurs indissolublement liés qui ont déterminé les évolutions historique et spirituelle de cette religion jusqu'à nos jours : l'élaboration des sources scripturaires, à savoir le Coran et le Hadith, et une violence chronique se manifestant principalement sous forme de guerres civiles.
    Pour la première fois, un ouvrage étudie l'articulation entre les deux phénomènes à travers l'examen minutieux de l'histoire de textes anciens aussi importants que peu connus. Il propose une nouvelle grille de lecture, un nouveau cadre de théorisation de l'histoire des débuts de l'islam, éclairant, en les mettant en perspective, jusqu'aux tensions contemporaines.

  • À travers cinq études percutantes réunies dans cet ouvrage, Malek Chebel nous montre à quel point la faute et la transgression sont omniprésentes dans le monde musulman contemporain. Cet Inconscient de l'islam remonte aux racines de la religion et se nourrit de l'histoire des califes, pour mettre en évidence et éclairer la folie actuelle d'une partie de la communauté.
    Guerre sainte détournée, exacerbation de la figure du kamikaze, violence symbolique de la relation mère-fils, censure des livres, immolation au nom d'une purification sacrée : cette immersion dans le monde complexe des interdits et de leur transgression interroge les liens entre religion, politique et liberté dans la doctrine musulmane. Plaidoyer autorisé pour la mise à nu d'un inconscient longtemps nié et redouté, cet essai audacieux révèle les contradictions d'un islam aux prises avec le monde contemporain.

  • L'islam contemporain, religion mondiale, présente sur les cinq continents, se revendique souvent de son passé. Mais quels furent ses débuts ? Comment est apparu le Coran ? Dans quel monde ? À qui s'est-il d'abord adressé ?
    C'est à ces questions que répond Jacqueline Chabbi dans une enquête à la fois anthropologique et linguistique, historique et sociale, sans précédent. Le texte est ici replacé dans son contexte. Il est lu en regard des sources arabes qui l'ont précédé. Il est lu en regard des territoires, paysages, peuples, institutions, pratiques religieuses, politiques, culturelles au sein desquels il a émergé. Il est lu en regard de la façon dont il a été initialement perçu et reçu.
    C'est à découvrir un islam premier, singulièrement méconnu, qu'invite l'ouvrage.

  • L'avenir de Dieu

    Jean Delumeau

    60 ans de vie intellectuelle et spirituelle sont racontés dans cet ouvrage pour découvrir ou redécouvrir le parcours de Jean Delumeau. De la vie économique à Rome au XVIe siècle à l'histoire culturelle du paradis en passant par les ressorts de la peur à la Renaissance, les thèmes chers à ce grand historien couvrent un large spectre. Ces nombreux travaux sur les mentalités religieuses, et sans doute aussi sa propre foi, l'ont poussé, tout au long de sa vie, à s'interroger sur les inquiétudes contemporaines, le besoin de sécurité et l'avenir du christianisme.

  • En cette époque où la Chine grandit en puissance, le taoïsme, que les Chinois définissent comme « leur religion », fait de plus en plus parler de lui. En Occident, nombreux sont les thérapeutes et les praticiens de techniques psychocorporelles qui font référence à la pensée et à la philosophie issues de Lao Tseu. Mais quel est-il vraiment?
    Quarante années de recherche de sinologues sont mises à profit par Pierre-Henry de Bruyn pour explorer une tradition jusqu'alors fort méconnue. Au fil des pages, le lecteur découvrira qu'il n'y a pas en effet un taoïsme mais bien plusieurs, unifiés par une cosmologie et une anthropologie commune centrée sur le corps et ces souffles qui l'habitent et informent de l'intérieur la texture même de l'univers.

  • L'Inde fourmille d'images et de signes religieux sur les murs de ses temples, dans ses musées et ses modestes sanctuaires domestiques. Guidant le lecteur dans le dédale du panthéon hindou, ce livre richement illustré lui fera découvrir le sens des figures divines. Après une première partie dressant le décor de l'iconographie hindoue à travers l'histoire de la littérature et de l'architecture indiennes, chaque divinité ou famille de divinités fait l'objet d'un chapitre dressant un panorama de ses origines et de ses représentations, de l'art classique aux images contemporaines.
    Plus de quatre cent cinquante illustrations témoignent des grands lieux de l'histoire indienne et montrent ses chefs-d'oeuvre de l'art classique et médiéval, certains étant photographiés ici pour la première fois dans leur intégralité. Elles font aussi la part belle aux objets de tradition populaire : jouets en bois de Kondapalli, figurines en terre cuite, peintures du Mithilâ...
    Une place particulière est réservée aux « chromos », que les Indiens appellent malicieusement photographies des dieux et qui sont omniprésents dans l'Inde contemporaine. Une carte situant les sites archéologiques majeurs où sont puisées les illustrations et un index des divinités et des héros épiques accompagneront le lecteur dans sa découverte.

  • Depuis le Moyen Âge, le culte des saints imprègne les mentalités. Si les ossements sont les reliques par excellence, il en existe bien d'autres formes, comme le Saint Suaire et la Sainte Croix. Non contentes d'être spectaculaires, les reliques sont des instruments exceptionnels de communication.
    L'ouverture des châsses permet de mieux les découvrir et d'en inventorier le contenu. Avec l'étude de ces reliques, nouveau champ historique, se dessinent « les routes de la foi ». La circulation des biens et des personnes et les réseaux mis en place révélés par ces traces matérielles multiformes, concourent grandement à la connaissance du passé.
    Une belle synthèse sur un objet multiséculaire !

  • Moïse fragile

    Jean-Christope Attias

    Porteur des Tables de la loi qu'il brise, prophète bègue, guide vers une Terre promise dont l'accès lui est interdit... Moïse surprend, déconcerte ! C'est ce personnage paradoxal dont Jean-Christophe Attias suit les métamorphoses à travers les âges et les traditions et nous découvre un Moïse fragile, maître d'un judaïsme de l'esprit, de l'errance et de l'inachèvement. Un judaïsme qui parle aux croyants et aux autres, invitant à en finir avec l'orgueil de la tribu, la violence des armes et la tyrannie du Lieu.

  • Jérusalem. Ville trois fois sainte. Cité des patriarches juifs, berceau du christianisme, lieu du voyage nocturne de Mahomet. Capitale pour deux peuples. Coeur du conflit israélo-palestinien.
    1850. Endormie au fond d'une province de l'Empire ottoman, Jérusalem est une modeste cité de 15 000 habitants. Juifs, musulmans, chrétiens grecs orthodoxes ou arméniens y vivent côte à côte, derrière les remparts élevés par Soliman le Magnifique.
    1917. La lente agonie de l'Empire ottoman bouleverse cette quiétude. La cité tombe aux mains des Britanniques et Londres promet l'établissement d'un Foyer national juif en Palestine. Trente ans plus tard, la bataille de Jérusalem précipite la ségrégation spatiale entre Juifs et Arabes. Jusqu'en 1967, deux Jérusalem vivent en se tournant le dos : Jérusalem-Ouest, la capitale de l'État d'Israël ;
    Jérusalem-Est, devenue jordanienne.
    Des dernières décennies de la domination ottomane à la guerre des Six jours, Catherine Nicault retrace l'histoire accidentée de la Ville sainte, et s'interroge sur les origines du divorce entre ses populations.
    Un ouvrage indispensable pour comprendre la genèse du conflit actuel.

  • Quelles sont les différences entre la Bible juive et la Bible chrétienne ? Entre les Bibles orthodoxe, catholique, protestante ? Qui les a fixées ? Comment ont-elles été diffusées ?
    Aucun livre n'aura été plus copié, imprimé, traduit, commenté, débattu, loué et honni, aucun livre surtout n'aura eu autant d'influence sur nos croyances mais aussi sur nos modèles de pensée, sur notre langage et notre culture que la Bible. De la traduction de saint Jérôme à l'étude des rouleaux de la mer Morte, c'est la véritable histoire du livre que raconte ici, avec une science et un brio inégalés, Jaroslav Pelikan.
    Un ouvrage indispensable pour découvrir ou redécouvrir la Bible avec intelligence.

  • L'urgence, pour les juifs, pour les musulmans, mais aussi pour le pays lui-même, est aujourd'hui à retisser les liens, à renouer le dialogue, en renonçant aux faux-semblants, aux paroles creuses, à la bonne volonté de pur affichage. À dire - à se dire - les choses avec franchise et dans le respect mutuel. Avec un objectif immédiat, qui est le vivre-avec. Sans renoncer pour autant à un autre, plus lointain mais plus ambitieux, faire société au-delà de ce qui nous sépare.

  • Histoire de la messe

    Philippe Martinez

    Rite central de la religion catholique, attaquée par les protestants pendant les guerres de religion et par les libres-penseurs sous la IIIe République, la messe nous est ici présentée comme objet d'histoire, des prescriptions officielles du concile de Trente, qui ne furent appliquées que près de trois siècles plus tard, aux appropriations et expériences individuelles d'aujourd'hui. Entre miracles et querelles de préséance, entre élans spirituels et courses aux vanités, entre prescriptions ecclésiastiques et jeux amoureux, entre manipulations d'argent et piété personnelle, ce livre dévoile les innombrables stratégies par lesquelles les catholiques se sont approprié la cérémonie pour vivre une religion au quotidien.

  • Dieu est, selon un article de foi universellement reconnu en islam, le souverain de l'univers, parce qu'il est son créateur et il gouverne le monde terrestre par l'intermédiaire de ses prophètes dont le meilleur est Muhammad (Mahomet).

    C'est dans la théologie de Mullâ Sadrâ (m. 1640), le plus grand représentant du vaste courant philosophique et mystique contemporain de la dynastie des rois safavides, que Christian Jambet explore la souveraineté de Dieu. Il confronte cette théologie aux penseurs musulmans antérieurs, aux sources grecques et à leurs interprétations. Il examine les transformations par lesquelles une théologie intégrale de la souveraineté divine a conduit de nos jours à l'autorité du théologien juriste.

    L'autorité des prophètes et des imâms, fondée sur une compréhension spirituelle du Coran et des traditions islamiques, s'exerce au nom de Dieu selon une stricte hiérarchie : un niveau supérieur, celui de l'épanouissement de la vie spirituelle et un niveau inférieur, celui de l'activité judiciaire.

    À l'opposé de tout modèle de domination extérieure, la religion devient un exercice spirituel d'appropriation des sens cachés du Coran et un modèle de liberté intérieure. En un temps où les théologies islamiques les plus sommaires sèment la terreur, il est bon de connaître que les plus grands penseurs de l'islam, dont Mullâ Sadrâ, ont pensé les fondements de la foi islamique, les transformant en une quête impérieuse de la vie bienheureuse.

  • La théorie du complot repose sur une vision paranoïaque de la société. Ramenant tous les faits à une causalité unique et malveillante, elle propose un système d'explication totale de l'histoire. Complot maçonnique, juif, communiste, spirite ou occultiste, complot contre l'Église ou complot de l'Église, menées ténébreuses orchestrées par la Synarchie, la Trilatérale ou les « 200 familles » : voici réunis, dans cet ouvrage, les textes fondateurs de cette théorie, de la Révolution française aux lendemains du régime de Vichy.

    Un instrument savant et citoyen pour mieux connaître, et donc pour mieux combattre, les discours de haine propagés par les adeptes du complotisme.

  • Fûdo le milieu humain

    Tetsurô Watsuji

    • Cnrs
    • 17 Février 2011

    Fûdo En bref L'oeuvre majeure d'un grand philosophe japonais.
    Le livre Fûdo est l'oeuvre la plus connue de Watsuji Tetsurô. Publié en 1935, sans cesse réédité au Japon, traduit dans les grandes langues occidentales (anglais, espagnol, allemand...) ainsi qu'en Chine et en Corée, ce livre magistral était jusqu'alors inconnu du public français.
    Fûdo est un essai sur la relation des cultures avec leur cadre géographique, envisagé notamment sous l'angle du climat. Si, à première vue, on peut ainsi le rattacher à la théorie de l'influence des climats, le point de vue de Watsuji est radicalement neuf. Écartant d'emblée le déterminisme environnemental, qui considère en principe de l'extérieur le rapport entre nature et culture, il veut saisir de l'intérieur la manière dont les sujets humains vivent leur environnement, et comment ils expriment cette relation.
    Une plongée sensible et intuitive dans le vécu des milieux humains, des fraîches matinées du printemps japonais aux sombres journées d'hiver de l'Europe occidentale, en passant par les plaines immenses de la Chine du Nord, la moiteur des nuits de Singapour, les montagnes décharnées du désert arabique, les eaux trop " arides " de la Méditerranée...

  • Pierre le Vénérable, Dante, Goethe, Voltaire, Hugo, Renan, Assia Djebar, Salman Rushdie : du Moyen Âge à nos jours, ces auteurs ont évoqué Mahomet, faisant du prophète de l'islam tantôt un personnage historique désacralisé, tantôt un héros romanesque fictif.

    Au Moyen Âge, au plus fort de la conquête musulmane, l'Occident chrétien voit en Mahomet un imposteur, un faux-prophète, voire un Antéchrist prêt à combattre le Messie. La littérature médiévale peint de grossières caricatures de rituels musulmans, et n'hésite pas à proférer des injures à l'adresse du prophète. C'est au siècle des Lumières, avec Voltaire et Goethe notamment, que l'on tente d'identifier et d'étudier sérieusement le personnage historique. Mais il faut encore attendre les Romantiques, Lamartine et Hugo entre autres, pour que le prophète de l'islam bénéficie d'une image positive en Occident. Il est même alors qualifié de personnage attachant ! Au XXe siècle enfin, de nouveaux auteurs prennent la liberté de faire de lui un personnage de roman. Avec Driss Chraïbi, Assia Djebar, Salim Bachi, Marek Halter et Salman Rushdie, Mahomet devient imaginaire, de plus en plus éloigné de la figure traditionnelle musulmane.

    La connaissance de la figure de Mahomet à travers la littérature peut éclaircir quelque peu l'horizon assombri par les fanatismes. Car si le prophète de l'islam ne vécut certes qu'une seule vie, les oeuvres littéraires lui ont permis de revêtir divers habits et de montrer de multiples facettes. Un ouvrage courageux, par un auteur qui a fait l'objet d'un procès en Turquie pour blasphème, pour son roman Les Filles d'Allah.

  • C'est une culture juive vivante et en constante interaction avec le monde que nous donne à méditer cette belle étude de Jean-Christophe Attias. On y croise d'étonnantes figures, mythiques ou mythifiées : Moïse, coiffé de ses cornes, Jésus, l'enfant sans père, Mahomet, l'imitateur, Isaac Abravanel, le héros juif par excellence. On y parle textes, bien sûr, mais aussi rêves, identité et politique. On y parle âme, révélation, loi et spiritualité, mais aussi corps, transgression et mystère du couple humain. Loin des tentations du repli communautaire, pas davantage enclin à sacrifier à la frilosité du savant, Jean-Christophe Attias n'explore pas seulement le passé du judaïsme. Il interroge aussi son présent et s'inquiète de son avenir. Il le pense à la fois en chercheur, en Juif et en citoyen. Quitte à toucher des questions explosives, impasses du dialogue interreligieux ou ambiguïtés des rapports entre judaïsme et sionisme.

  • Figure emblématique du monde spirituel ottoman, le derviche tourneur fascine les Occidentaux depuis des siècles. Si la doctrine de la Mevleviye, cette confrérie soufie fondée par Rumi au XIIIe siècle, a fait l'objet de nombreux travaux érudits, la vie des derviches, leurs pratiques, leurs rituels quotidiens, demeurent encore méconnus.

    S'appuyant sur le parcours et l'oeuvre d'Ankaravî (mort en 1631), principal disciple de Rumi, cette étude analyse le soufisme à un moment où le pouvoir ottoman cherche parmi les confréries des responsables à sa décadence.

    Ecrivain célèbre, auteur de textes savants et mystiques dont l'influence perdure, cheikh du tekke de Galata à Istanbul, Ankaravî a rédigé le Minhâc'ül-fukara, maître-livre de la confrérie, à la fois défense des derviches et véritable manuel initiatique. Alberto Fabio Ambrosio présente, traduit et analyse ici l'ensemble des textes qui permettent de comprendre les pratiques des derviches tourneurs dans leurs formes et leurs structures.

    Une initiation lumineuse à l'histoire et à la symbolique de la voie mevlevîe.

  • L'islam offre deux visages : celui d'un monothéisme abstrait, où domine la transcendance de Dieu, au risque d'engendrer le fanatisme. Mais aussi, et surtout, celui, plus discret, mais non moins insistant, d'un monothéisme concret, qui valorise la manifestation visible de l'essence de Dieu dans l'apparition sensible des actions divines.

    Dans cette étude pionnière qui surprendra par sa liberté de ton, Souâd Ayada renouvelle en profondeur notre connaissance des systèmes de pensée qui ont fondé l'islam des théophanies. Un modèle de sagesse aux antipodes de l'austérité coranique, selon lequel Dieu se donne à voir par l'entremise de l'« homme parfait » et par toutes les formes de beauté qui révèlent sa majesté. Réconciliant l'amour, l'intelligence et la connaissance, cette conception de la révélation, notamment portée par le soufisme, préserve l'islam de toute dérive juridique et politique, et accorde à l'art toute sa place. Elle constitue l'antidote que l'islam a lui-même produit pour guérir le mal du dogmatisme et l'intolérance.

    Dévoilant les impasses et les contradictions du fondamentalisme, dialoguant avec les sources juives et chrétiennes, confrontant le message du soufisme à la philosophie de Hegel ou à la pensée d'Emmanuel Levinas, Souâd Ayada signe un livre essentiel, en forme de plaidoyer pour une approche audacieuse, exigeante et ouverte de l'islam.

  • Depuis une vingtaine d'années, le monde arabe connaît une vague de conversions au protestantisme, en particulier sous l'influence des évangéliques américains. Des dizaines de milliers de musulmans et de chrétiens orientaux, du Maghreb au Machrek, se convertissent.
    Bien que tabou, le phénomène est tangible : une Église protestante algérienne subsiste depuis vingt ans sans incident notable. Fait exceptionnel, l'État algérien a même reconnu officiellement, en 2011, l'existence de cette communauté chrétienne composée d'autochtones convertis. Si les situations diffèrent selon les pays, les appartenances de genre, le statut social et les ressources culturelles, le mouvement prend une importance croissante qui témoigne des mutations profondes de la région.
    Dans cette étude unique, sur la longue durée, Fatiha Kaouès nous propose une histoire et un état des lieux sociologique du phénomène. S'intéressant aux cas particuliers de l'Algérie, du Liban et de l'Égypte, elle revient d'abord sur cette « aventure » que constitue, depuis le XIXe siècle jusqu'à nos jours, l'installation des missions évangéliques. Elle décrypte ensuite les moyens contemporains de l'« offensive évangélique », en les illustrant par des parcours particuliers, puis tente de saisir les raisons principales des conversions, mais aussi les enjeux politiques importants qu'elles revêtent, ainsi que leur impact, en retour, aux États-Unis.

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